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Algérie: après un an, le « Hirak » veut fédérer ses forces

Une alliance de partis et d’associations liés au « Hirak » tient samedi à Alger des « assises de la démocratie » afin de tenter de fédérer ce mouvement de contestation populaire inédit, face au pouvoir qui s’est donné un nouveau président issu de ses rangs.

Regroupée au sein du Pacte pour l’alternative démocratique (PAD), cette coalition de l’opposition a ouvert ses travaux devant quelque 200 participants, a constaté un journaliste de l’AFP.

Ces opposants sont réunis pour débattre de la situation politique depuis le scrutin présidentiel du 12 décembre, qualifié de « mascarade électorale », qui a abouti à l’élection d’un nouveau chef d’Etat, Abdelmadjid Tebboune.

Le PAD s’est constitué après la démission en avril dernier, sous la pression populaire, du président Abdelaziz Bouteflika, afin d’élaborer un cadre au changement du « système » en place depuis l’indépendance du pays en 1962, notamment via la mise sur pied d’institutions de transition.

Il comprend notamment le Front des forces socialistes (FFS) et le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), deux partis d’opposition, mais aussi la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) ou le Rassemblement Action Jeunesse (RAJ).

– « Etat de droit » –

Déclenché le 22 février 2019, « le +Hirak+ a lancé le processus d’un Etat de droit pour fermer définitivement la page de la dictature militaire », a affirmé samedi Mohcen Belabbes, le président du RCD.

Dans un projet de plateforme, qui doit être discutée et adoptée à la fin des travaux samedi après-midi, les participants réclament « l’organisation d’une période de transition démocratique à même de satisfaire les aspirations légitimes du peuple algérien ».

« Les forces du Pacte pour l’alternative démocratique oeuvrent à la tenue d’une Conférence nationale indépendante du système », réaffirme le texte.

« Celle-ci rassemblera toutes les forces agissantes de la société qui s’engagent à concrétiser les exigences démocratiques exprimées par le peuple depuis le 22 février et qui refusent le coup de force du 12 décembre et le processus de restauration de l’autoristarisme », ajoute le document.

En réponse à la vague de protestation, M. Tebboune, 74 ans, un ancien fidèle de M. Bouteflika, dit prôner le dialogue.

Il a promis une réforme de la Constitution et un comité d’experts a été instauré à cet effet.

Le président algérien, qui s’efforce de s’attirer les bonnes grâces du « Hirak », a entamé des consultations avec des personnalités politiques, dont certaines réputées proches de la contestation, afin de parvenir à la promulgation d’une « Constitution consensuelle » qui serait soumise à référendum.

Selon M. Tebboune, « l’avis de tous sera pris en compte en ce qui concerne la méthodologie à suivre, mais également les problèmes dont souffre le pays ».

En outre, 94 personnes détenues pour des faits liés au « Hirak » ont été remises en liberté ces dernières semaines, selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), dans un apparent geste d’apaisement. Mais 124 restent emprisonnées.

– « Forces émergentes » –

Si, à l’approche du 1er anniversaire du « Hirak », la mobilisation est importante chaque semaine à Alger et dans certaines villes de province, elle marque le pas par rapport aux manifestations monstres du printemps 2019 ou aux cortèges ayant précédé la dernière présidentielle.

Dans ses rangs mêmes, beaucoup s’interrogent sur la direction que doit prendre ce mouvement sans structure formelle, pluriel et pacifique.

« Le Hirak a commencé comme un mouvement de contestation pure. Au bout d’un an, il semble devoir passer de la contestation à la proposition », explique à l’AFP Louisa Aït Hamadouche, professeur en sciences politiques à l’université d’Alger.

Pour cette politologue, la constitution de collectifs ou de regroupements de l’opposition « a pour point commun d’oeuvrer à une véritable transition démocratique et un changement profond du système de gouvernance ».

A côté des « assises pour l’alternative démocratique » du PAD, un collectif d’intellectuels vient de lancer un appel en faveur d' »une conférence nationale fédératrice » du « Hirak ».

Les signataires de cet appel, au nombre de 120 (universitaires, avocats, journalistes, étudiants) ambitionnent de faire « converger toutes les initiatives » des parties liées au mouvement de contestation.

« Ces forces émergentes aujourd’hui sont les embryons des partis, syndicats et organisations de demain. Il est naturel et salutaire que le +Hirak+ permette la naissance d’une nouvelle classe politique », analyse Mme Aït Hamadouche.



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