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Alain Wabo: Parcours d’un « tacticien scientifique » du football au Cameroun

On n’entendra plus parler de système « fourmi » ou encore « d’attaque en V et de défense en W »

Plus qu’à la vitesse d’une traînée de poudre, la nouvelle du décès de l’entraîneur de football, Alain Wabo affectueusement appelé, «Capello», a ébranlé le milieu sportif ce lundi, 25 octobre 2010. D’abord dans les couloirs, l’information donnée dans le journal du poste national de la Crtv, a confirmé les pires craintes des uns et des autres: Alain Wabo, l’ancien entraîneur de l’équipe national junior du Cameroun est décédé tôt ce matin de suite d’un accident de circulation à Douala. Mais plus tard, on apprendra qu’une courte maladie a eu raison des forces de l’homme. Incroyable mais vrai, car effectivement, quelques coups de fils passés ainsi qu’une descente à l’hôpital général de Douala, suffiront aux reporters pour être définitivement fixés sur la véracité du décès du coach Wabo. De même, on apprendra sur place, que le tacticien du football était malade depuis plusieurs jours et hospitalisé dans ce même hôpital, mais difficile pour le moment de connaître la nature exacte du mal dont il souffrait. Son numéro de téléphone étant hors service, l’épouse éplorée répondra à quelques appels, avant plus tard, de ne plus décrocher le téléphone pour répondre aux journalistes, sans doute effondrée par le chagrin.

L’entraîneur « scientifique »
Dirigeants, techniciens, joueurs, supporters en passant par les hommes de médias, tous connaissaient de près ou de loin Alain Wabo, dont le nom était synonyme de respect depuis quelques années, notamment au moment où il entraînait encore la formation de Renacimiento en Guinée Equatoriale où il était allé, pour se faire un nom, dans l’espoir d’être en retour reconnu par son propre pays, où la profession semble confisquée par les entraîneurs sortis de l’institut de la jeunesse et des sports, Injs. Mais Alain Wabo n’étant pas issu de cette école, a su au fil des ans et surtout à force de travail, rivaliser sans complexe avec ses collègues de l’Injs. Le tacticien n’hésitait pas à rappeler que l’entraînement est « scientifique » et pour illustrer sa pensée, il avait recours à un vocabulaire dont lui seul avait le secret. Les mots voire images comme le « barycentre », ou encore « l’attaque fourmie » pour expliquer une configuration précise de l’entraînement, avaient rapidement fait de lui, un invité adulé et prestigieux des plateaux des émissions de sports radios comme de télévision.

Alain Wabo, alors entraîneur des lionceaux
Camfoot)/n

Parcours
Reconnu pour sa rigueur professionnelle, Alain Wabo se passionne très tôt pour le football. A 23 ans seulement, il commence à faire ses armes non pas comme footballeur, mais comme entraîneur. Il devient le patron de plusieurs bancs de touche, dont celle de Stade de Bandjoun, équipe de son village natal à l’ouest du Cameroun. Ses succès entraîneront inévitablement de nombreuses sollicitations au plan local. Il sera recruté par les équipes comme Aigle de Dschang, Mont Cameroun de Buéa, qu’il amène au sommet de la coupe du Cameroun en 2002, ou encore Panthère du Ndé, et autre Tiko United. Alain Wabo ambitieux, aspire aux grands challenges, le Cameroun traîne le pas, et il décide de poursuivre son aventure en Guinée Equatoriale voisine, également séduite par les résultats du technicien camerounais. Là aussi, Alain Wabo met tout le monde d’accord en remportant avec ses poulains de l’équipe de Renacimento, trois titres de champions sur le plan national, deux coupes nationales, et arrache une place de demi-finaliste de la ligue des champions d’Afrique. Il quitte ensuite la Guinée pour intégrer la formation de Télé star du Gabon, où il ne rencontrera pas un immense succès. Mais l’homme au moral d’acier, ne baisse pas les bras. De retour au bercail, il prend les rênes de Tiko United qu’il impulse en 2007, dans le cercle prestigieux du championnat national d’élite. Dans la foulée, il reçoit enfin, une reconnaissance de son talent, quoi que minime, puisqu’il est nommé à la tête de l’équipe nationale de football version junior par le ministre des sports du moment, Augustin Thierry Edjoa, qui a osé nommé un entraîneur national qui n’était pas formé à l’Injs. Le ministre Edjoa affirmera qu’il avait entendu parler du technicien avant d’être nommé au département ministériel, et avait toujours été séduit par le langage spécialisé ainsi que par les connaissances exceptionnelles de celui-ci. Alain Wabo conduira l’équipe junior jusqu’en finale de la coupe d’Afrique des nations junior en 2009. Lors de la coupe du monde junior disputée la même année, il ne réussira à atteindre ce niveau de la compétition. La mauvaise prestation des lionceaux, fera dire à certains observateurs, que c’était l’une des causes de son remplacement sur le banc de touche des lionceaux lors des dernières nominations des entraîneurs des équipes nationales de football.

Le rêve brisé
Alain Wabo qui avait révélé avoir travaillé dans des conditions difficiles doublées des arriérés de salaire en tant qu’entraîneur national, avait tiré les leçons de cette aventure, et s’était remis en selle. Avant sa subite disparition, il continuait de réclamer des arriérés de salaire, et sur le terrain, il préparait l’équipe de Tiko United dans le sud-ouest, en attendant le coup d’envoi de la nouvelle saison prévue le 13 novembre prochain. Une saison que ne verra malheureusement pas le tacticien du football camerounais, qui avait toujours rêvé de se retrouver avant la fin de sa carrière, sur les bancs de touche des clubs comme Union de Douala, Coton sport de Garoua ou encore de l’équipe nationale senior, qu’il estimait être « la plus facile à entraîner ». Des rêves qu’il ne réalisera jamais, puisque emporté très tôt ce lundi matin, par une courte maladie, seulement à l’âge de 38 ans.

Adieu l’artiste !

Alain Wabo
Lexpressplus)/n
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