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« Annulez nos dettes! »: la colère monte en Iran après le tremblement de terre

« Regardez, tout est dĂ©truit! Que le gouvernement renonce au moins Ă  rĂ©clamer le remboursement de nos prĂŞts au logement ». Comme Morteza Akbari, les habitants de Shahid Shiroudi pleurent un rĂŞve envolĂ© devant les dĂ©gâts du sĂ©isme qui a frappĂ© dimanche l’ouest de l’Iran.

Dans ce quartier populaire de Sar-e Pol-e Zahab, Ă  520 km au sud-ouest de TĂ©hĂ©ran, la colère est d’autant plus amère que, pour certains habitants, s’y installer avait Ă©tĂ© un choix par dĂ©faut.

« Il n’y a que des pauvres et des ouvriers ici », dit M. Akbari. « J’y suis venu par dĂ©tresse, ce n’est pas un endroit pour vivre ».

Enseignant, ce trentenaire sous-loue un logement Ă  Maskan-e Mehr, un ensemble d’immeubles Ă©ventrĂ©s.

En Iran, ce nom qui signifie littĂ©ralement « logement de l’affection » est intimement liĂ© Ă  celui de l’ex-prĂ©sident ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, au pouvoir de 2005 Ă  2013.

Sous son impulsion, les logements sociaux du programme Maskan-e Mehr -devenus un symbole de la politique populiste de M. Ahmadinejad- ont poussĂ© un peu partout dans le pays. Pour beaucoup d’Iraniens dĂ©favorisĂ©s, ils Ă©taient la promesses d’un logement dĂ©cent, accessible.

A Sar-e Pol-e Zahab, ceux qui y ont souscrit ont perdu le peu qu’ils avaient.

« J’ai dĂ©pensĂ© tout le prĂŞt accordĂ© par le gouvernement pour encourager les jeunes Ă  se marier et acheter des meubles ou d’autres biens. Aujourd’hui, il ne me reste plus rien », se dĂ©sole M. Akbari. « Je remercie vraiment Ahmadinejad. Il avait dit que les logements sociaux rĂ©sisteraient Ă  un sĂ©isme de 8 sur l’Ă©chelle de Richter ».

– « On Ă©tait heureux » –

Sar-e Pol-e Zahab, 85.000 habitants, est la ville qui a payĂ© le plus lourd tribut au sĂ©isme de dimanche, d’une magnitude de 7,3.

Si la structure et le plafond des bâtiments Ă  Maskan-e Mehr ont rĂ©sistĂ©, les façades se sont effondrĂ©es. Le quartier ressemble Ă  une vĂ©ritable zone de guerre, oĂą les habitants continuent d’Ă©vacuer leurs affaires.


Depuis le troisième Ă©tage d’un des appartements, deux hommes tirent un tapis qu’ils font tomber Ă  travers l’espace bĂ©ant qui a remplacĂ© le mur extĂ©rieur.

« Je vivais au quatrième Ă©tage. Je suis propriĂ©taire. J’ai amassĂ© pĂ©niblement l’argent pour acheter cet appartement », dit Ali Biabani, la cinquantaine.

« Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant? Au dĂ©but, j’ai versĂ© 170 millions de rials (environ 4.000 dollars) et ça fait trois ans que je paie des traites de (70 dollars) chaque mois. On Ă©tait heureux parce qu’on Ă©chappait Ă  la pauvreté », dit cet ouvrier. « Regardez vous-mĂŞme, personne ne peut plus vivre lĂ -dedans. »

Reza Moradi, un autre ouvrier, est dans la même situation. « Il me reste encore 144 mensualités » de 70 dollars dit-il, affirmant gagner 350 dollars par mois.

– « Coupables » –

Un million de logements sociaux ont Ă©tĂ© construits sous le programme Maskan-e Mehr en pĂ©riphĂ©rie d’agglomĂ©rations ou dans des villes nouvelles.

Le projet est dĂ©criĂ© par les adversaires politiques de l’ancien prĂ©sident, pour qui il a Ă©tĂ© Ă  l’origine de la très forte inflation (jusqu’Ă  40% par an) qui a frappĂ© le pays pendant son second mandat.

Le prĂ©sident Hassan Rohani, qui a visitĂ© la ville mardi, a lancĂ© une pique contre son prĂ©dĂ©cesseur en affirmant qu’il fallait voir pourquoi certains logements gouvernementaux avaient subi des dĂ©gâts importants. « Il faut chercher les coupables et les prĂ©senter Ă  la population », a-t-il dĂ©clarĂ©, d’autant que certains logements collectifs construits par des investisseurs privĂ©s ont parfaitement rĂ©sistĂ©.

Mais dans la ville dĂ©figurĂ©e, oĂą nombre d’immeubles et maisons individuelles ont Ă©tĂ© totalement dĂ©truits, les logements sociaux ne sont pas les seuls Ă  avoir subi de tels dĂ©gâts. Les normes antisismiques sont en effet peu respectĂ©es dans le pays.

« J’ai tout perdu. Une partie de mes affaires ont Ă©tĂ© dĂ©truites dans le sĂ©isme et le reste au moment oĂą on les a lancĂ©es du troisième Ă©tage. Il ne reste plus que deux tapis », raconte Lida Esmaili, la trentaine, assise avec sa fillette Ă  mĂŞme le sol entre deux rangĂ©es d’immeubles Ă©ventrĂ©s.

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