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André Ekama: Il a écrit «Etre Noir sous les cieux blancs»

L’écrivain camerounais s’insurge contre la xénophobie et je prône la tolérance, l’acceptation de l’autre…

Pouvez-vous vous présentez à nos lecteurs?
Je suis originaire du Cameroun, du Nkam plus précisément, né en 1968 à Lolodorf au Sud. Mathématicien et économiste, promoteur culturel, président de l’ONG Africa Culture Rhein-Neckar à Mannheim et adepte du dialogue interculturel, deux fois primé meilleur auteur Africain d’Allemagne en 2007/2009 par la Fondation Jeunesse Africaine de Bonn.

Est-ce que votre passage des mathématiques à la littérature a été facile?
J’ai étudié les Mathématiques du secondaire à l’université mais j’ai une passion pour la littérature. C’est un don un peu comme un artiste qui aime jouer à son instrument. Pour moi la littérature s’assimile un peu à cet outil dont je me sers pour exprimer ma pensée et me mettre en communion avec le public, le monde dans son ensemble. Quand j’étais tout jeune, j’aimais lire les encyclopédies de mon père, enseignant. Je les apprenais même par c ur et récitais leur contenu parfois sans comprendre vraiment la signification. Après la classe de 3ème je serais orienté en C et vais donc prendre plus goût des mathématiques. Seulement je vais renouer avec cet amour pour la littérature en l’occurrence d’abord pour la poésie pendant mes heures libres. Chaque fois que j’écrivais des poèmes, je les faisais lire à des amies, lesquelles s’exclamaient que je touchais leur c ur. Dans ma chambre d’étudiant, j’ai toujours rassemblé beaucoup de personnes et tous ont toujours admiré le caractère profond de ma pensée lors des discussions. Nous passions parfois des heures durant à débattre et reprenions sans nous fatiguer. Beaucoup me disent toujours que c’est très intéressant de discuter avec moi. On a comme l’impression de baigner dans un lac où l’on est tenté de vouloir tout donner pour convaincre, de choisir méticuleusement ses mots sans toutefois oublier de les peser et leur donner une priorité. Cette façon de prouver, d’argumenter, je l’ai de part mon raisonnement mathématique et mon esprit analytique. C’est peut-être cela le secret de ma captivité dans cet espace littéraire qui regorge de talentueux.

Comment est-ce que vous arrivez en Allemagne ou plutôt qu’est-ce qui vous a amené en Allemagne?
J’arrive en Allemagne pour des études de Mathématiques supérieures. D’abord en Allemagne de l’Est avant de m’installer à l’Ouest dans le Baden-Württemberg professionnellement.

Et en germanophone avisé, vous choisissez d’écrire en Allemand. Du coup, les francophones, notamment les camerounais se sentent lésés. Est-ce par conviction ou par contrainte que vous le faites?
Si j’ai choisi l’allemand comme langue littéraire, c’est dû au milieu et au contexte donné. Comment puis-je prétendre m’adresser aux allemands en une autre langue ? Comment puis je leur exprimer ce que je vois et comment je perçois la société sans qu’ils me comprennent ? Comment puis-je me faire accepter dans cette nouvelle société si je ne montre pas que je maîtrise leur langue ? Ces questions donc vont peser dans mon esprit. Je devais choisir entre faire une littérature de proximité pour les communautés africaines francophones si je vis en Allemagne ou pour le grand ensemble des lecteurs. Vous savez que l’Allemagne est l’un des pays du livre par excellence, qui chaque année accueille des millions de visiteurs dans les foires du livre de Francfort ou de Leipzig. Donc mon choix fut aussi motivé à ce niveau. Maintenant que j’ai des uvres en allemand, lesquelles sont publiées par des éditeurs allemands, je peux aussi les faire traduire en français pour les francophones. C’est ainsi que mon premier livre «Schwarzer sein im weißen Himmel», 2007 est donc disponible aujourd’hui en français après traduction «Etre Noir sous les cieux blancs». Ensuite viendront d’autres titres:
-Im Spinnennetz der Privilegien, 2007 (Dans le cercle fermé des privilégiés) pas encore traduit
-Der einsame Kandidat, 2008, (Le candidat solitaire), pas encore traduit
-Die Schätze von Obramkuza, 2009, (Les richesses d’Obramkuza), pas encore traduit
-Im Wandel der Blicke, 2009, (Dans la metamorphose des regards), pas encore traduit
-Eine Reise nach Goree,2009, (Un voyage à Gorée), pas encore traduit
-Un Camerounais militant dans sa nouvelle Patrie, 2010, en français chez Harmattan
-Kameruner in Deutschland-Eine lange Geschichte, 2011, en allemand et en francais dans le même livre

Donc je travaille maintenant pour que toutes ces uvres non traduites le soient mais comme je ne peux pas les traduire moi-même de peur de modifier leur contenu, je ne peux que rechercher toutes celles et ceux qui le désirent pour ce travail afin de permettre aux francophones du monde de pouvoir comprendre les richesses qui y sont cachées.

Quels sont les thèmes que vous développez dans vos uvres?
Dans mes uvres, je traite beaucoup des problèmes des migrants, je m’insurge dans mes textes contre la xénophobie et prône la tolérance, l’acceptation de l’autre qui a d’autres caractéristiques de couleur, de croyance, etc.., bref j’exhorte au dialogue et à la rencontre.

«Etre Noir sous les cieux blancs», c’est donc le titre de votre dernier roman traduit de l’allemand au français, qu’est-ce qui se cache derrière ce titre que certains trouvent un peu anachronique?
Il se cache en effet le problème de choc culturel et sociologique quand on débarque en Europe ou quand on y vit, et s’y installe, quand on y fait des enfants, quand on côtoie son environnement au quotidien. On a parfois du mal à se ranger avec tous ses nouveaux défis que l’on rencontre mais qu’on ne connaissait pas dans son pays. Ce challenge donc j’essaie de le peindre dans 10 histoires pour traduire les réalités et donner une âme aux migrants pour ce qu’ils endurent et comment ils s y prennent pour réussir dans leur nouvelle société…

L’auteur et son livre
Journalducameroun.com)/n

Quel est le feed-back que vous avez, est-ce que ce nouveau roman se porte bien sur le marché?
J’écris d’abord pour exprimer quelque chose qui me taraude l’esprit. Les ventes c’est aux éditeurs de faire du marketing. Un écrivain est un penseur. Aux vendeurs la vente ! Aux lecteurs de se rapprocher des uvres car elles traduisent toujours quelque chose de neuf ou permettent de comprendre par l’auteur certains problèmes ou de les éviter également.

André Ekama, dans vos récits, vous vous insurgez contre la xénophobie et l’intolérance. Vous en avez été victime?
J’ai aussi été parfois victime dans les trains en route ou aux portes des discos des injustices des repoussements. Mais je crois que ce qui compte c’est non seulement de savoir surpasser cela mais aussi de faire comprendre sa position à autrui. Une riposte peut aussi être faite de manière intelligente sans violence pour démontrer à ceux qui dénigrent l’homme noir que ce monde en soi est à nous tous. Nous ne sommes pas que des demandeurs mais aussi des êtres qui donnons. D’où vient ce café que l’on consomme à longueur de journée en occident ? N’est ce pas d’Afrique?

Après «Etre Noir sous les cieux blancs», à quoi est-ce que vos lecteurs peuvent s’attendre à court ou à moyen terme?
A court terme je compte me lancer dans le roman. J’ai un projet en ce moment mais je travaille encore dessus donc je ne voudrais pas tout étaler. J’aime bien surprendre quand le produit est là!

Un dernier mot?
Je remercie votre Journal pour son travail. J’aime bien lire les succès stories qui y sont toujours présentés. Mon appel à tous ceux qui sont plongés dans les sciences et se demandent comment un mathématicien peut passer à la littérature: Je dirai si les mathématiques sont la mère des sciences, alors même en littérature nous pouvons nous exprimer. Il faut du courage, de l’abnégation et surtout de l’inspiration si on veut s’y lancer.

Le prof André Ekama
Journalducameroun.com)/n
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