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Arrestation-libération de Patrice Nganang: Ces professeurs à la con qui aident Paul Biya

Par Louis Marie Kakdeu

Quand je parle de Patrice Nganang, je parle de tous les activistes qui, de façon vraie ou fausse, manifestent leur dévotion pour la cause du Cameroun. Je parle de toi qui veux changer le Cameroun et qui t’en mêle les pédales.

Je parle de ce cas pour nous inviter à avoir des stratégies concertées, chacun dans son domaine de compétence. Les mésaventures de Nganang ce lundi au Cameroun, c’est la folie d’un sabitout qui fait cavalier solitaire comme bon nombre de ses contemporains.

Patrice Nganang a eu lundi (08 décembre 2014, ndlr) à Douala une occasion en or pour mobiliser le Cameroun tout entier autour du virage liberticide du pays mais, il a plutôt préféré orchestrer la tribalisation de son arrestation. Dans son texte paru lundi 08 décembre 2014 sur Cameroun-info.net, il implique en gros que ce sont les bétis qui l’ont arrêté. Ce faisant, il réduit le champ de la compassion aux seuls Bamilékés.

Quel dommage! Il assimile malencontreusement les fonctionnaires de police qui font leur travail d’interrogatoire à la machination du tribalisme. On se serait attendu à ce que notre victime du système dénonce les abus de la police sous l’emprise des lois liberticides sans pour autant les mettre sous le compte d’une tribu. Non, à ce rythme, le Cameroun ne changera jamais et aucun leader ne réussira à mobiliser au-delà de son village. C’est exactement l’effet voulu par Paul Biya et nous sommes tous des professeurs à la con (ridicules et de peu de valeur) parce que nous n’arrivons pas à déjouer les pièges du régime qui s’éternise au pouvoir par la même occasion.

L’objectif de mon texte est de nous éviter de commettre les mêmes erreurs suivantes de Patrice Nganang lorsque nous aurons à affronter le régime en place lors de nos futurs séjours au pays :

D’abord, les fonctionnaires ne sont pas nos cibles. Ils sont de l’administration et ils reçoivent leurs ordres des politiques. Tapons sur les politiques et ne perdons pas notre temps sur les administrateurs qui changent de position au gré du changement de régime. Je rappelle toujours aux activistes de tout bord que le policier ou l’administrateur civil est dans son rôle lorsqu’il nous interpelle ou nous interdit une manifestation. Nous devons pouvoir oser et poser des actes de défiance tout en sachant que nous nous ferons normalement arrêtés. Préparons-nous à nous faire arrêter. Laissons-nous arrêter et assurons-nous juste que nos droits sont respectés. L’arrestation ou la victimisation sont bel et bien des éléments de la stratégie de renversement du rapport des forces.

Ensuite, la stigmatisation d’une tribu ne paiera pas, fût-ce celle au pouvoir. Les membres de cette tribu ne sauraient répondre en masse pour l’élite prédatrice qui gère le pays. J’ai toujours soutenu que l’élite prédatrice qui saborde le Cameroun n’a pas de tribu. En d’autres termes, Biya les recrute dans tous les villages dans l’ensemble de l’étendu du territoire national. L’ignorer, c’est méconnaître le système Biya. En stigmatisant une tribu prise comme un tout, on tombe très vite dans le délit de patronyme comme Patrice Nganang. Qui lui dit que les noms d’origine béti qu’il brandit dans son texte sont portés par des Bétis? Je suis Bamiléké et ma nièce porte un nom béti. Il y a des milliers d’autres personnes dans cette situation. Qu’allons-nous faire de ces enfants? Nous ne pouvons plus réduire notre combat à ces considérations ethniques. Paul Biya est resté 32 ans au pouvoir grâce à l’instrumentalisation des ethnies. Si nous voulons chasser Paul Biya, alors nous devons nous mettre au-dessus des ethnies.

Je regrette qu’à son arrivée au Cameroun, Patrice Nganang s’égare dans des considérations ethniques. Finalement, la liberté qu’il prétendait défendre à travers ce prix Bibi Ngota est reléguée au second plan. C’est dommage. J’interpelle Monsieur Nganang sur sa responsabilité d’activiste. Qu’il renonce à sa logique tribale et profite de son séjour au pays pour initier par exemple une grève de la faim à Yaoundé en vue de faire bouger les choses dans ce pays. Qu’il se fasse condamner à mort et nous le soutiendrions jusqu’à la guillotine. C’est ce que chacun de nous devra faire dans les prochains jours lorsque nous serons appelés à séjourner au pays. Camerounais, le pays nous appelle. Mais, nous devons nous y rendre en rang serré.

Louis Marie Kakdeu
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