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Après les sénatoriales, nous voulons un Cameroun solidaire et volontaire

Dr Vincent-Sosthène FOUDA Socio-politologue

Alors que le train des sénatoriales vient d’entrer en gare, avec de nombreuses fractures et autres entorses à la démocratie et à l’unité nationale, nous voulons continuer à porter notre message politique. Nous représentons certainement la meilleure chance politique pour le Cameroun d’aujourd’hui, pour celui de demain et pour vrai celui d’hier. Nous représentons ceux qui posent le diagnostic vrai, celui des républicains inquiets du Cameroun tel qu’il va, ou plutôt tel qu’il ne va pas. Nous représentons certainement le dépassement d’une société qui lance une chasse aux sorcières dans une élection à bulletin secret pour savoir qui a voté contre la directive générale. Pendant l’élection présidentielle de 2011, nous avons fait de nombreuses promesses aux camerounais et au Cameroun. Nous avons surtout réussi à amener les projets de société dans le débat politique. Deux ans après, nous sommes retombés dans nos travers, la réalité d’aujourd’hui dépasse nos craintes d’hier ! Nous sommes repartis dans le cafouillage habituel sans objectif à atteindre.

Pro-camerounais convaincus mais alter-camerounais résolus, nous voulons que le Cameroun soit le pays solidaire et volontaire qu’attendent les peuples. Ceci pour que le changement au Cameroun rende possible le changement que nous nous engageons avec et pour le peuple dans tous les coins des villes comme des campagnes.Depuis 1982, à tous points de vue, le Cameroun est entré même sans le dire et sans le savoir dans une politique ultra-libérale, avec une hyper-austérité qui se vit dans le panier de la ménagère. Les coupes répétitives dans les salaires, la dégradation des services publics. La pauvreté des services publics, notamment celle de nos hôpitaux avec le manque de personnel mais aussi maintenant des médicaments et autres. Les camerounais n’ont plus d’eau dans les villes comme dans les campagnes. Nous n’avons pas d’électricité et la faute n’est pas seulement à la privatisation. C’est aussi à l’Etat qui n’a pas d’agenda. L’agenda social et les enjeux commerciaux n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour des feuilles de route de l’équipe Philémon Yang, pas plus qu’ils n’ont été abordés dans les deux conseils de ministres présidés par le Président de la République depuis sa réélection en octobre 2011. Dans le vocabulaire camerounais, il n’existe pas de notions comme pactes « de compétitivité » et « pour l’argent minimum pour tous ». Il n’existe pas de concepts comme « retour à l’emploi », « règle pour le départ à la retraite », « harmonisation de l’impôt », « désindexation des salaires sur les prix ». Ces mots, s’ils étaient inscrits dans notre vocabulaire nous auraient obligés à en trouver d’autres, ceux-là comme solutions : Financement des MPE, formation des jeunes pour un marché de l’emploi compétitif, formation des ex-salariés pour un retour à l’emploi.

Que le peuple étouffe aujourd’hui, que la jeunesse se meure n’ébranle donc pas le dogmatisme de Pour le libéralisme communautaire.
Face à cette panne sociale, le changement de politique est d’intérêt général pour tous les Camerounais. Parce que nous avons un projet que nous avons présenté aux Camerounais, parce que ce projet est né de nos échanges avec eux, ce projet vise à dépasser, voire à rectifier Pour le libéralisme communautaire sur la base d’une synthèse dynamique. Il est faux de penser que tous les politiques ont une solution pour le Cameroun, il est aussi archi-faux de penser que nous pouvons y arriver sans le peuple ! Une prise de conscience collective est nécessaire ; sinon nous allons encore plus creuser le fond que nous avons atteint pour aller vers le fond sans fond qui ne fera que renforcer les inégalités sociales, économiques, géographiques et mêmes environnementales. Je reste persuadé que nous réduirons le nombre d’années qui nous séparent de l’émergence. C’est à nous de combattre la crise et surtout de nous inscrire dans l’après-crise. Les sénatoriales, sur lesquelles les vieux militants du parti des flammes s’accrochent en criant haut et fort que c’est pour service rendu, devraient être un vrai départ pour mettre les uns et les autres au travail. Le président de la République devrait se mettre lui-même au travail, il devrait s’imposer à lui-même et ensuite à ses collaborateurs un pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance : coordination des politiques économiques pour des projets d’infrastructures énergétiques, de transport et de santé ; mise en place d’un fonds camerounais face aux marchés avec la BEAC ; création de CFA-obligations pour financer les grands chantiers et mutualiser une partie des dettes souveraines ; reprise en main du secteur bancaire ; réciprocité commerciale face au dumping ; etc. Dans le projet que nous portons avec certains d’entre vous depuis des années, il y a cette volonté de relever ensemble ces défis. Et ceci n’est possible que si nous nous donnons la main, politique et peuples, peuples et politiques. Ce que nous voulons c’est une nouvelle espérance pour le Cameroun. Le régime actuel comme nous l’avons vécu durant la présidentielle d’octobre 2011 et comme nous le vivons en ce moment avec la campagne des sénatoriales, agite les peurs, vante la paix. Mais il n’y a pas de paix dans l’institutionnalisation de la misère ! Il y a dans le régime actuel une soigneuse construction d’un échec collectif pour le peuple camerounais. C’est ce qui explique sa volonté réussie d’ailleurs d’enterrer la culture avec la fermeture des salles de cinéma, la promotion d’une musique pornographique, la promotion des églises dont le but est le contrôle mental de milliers d’hommes et de femmes qui eux-mêmes pèsent sur leur progéniture. Ce que le régime actuel fait importe peu, si la mobilisation des citoyens est là, débordante et vraie. C’est au peuple de faire bouger les lignes, d’amener les politiques à tirer les leçons des échecs du passé.

Paul Biya nous a imposé un libéralisme vorace, aujourd’hui nous devons inverser cette conception de la gouvernance pour installer des solutions régulatrices et interventionnistes et ceci à tous les échelons. Nous vivons une crise de système et non de conjoncture.
Depuis 1982, il est vraiment difficile à l’intérieur du Cameroun, de voir des forces politiques s’élever pour dire que le Libéralisme communautaire fait fausse route. Ce n’est pas dans le Biya must go qu’il y a une solution d’autant plus que ce slogan creux a accouché du Biya boya alors ? Le peuple a le couteau sous la gorge et la besace des politiques est vide. Comment pouvons-nous y arriver si nous n’ouvrons pas le débat sur le projet de société qui nous convient, la réduction de l’endettement, la souveraineté du politique face aux marchés. Que recevons-nous de ceux qui viennent faire affaire avec nous ? L’austérité généralisée dans laquelle nous sommes plongés depuis les années 90 relève du suicide collectif et non d’un plan de sauvetage. La dette ou la diète, les promesses non tenues, le bout du tunnel, l’émergence, le budget-programme tous ces slogans creux ne sont pas des alternatives. Pour enclencher la prise en main de notre pays, nous avons besoin d’un peuple responsable, profondément attaché à l’unité du pays, à sa construction. Une fois encore, une fois de plus soyons présents au rendez-vous du Cameroun avec son histoire et avec ses peuples.

Dr Vincent-Sosthène FOUDA, Socio-politologue
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