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Au nom de l’humanisme colonial, venez parader avec nous!

« Derrière cette invitation, c’est toute la rosserie de la politique française en Afrique qui s’exprime »

Au nom de quoi les pays africains viendraient-ils célébrer le cinquantenaire de leurs indépendances le 14 juillet prochain à Paris? C’est cette question qui obnubile encore et toujours la société civile africaine francophone face à l’aboulie, à la léthargie de leurs gouvernants devant une nième indécence de la part des autorités françaises de réunir le 14 juillet prochain sous la bannière de l’indépendance, les pays francophones concernés. Les africains francophones douteraient-ils de leur indépendance à tort? Pas tant que cela comme il est de bon aloi chez les bien-pensants français enclins à la critique. «On ne vas pas se brouiller avec ceux qui nous rendent de grands services» leur rétorque Claude Guéant, actuel secrétaire de l’Elysée à propos de la présence française en Afrique.

Qu’est ce qui peut justifier un tel engouement de la part de la puissance colonisatrice pour le cinquantenaire des noces aussi dorées que viciées? Pour un partenaire qui n’a jamais reconnu un seul de ses innombrables méfaits et qu’il continue d’ailleurs de perpétrer par de nombreuses humiliations dont la dernière est visible et palpable au Gabon par le jeu de substitution de siège entre père et fils. Derrière cette invitation, c’est toute la rosserie de la politique française en Afrique qui s’exprime. Car une participation africaine à ce grotesque manège consoliderait l’idée que l’Afrique francophone est libre et indépendante et que son état de délabrement avancé est du seul fait de ces Africains incapables de tout changement. C’est rendre complices tous les Africains, d’une colonisation française encore plus présente et délétère qu’elle ne l’a jamais été auparavant parce que plus insidieuse.

Seulement, la seule évocation des seuls noms de Thomas Sankara ou Lumumba ou encore Um pour ne citer que ceux-là, est la justification et la preuve que les Africains ne sont pas le reflet de l’image que leur renvoie l’historiographie «officielle» de domination. Que la situation actuelle de l’Afrique, ainsi que le prophétisait Simon Kibangu en ces termes : (.) Mais les décennies qui suivront la libération de l’Afrique seront terribles et atroces. Car tous les premiers gouvernants de l’Afrique libre travailleront au bénéfice des Blancs. Un grand désordre spirituel et matériel s’installera. Les gouvernants de l’Afrique entraîneront, sur le conseil des Blancs, leurs populations respectives dans des guerres meurtrières et s’entretueront. La misère s’installera. Beaucoup de jeunes quitteront l’Afrique dans l’espoir d’aller chercher le bien-être dans les pays des Blancs. Ils parleront toutes les langues des Blancs. Parmi eux, beaucoup seront séduits par la vie matérielle des Blancs. Ainsi, ils deviendront la proie des Blancs. Il y aura beaucoup de mortalité parmi eux et certains ne reverront plus leurs parents. n’est le résultat et l’ uvre que de quelques brebis galeuses comme on en trouve dans chaque troupeau.

De même, à tous ceux et celles qui se posent en parangon de démocratie dans le monde en fustigeant l’incapacité des africains à cet exercice; situation plutôt favorable pour leur pillage et leur déprédation du continent, Wole Soyinka interrogeait: On dit des africains qu’ils ne sont pas prêts pour la démocratie, alors je m’interroge, ont-ils jamais été prêts pour la dictature? La France a-t-elle jamais réellement goûté aux saveurs de la colonisation et de l’occupation pour aujourd’hui prétendre apprécier ce qu’est l’indépendance en Afrique? Bien sûr que vous trouverez de nombreux experts hexagonaux pour nous entretenir de cette problématique ô combien douloureuse et de ses conséquences séquellaires dans la société française. Mais au nom de quoi se permet-elle alors aujourd’hui de continuer cette saignée ailleurs? Au nom de quel principe supérieur continue t-elle donc son occupation de l’Afrique? Les nombreuses bases militaires françaises symboles d’occupation que l’on référence dans presque tous les pays africains francophones le sont en quel honneur? L’escroquerie monétaire sans pareille dans l’histoire de l’humanité symbolisée par le Franc CFA est-ce le sceau d’une union saine qui mérite de la part des africains des festivités?

Une telle invitation doit, pour la majorité des Africains convaincus du travestissement des concepts, rappeler que l’indépendance ne se négocie pas même à renforts de festivités. Elle s’arrache sans concession aucune. A l’image de ce que font les Chinois, les Américains du Sud etc. L’autre minorité d’Africains se rendra à cette comédie, car liée par des alliances complices qui mettent l’Afrique aujourd’hui en exsangue. Elle s’y rendra parce que leur avenir en dépend lourdement, mais pour combien de temps encore ? Elle s’y rendra pour se faire remercier des bonnes grâces de leur bienfaiteur. Pour cela, une reformulation de l’événement s’impose dans ce cas. Paris fêtera le 14 juillet prochain, avec ses sbires africains, «Le cinquantenaire d’une dépendance» au nom de l’humanisme colonial.

Jean-Jacques Dikongué
Journalducameroun.com)/n
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