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Appel à la mobilisation, contre l’épuration médiatique et le génocide éditorial planifiés au Cameroun

Par Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC)

Yaoundé, le 22 novembre 2013 – Le 21 novembre 2013, le Conseil national de la communication (CNC) du Cameroun a suspendu, pour trois (03) mois d’activités, le quotidien Ouest-Littoral et son directeur de publication, Benjamin Zebaze «pour atteintes à l’éthique et à la déontologie professionnelles en matière de la communication sociale». La même sanction touche l’hebdomadaire The Guardian Post et son promoteur, Ngah Christian Mbipgo. Il est à noter, dans le premier cas, que le plaignant et le président du tribunal, qui signe la sentence, sont une seule et même personne : le président du CNC, Joseph Befe Ateba, par ailleurs évêque de Kribi. Dans le deuxième cas, il est reproché au Guardian et à son directeur de publication d’avoir «tenu des propos offensants à l’encontre de deux membres du Conseil national de la communication». Par deux fois donc, le CNC se retrouve en flagrant délit de juge et partie. En effet, plutôt que de demander à ses membres, prétendument «diffamés», de saisir les juridictions compétentes, notamment le juge correctionnel du tribunal de première instance, tel que le prévoit la loi camerounaise en vue de juger et de les rétablir dans leur honneur supposé bafoué, les membres du CNC s’empressent d’interdire des organes de presse. Ils servent ainsi leurs intérêts individuels, plutôt que ceux de la société, tel qu’aurait pu être entendu leur mandat institutionnel du reste peu légitime. Cela est inacceptable!

Le même organe, à la même date, a adressé un avertissement aux directeurs de publication des journaux Pile ou Face, L’ il du Sahel et Mutations, respectivement Roger Ntede, Guibai Gatama et Xavier Messè, accusés d’«atteinte à la déontologie professionnelle en matière de communication sociale». Les décisions du CNC confirment les appréhensions du Syndicat national des journalistes du Cameroun (SNJC), qui le 13 novembre 2013 se faisait déjà l’écho de tractations et consultations occultes de Joseph Befe Ateba. Depuis le 31 octobre 2013, indiquait le communiqué y relatif, le président du CNC aurait reçu une correspondance du ministre de l’Administration territoriale, René Sadi, l’assurant des «dispositions» prises à son niveau pour que les gouverneurs de région, les préfets et les sous-préfets veillent à l’application de toutes les décisions prises par le CNC. Cela est précisé dans les sentences rendues publiques le 21 novembre par le président du CNC. La répression qui s’abat aujourd’hui sur certains médias à capitaux privés, qui vaut également clin d’ il pernicieux à d’autres confrères tentés par l’exercice de leur métier dans les règles de l’art, ne semble donc que le début d’un processus de musellement à grande échelle, du terrorisme politique, de l’épuration médiatique et du génocide éditorial planifiés, perpétrés par un CNC visiblement en mission commandée. A aucun moment en effet, depuis le décret présidentiel n°2012/038 du 23 janvier 2012 portant réorganisation du CNC et qui en fait, désormais, un organe de régulation et de consultation doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, placé auprès du Premier ministre, chef du gouvernement, cette institution, en général et son président, en particulier, ne se sont comportés en médiateurs indépendants. Le CNC confirme plutôt les soupçons de bras armé au service de lobbies et de gourous, de tueur en série des libertés qui projette une image désastreuse du Cameroun faisant planer de lourdes menaces sur la paix, la démocratie et la concorde nationales.


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Pendant ce temps, le CNC ignore les dérives répétées des médias à capitaux publics ; ne s’intéresse pas à la précarité rampante des médias privés, au financement occulte de certains organes qui polluent les espaces d’expression des masses ; est insensible aux maltraitances que vivent les journalistes en posture de couverture des événements de la part des forces de maintien de l’ordre, aux difficultés croissantes d’accès aux sources d’information ; ne s’est jamais ému des actes de barbarie perpétrés contre des journalistes. Pis : le CNC, créé par décret présidentiel, s’oppose aux lois de la République sur la communication sociale et au Code pénal, qui comportent déjà des dispositifs répressifs contre les délits de presse. Cet organe est en outre en contradiction totale avec la Déclaration des devoirs et droits des journalistes, encore appelée Charte de Munich, adoptée en 1971 et qui dispose que «(.) le journaliste n’accepte, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre». Face au péril qui se précise, le SNJC : -A décidé d’ester en justice pour l’annulation du décret créant et organisant le CNC, qui s’oppose aux lois sur la communication sociale et au Code pénal, généralement convoqués en matière de délits de presse ; -Appelle les professionnels des médias, toutes obédiences confondues ainsi que toutes les personnes éprises de liberté, de paix et de développement du Cameroun, à soutenir massivement cette démarche ; -Invite les professionnels des médias, toutes obédiences confondues ainsi que toutes les personnes éprises de liberté, de paix et de développement du Cameroun, à entreprendre toutes actions pacifiques et responsables visant à protester et à résister face aux déviances du CNC ; -Appelle la corporation, sans distinction aucune, à soutenir les organes de presse visés par le CNC ainsi que leurs responsables, et à ne pas prendre en compte ces sanctions iniques et indignes d’un pays de droit.

Le président du Bureau exécutif national du SNJC
Félix C. Ebolé Bola

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