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Assemblée nationale du Cameroun : vérités et faux débats

Ls députés du SDF interrompent la pléniÚre du 23 novembre 2017 ©Droits réservés

La session en cours Ă  l’AssemblĂ©e nationale est particuliĂšrement agitĂ©e. Non pas du fait de dĂ©bats houleux entre ministres et dĂ©putĂ©s, dans le cadre du contrĂŽle de l’action gouvernementale, mais pour une succession de faits. D’abord, le boycott de la sĂ©ance plĂ©niĂšre d’ouverture par le Social democratic front (SDF) – qui est revenu Ă  l’hĂ©micycle aprĂšs rĂ©ception de son mĂ©morandum sur la crise anglophone par le prĂ©sident Cavaye YeguiĂ© Djibril- ; ensuite, l’incendie qui a ravagĂ© quatre Ă©tages du bĂątiment abritant le secrĂ©tariat gĂ©nĂ©ral de l’AssemblĂ©e nationale le 16 novembre dernier ; et enfin, l’« opĂ©ration blocus » entamĂ©e par le SDF jeudi dernier. Le groupe parlementaire de ce parti entend empĂȘcher le dĂ©roulement de la session budgĂ©taire si la situation dans les rĂ©gions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest n’est pas inscrite Ă  la discussion gĂ©nĂ©rale.

Au-delĂ  des subtilitĂ©s du fonctionnement de l’AssemblĂ©e nationale inhĂ©rentes Ă  la procĂ©dure de discussion en sĂ©ances plĂ©niĂšres, il tombe sous les sens que le SDF est dans son droit de demander que la crise dans les rĂ©gions anglophones, un an aprĂšs son dĂ©clenchement, soit inscrite au dĂ©bat. Que l’on s’en souvienne pendant cette mĂȘme lĂ©gislature, une « sĂ©ance spĂ©ciale » consacrĂ©e Ă  la guerre contre la Boko Haram s’est bien tenue Ă  l’hĂ©micycle de Ngoa-EkellĂ© sans que cela provoque un tremblement de terre. Les Ă©changes fructueux entre les dĂ©putĂ©s et le mandataire du gouvernement (le ministre dĂ©lĂ©guĂ© Ă  la DĂ©fense) ont permis de renforcer la lutte contre la secte terroriste et surtout de rallier davantage les populations Ă  cette cause nationale.

Nous pensons que la crise anglophone, compte tenu des enjeux qu’elle cristallise pour la nation et du virage qu’elle emprunte, est Ă©galement une cause nationale. A ce titre, ce n’est pas seulement le SDF, mais l’ensemble de l’AssemblĂ©e nationale qui doit « demander des comptes » au gouvernement sur la gestion de cette crise. A moins que cette chambre du Parlement se considĂšre comme une antichambre du pouvoir exĂ©cutif, il n’y a pas de raison de faire du larbinisme parlementaire sur cette question cruciale. Ailleurs, une commission d’enquĂȘte parlementaire aurait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© constituĂ©e, aprĂšs les tristes Ă©vĂšnements survenus entre le 22 septembre et le 1er octobre 2017 dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, mais Ă©galement dans la rĂ©gion du Littoral.

Le cĂŽtĂ© fantasque et hilarant du chassĂ©-croisĂ© de jeudi dernier entre les dĂ©putĂ©s SDF et le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, Cavaye YĂ©guiĂ© Djibril, ne doit donc pas nous dĂ©vier de l’essentiel. Le Cameroun continue Ă  traĂźner le boulet du malaise anglophone, et la solution Ă  y apporter n’est pas que sĂ©curitaire. Elle est Ă©galement politique et plus tĂŽt le dialogue sera ouvert, moins on prĂȘtera le flanc aux aventuriers et marchands d’illusions qui projettent la sĂ©cession du Cameroun.


A l’analyse de la situation, les populations du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui sont courtisĂ©es par les sĂ©cessionnistes, attendent un signal fort du gouvernement, au-delĂ  des micro-signaux envoyĂ©s aux enseignants et avocats grĂ©vistes et du signe de dĂ©crispation portĂ© par la libĂ©ration d’une partie des manifestants et leaders anglophones. La persistance, mĂȘme relative des opĂ©rations «villes mortes» et «écoles mortes», est un retentissement du cri du Camerounais anglophone en direction du « pĂšre de la nation ». Il y a, pensons-nous, un Ă©cho Ă  capter de la posture de ceux-lĂ  qui tiennent en respect le gouvernement, y compris au prix du « sacrifice » de leurs enfants. Ces gens-lĂ , qui sont en majoritĂ© pour un Cameroun un et indivisible, pourraient bien se laisser sĂ©duire par le discours populiste des sĂ©cessionnistes si le pouvoir de YaoundĂ© reste autiste.

 

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