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Au Mali, une ville frontalière du Niger accueille le retour de l’Etat et de l’armée

Un préfet et un camp militaire: après sept ans d’absence, l’Etat malien et son armée sont de retour à Anderamboukane, à moins de 20 kilomètres de la frontière nigérienne, faisant miroiter un début de normalisation.

« Aujourd’hui, les gens vont recommencer à recevoir les services de l’administration », se félicite le gouverneur de la région de Ménaka, Daouda Maïga, venu vendredi visiter le camp en construction des forces armées maliennes (FAMa) en périphérie de la ville.

A ses côtés, le préfet d’Anderamboukane, Moussa Diallo, revenu de Ménaka pour rester. « Ce matin quand nous sommes arrivés, on a senti un espoir naissant », se réjouit le haut fonctionnaire, chargé de restaurer les services de base dans ce coin reculé du centre-est malien, longtemps abandonné par le pouvoir central.

« De 2012 à aujourd’hui, toutes les infrastructures ont été saccagées », assure-t-il. Depuis un an, santé et éducation ont fait leur réapparition. « Maintenant, il reste les autres secteurs à réinstaller: l’élevage, l’agriculture… »

« Jusqu’à présent, la population était livrée à elle-même, entre les bandes et les groupes armés. Début 2017, 100% des camions qui passaient ici étaient attaqués », renchérit le gouverneur.

Mais « sur un an et demi, progressivement, tout ça s’est arrêté. Les bandes armées qui s’entendaient pour maintenir une insécurité permanente ont été suffisamment désorganisées », assure-t-il.

Dans cette partie du Mali, où sévissent les jihadistes de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), « on n’a pas la sécurité qu’il faut, on n’est pas naïfs, mais ça a bien évolué, ce qui permet le retour de l’administration là où c’est possible, et surtout le retour du développement économique, l’installation de projets ».

Dans cet effort de réappropriation, l’armée malienne a également repris pied à Anderamboukane. Posé sur un petit plateau dominant une étendue rose et vert pastel parsemée d’épineux, le nouveau camp des FAMa devrait finir de sortir de terre dans deux mois.

– « Réconciliation » –

« La garnison d’Anderamboukane n’existait plus depuis 2012. Leur base avancée était à Ménaka et Indelimane », à plusieurs dizaines de kilomètres de là, souligne le colonel français Gabriel Soubrier, de la force antijihadiste Barkhane, dont le groupement tactique contribue à traquer les groupes armés dans la région de Ménaka.

A l’extérieur de la base en chantier, où s’activent les pelleteuses, des soldats français surveillent les alentours.

C’est un projet à trois têtes: « Barkhane assure la sécurité avec une compagnie de FAMa, le génie militaire exécute le chantier et la Minusma apporte la logistique », détaille le capitaine du génie malien responsable des travaux (non autorisé à être cité nommément, ndlr).

« On a choisi ce terrain, à 2 km de la ville, pour son intérêt stratégique », souligne-t-il. « Notre mission est d’offrir au FAMa des conditions optimales pour l’accomplissement de leur mission », explique le capitaine en montrant les fossés anti-pickup et les tours de gué.

Les FAMa sont régulièrement la cible d’attaques. Une cinquantaine d’entre eux ont été tués dans le centre du Mali au cours des dernières semaines. L’attaque de Dioura, le 17 mars, dans laquelle 26 soldats ont péri selon un dernier bilan de source militaire, a provoqué un mouvement de colère au sein des familles de militaires.

Des centaines d’épouses et d’enfants de militaires maliens ont manifesté vendredi à Ségou et Sévaré (centre) pour dénoncer la mort de soldats dans des attaques jihadistes et réclamer davantage de moyens pour l’armée.

Pour parvenir à stabiliser durablement la zone, les autorités locales doivent relever le défi de faire avancer le processus de paix avec les ex-mouvements rebelles.

« Nous appelons de nos voeux le désarmement et la démobilisation. Le processus avance, lentement mais il avance. On a organisé une réunion aujourd’hui avec le préfet sur la réconciliation », fait valoir le gouverneur de Ménaka.

« Des communautés pensent que s’armer permet de se défendre contre les voisins, ce qui fait qu’on a de plus en plus d’armes, ça alimente les guerres communautaires. Pour séparer le bon grain de l’ivraie, il faudrait qu’on récupère toutes les armes qui circulent. Leur circulation en grande quantité installe l’insécurité », déplore-t-il.

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