Au nom de quel principe la France agit en Côte d’ivoire, messieurs les intellectuels africains?

Par Jean Jacques Dikongue

Allez, Peuples! Emparez-vous de cette terre. Prenez là ! A qui ? À Personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes, Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la!
Victor Hugo

En langage moderne, ceux qui en ont l’expertise nous parle de géostratégie, de géopolitique et tous les autres concepts dont le but final qu’on veuille l’admettre ou pas, est l’occupation de l’espace géographique, quitte à ne plus respecter les principes de souveraineté des peuples à disposer d’eux-mêmes. On explique ainsi l’intense activité occidentale sur la planète, dont la vitrine hier était la civilisation et aujourd’hui remplacée par la démocratie par tous les ‘moyens’, par un besoin énergétique pour assurer sa survie. C’est sans doute ce qui fait aussi dire avec toute la véracité et la justesse du propos au professeur Théophile Obenga, la chose suivante : » Dominer, coloniser, détruire, tel est le destin de l’Occident…. »

On pourrait se refugier derrière tous les mots savants que l’on voudrait, développer de grandes théories comme certains africains savent le faire, tout ceci, pour nous autres qui n’avons ni l’étoffe encore moins la prétention de nous couvrir du sceau du mot intellectuel, n’est rien d’autre qu’une idéologie de fonctionnement. Une espèce de cahier de charges qui guide, oriente et détermine l’action de l’occident. Et ils la respectent à la lettre, car même si dans la forme elle subit changements, le fond reste immuable. Ce n’est pas, et je vois le prévisible et sempiternel contre-argument, refuser de voir la responsabilité des africains dans certains aspects de l’état actuel dans lequel se trouvent certains pays. La situation de l’Afrique aussi grande ou minime soit la responsabilité des africains, n’autorise en rien une ingérence étrangère fut-elle la France coutumière du fait. Et je rappelle à ceux là que, plus que quiconque, je suis de ceux qui défendent et pensent, comme le dit bien Achille Mbémbé que : »L’Afrique se sauvera par ses propres forces ou elle périra. Personne ne la sauvera à sa place, et c’est bien ainsi. ». Mais pour autant, je ne me soumettrai pas à l’idéologie de la pensée unique, pour défendre l’indéfendable. Cette France là est indéfendable.

Une perception qui semble beaucoup échapper à l’africain ‘intellectualisé’. Celui là qui croit que tout part du présent ou parfois de rien pour expliquer le présent ; celui qui refuse toute référence au passé et à l’histoire pour une meilleure compréhension de l’actualité. Celui qui est dans l’autoflagellation non pas par rigueur intellectuelle comme il le prétend et s’autoregarde ; mais parce qu’il se refuse à la perte du pseudo confort que lui confèrent ses théories. Ces théories qui évitent toute prise de risques et lui garantissent le mirage d’une reconnaissance derrière laquelle il court. Une posture de poltron comme la définissait encore une des victimes de cette idéologie qu’il (l’intellectualisé africain) se garde bien de critiquer, Thomas Sankara : « L’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère…  »

Un appel à l’assassinat de Laurent Gbagbo comme ce fut avec Saddam Hussein
Comme l’a fait son prédécesseur Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ne déroge pas à la règle du respect scrupuleux de la matrice de survie de la France. Ses multiples injonctions à Laurent Gbagbo de quitter le pouvoir et l’appel masqué à l’assassinat de ce dernier par Alain Juppé par cette formule : »Gbagbo vit ses derniers jours de chef d’État » doivent au moins conduire l’intellectualisé africain à poser deux questions qui paraissent fondamentales :

1- Au nom de quel principe la France se permet-elle de s’immiscer dans les affaires de la Côte d’Ivoire et assassiner les ivoiriens comme cela a été le cas en 2004 pour ne pas remonter plus loin ?

2- La Côte d’Ivoire n’est-elle pas libre et souveraine pour régler ses problèmes de démocratie ? La France a-t-elle reçu l’invitation des Ivoiriens à venir les délivrer du ‘mal’ Gbagbo ?

Ce questionnement simple, qui ne trouve même pas réponse satisfaisante auprès des artifices que l’occident lui-même a mis en place, l’intellectualisé africain à peine à se confronter à lui. Non pas par paresse puisqu’il se dit plus intellectuel que le reste, mais par une couardise inculquée, digérée et intégrée qu’il a reçue de cette idéologie ; mais aussi et surtout pour se garantir le confort que procure une telle posture face à l’idéologie qui détruit pourtant les siens auxquels il s’identifie selon que.Mais l’appel du matériel est au dessus de l’intégrité.

Nous disions que l’idéologie peut varier dans sa forme, mais elle ne change en rien dans sa quintessence. Hier sa substance moelleuse étaient la religion et la civilisation, aujourd’hui ce sont la démocratie et la haine des autres pour l’occident. D’ailleurs René Guénon l’explique très bien ces termes :  »Quelques uns parlent aujourd’hui de défense de l’occident, ce qui est vraiment singulier, alors que, c’est lui qui menace de tout submerger et d’entrainer l’humanité entière dans le tourbillon de son activité désordonnée »
Cet occident porteur des valeurs universelles. On se demande encore aujourd’hui à l’aune de ce qui se passe en Lybie, en Côte d’Ivoire etc. quelles sont-elles ces valeurs ? Celles d’aller assassiner les peuples comme la lecture de son histoire le montre si bien ?

De la bonne parole que l’on transportait sous les tuniques religieuses, on assiste aux structures dites mondiales et pour certaines structurellement invisibles, mais fonctionnellement, des instruments d’avilissement et d’humiliation des africains comme le TPI. Peut-on expliquer pourquoi tous les commanditaires des crimes en Irak et de l’assassinat de Saddam Hussein n’y sont pas traduits, par exemple.Les crimes en Palestine et les nombreux non respect des résolutions de l’état hébreux par exemple..
Des subterfuges comme la très fameuse  »Communauté Internationale » que personne ne peut définir à part ses seuls fondateurs..Mais dont le rôle est de préserver la bonne marche des intérêts idéologiques occidentaux.et protéger ses exactions à travers le monde.

En politique, la communauté des haines fait presque le fond des amitiés.
Alexis de Tocqueville

Les africains dans la grande majorité, n’ont pas une vision christique de la politique.Loin s’en faut. Et par conséquent sont pour cette même grande majorité, assez matures pour régler les problèmes liés à leurs dirigeants, si, une fois plus, ils ne sont pas empêchés par ceux là mêmes qui s’invitent à leurs débats internes. Ce déni de maturité des africains par les occidentaux qui est une astuce pour s’inviter et commettre des forfaits crapuleux sur les populations africaines participe de la même logique ; celle de piller, de détruire sous le sceau des principes d’humanisme. Si les Ivoiriens n’avaient plus besoin de Laurent Gbagbo ou les libyens de Kadhafi, ils les feraient partir sans quelconque intervention étrangère et encore moins française. Les haines coalisées de l’occident sur les personnes de Laurent Gbagbo et de Kadhafi ne répondent en rien aux aspirations des africains et ne sont pas encore un signe de l’honnêteté et de la véracité d’une civilisation qui est incapable de respect des principes et de partage, une civilisation incapable de cohabiter avec les autres. Une civilisation, poursuit René Guénon : »Une civilisation qui ne reconnaît aucun principe supérieur, qui n’est même fondée en réalité que sur une négation des principes, est par là même dépourvue de tout moyen d’entente avec les autres, car cette entente, pour être vraiment profonde et efficace ne peut s’établir que par en haut, c’est-à-dire précisément par ce qui manque à cette civilisation anormale et déviée  ». Comment peut-on être capable d’aller donner, d’offrir ce que l’on n’a pas ?

Chaque fois que les colonialistes nous invitent à une collaboration pour un progrès commun de nos deux peuples ils ont en arrière pensée d’arriver, avec le temps, à nous supplanter. Voilà pourquoi, tout ce qu’ils nous offrent n’est qu’un vaste mirage qui peut égarer un peuple entier, grâce à la complicité de quelques-uns.
Cheikh Anta Diop

Se servir des arguments fallacieux, surannés comme la protection des peuples pour semer la désolation et le chaos en côte d’Ivoire, en Libye ou ailleurs est une grosse injure que l’idéologie occidentale vient une fois de plus infliger aux africains avec comme toujours, quelques ‘théoriciens’ parmi ces derniers chez qui l’autoflagellation est devenue une nature plus qu’une habitude, pour expliquer à ceux qui s’insurgent non pas contre le fait que les populations africaines décrient, rappelons-le, les maux que connaissent toutes les sociétés humaines que l’on soit d’Afrique, d’Europe ou d’ailleurs avec leurs dirigeants ; mais une ingérence étrangère qui ne relève d’aucun autre principe que celui de la destruction et du refus de liberté aux peuples africains. Il aurait été maladroit mais surtout incomplet de conclure sans rappeler cette mise en garde que le vrai intellectuel africain, pas celui qui se contentait de l’autoflagellation, mais celui qui prenait des risques, les vrais, lançait contre cette poltronnerie et traitrise de certains africains tout en avertissant du comportement des Nicolas Sarkozy et ses coalisés contre l’Afrique, en d’autres termes sur l’idéologie occidentale.

Jean Jacques Dikongue
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