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Au Brésil, un homme-sirène barbu noie les préjugés dans la mer

Cheveux châtains mi-longs, barbe quelque peu hirsute, Davi Moreira fait son show au milieu des vagues d’Ipanema. Ce jeune BrĂ©silien au look de surfeur n’a pas de planche au pied, mais une queue de sirène turquoise attachĂ©e autour de la taille.

Un scène insolite qui ne manque pas d’interloquer plus d’un baigneur sur cette plage mythique de Rio de Janeiro.

Pour ce jeune homme de 22 ans, rien de plus naturel. « C’est un style de vie, une façon d’exprimer mon amour et mon respect pour la mer, la rencontre entre deux mondes », raconte-t-il Ă  l’AFP.

Aussi surprenant que cela puisse paraĂ®tre, il est loin d’ĂŞtre seul: au-delĂ  du BrĂ©sil, la mode des sirènes a gagnĂ© de nombreux pays du monde entier, du Canada Ă  la Russie, en passant par les Pays-Bas.

Pour Davi, cette passion a commencĂ© dès la plus tendre enfance. Ce fils de pĂŞcheur rĂŞvait de devenir Ariel, l’hĂ©roĂŻne aux cheveux Ă©carlates de « La petite sirène », dessin animĂ© qu’il a vu des dizaines de fois.

Il l’a mĂŞme rejouĂ© Ă  sa façon, dans un remake gay dĂ©sopilant du classique des studios Disney qui a atteint plus de 18.000 vues sur YouTube.

– PrĂ©jugĂ©s homophobes –

Dans sa chambre, Ariel est partout: de la couette au papier peint, en passant par d’innombrables bibelots, entre des mugs, t-shirts et poupĂ©es, sans oublier les cassettes VHS vintage.

Pourtant, la vie d’homme-sirène est loin d’ĂŞtre un long fleuve tranquille, surtout dans un pays encore gangrenĂ© par la violence homophobe.

Ses premiers coups de nageoire ont Ă©tĂ© accompagnĂ©s d’insultes en tous genres et mĂŞme de commentaires acerbes de sa famille, qui lui a conseillĂ© de consulter un psychologue.

« Je n’essaie pas d’Ă©chapper Ă  la rĂ©alitĂ©. Je suis tout Ă  fait capable de faire face Ă  la vie adulte. C’est juste quelque chose qui me rend heureux et qui ne fait de mal Ă  personne », argumente-t-il.


Sur la plage d’Ipanema, John et Caio, deux adolescents d’une favela toute proche, le regardent pourtant d’un oeil rĂ©probateur: « Il est trop moche ce pĂ©dĂ©, trop bizarre ».

« Le fait de voir un homme s’approprier un symbole fĂ©minin est parfois mal vu ici », avoue Davi, qui, en marge de ses shows aquatiques est souvent invitĂ© Ă  se prĂ©senter dans des soirĂ©es gay.

« Les gens se moquent de moi parce que je suis diffĂ©rent, mais moi je me moque d’eux parce qu’ils sont tous pareils », rĂ©torque la sirène barbue, de sa voix haut perchĂ©e.

– « Toute une philosophie » –

Au BrĂ©sil, la passion pour les sirènes prend d’autres formes Ă©loignĂ©es des clichĂ©s. Des rencontres de sirènes « grosses et noires » sont organisĂ©es rĂ©gulièrement Ă  Bahia (nord-est).

La mode a explosé avec la telenovela « A Força do Querer » (la Force de la volonté), dont l’héroïne est une jeune femme plantureuse qui nage gracieusement dans un aquarium au milieu des poissons et des touristes avec sa queue de sirène orange.

Un personnage inspiré par Mirella Ferraz, auto-intitulée la « première sirène professionnelle du Brésil », depuis 2012.

« Je suis contente de voir que c’est Ă  la mode Ă  prĂ©sent, mĂŞme si, au-delĂ  de mouvement esthĂ©tique, j’aimerais que les gens sachent aussi qu’il s’agit aussi de toute une philosophie de dĂ©fense de l’environnement », affirme cette jeune femme de 34 ans, qui compte plus de mille adeptes dans son pays.

« Pour moi, c’est bien plus qu’une mode passagère », assure Davi. L’homme-sirène n’avoue qu’une seule lacune dans sa panoplie: il ne sait pas chanter.

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