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Au Nicaragua, l’opposition se braque, les négociations à l’arrêt

A peine quelques jours après la reprise des discussions au Nicaragua, le dialogue est de nouveau à l’arrêt: l’opposition a suspendu sa participation aux pourparlers avec le gouvernement pour protester contre « la violence et la répression » visant les manifestants.

En annonçant sa mise en retrait lundi, l’Alliance civique pour la justice et la démocratie (ACJD), plateforme d’opposition qui réunit entreprises, société civile, paysans et étudiants, a condamné dans un communiqué « la violence et la répression exercée » samedi dans les rues de Managua contre les manifestants qui s’apprêtaient à défiler pour réclamer la libération d’opposants.

« Les faits de samedi s’ajoutent au désespoir de centaines de foyers qui continuent de voir leurs proches arrêtés et à la douleur que nous ressentons tous à cause des morts et des disparus », a ajouté l’opposition.

En réponse, le gouvernement a qualifié d' »inconcevable, contradictoire et insolite », la participation de figures de l’opposition à « une provocation et des troubles de l’ordre public », en référence à la mobilisation du week-end.

« Le dialogue est dans une impasse », a jugé José Pallais, un des négociateurs de l’opposition, pour qui il est « important de susciter la confiance » dans le cadre de ces pourparlers.

De son côté, les représentants du gouvernement appellent le camp adverse à un « compromis sincère pour discuter et trouver des points de consensus pour le Nicaragua ». Pas un mot en revanche sur les opposants détenus.

Samedi, au lendemain de la libération d’une cinquantaine d’opposants, la police s’en est pris à des manifestants et des journalistes.

Pourchassés par les forces de l’ordre, les manifestants et les journalistes venus couvrir le rassemblement avaient trouvé refuge dans les locaux d’une banque, dans le sud de la capitale, lorsque les policiers ont pénétré sur le parking et ont fait usage de leurs armes.

– Tirs et lacrymogènes –

« Ils attaquent l’édifice avec des gaz lacrymogènes et ils tirent », avait témoigné un vidéaste de l’AFP, Luis Sequeira, qui s’est fait voler son matériel par la police.

Plus d’une centaine de personnes ont été interpellées samedi, avant d’être relâchées quelques heures après grâce à la médiation du nonce apostolique, Waldemar Stanislaw Sommertag.

La police avait annoncé vendredi qu’elle n’autoriserait pas cette manifestation.

Les Etats-Unis ont dénoncé « la violence continue et la répression » au Nicaragua.

« Nous appelons le régime d’Ortega à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues arbitrairement; à respecter la liberté de réunion et d’expression des Nicaraguayens; et à s’engager à (…) organiser des élections anticipées libres et justes », a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine Robert Palladino.

« Plus de 700 prisonniers politiques » sont toujours détenus dans le pays, selon l’opposition qui considère comme « insuffisante » la libération de 150 opposants depuis la reprise du dialogue, fin février.

Le gouvernement de Daniel Ortega conteste ce chiffre et promet un rapport sur le nombre de détenus, sujet au coeur du bras de fer entre les deux camps.

Par ailleurs, le procès des deux journalistes, Miguel Mora, propriétaire de la chaîne de télévision 100% Noticias, fermée par le gouvernement, et sa directrice de l’information, la nicaraguayo-costaricienne Lucia Pineda, a été reporté au 29 avril, a annoncé lundi leur avocat.

Ils sont accusés de délits de « terrorisme » pendant les manifestations antigouvernementales qui ont secoué le pays en avril dernier.

Le dialogue entre le gouvernement et l’opposition vise à trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis près de onze mois et a fait plus de 325 morts, essentiellement dans les rangs de l’opposition. Le pouvoir, lui, ne reconnaît que 199 morts, essentiellement, selon lui, dans les rangs des force de l’ordre.

Après avoir dirigé le pays de 1979 à 1990 à l’issue de la révolution sandiniste, l’ex-guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, était revenu au pouvoir en 2007. Il est accusé par ses opposants d’avoir mis en place avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo une dictature corrompue.

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