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Au secours, Blaise Compaoré revient

Par Michel Lobé Etamé, Journaliste

Chassé du pouvoir et de son pays par le peuple qui ne supportait plus les indélicatesses de ce soldat sevré au champagne, Blaise Compaoré vient de signer son retour sur la scène politique Burkinabé par un coup d’état militaire de ses sbires.

Après 27 ans de pouvoir, Blaise Compaoré était considéré en Occident comme un fin négociateur dans le conflit ivoirien. Fourbe, calculateur et manipulateur, il comptait s’éterniser au pouvoir après avoir assassiné son mentor et ami, un héros que l’Afrique célèbre: Thomas Sankara.

Blaise Compaoré n’a pas réussi à modifier en 2014, une fois de plus, la constitution de son pays pour se représenter à l’élection présidentielle de 2015. Il voulait faire sauter la limitation des mandats présidentiels. Le peuple a exprimé haut et fort sa colère. Il ne lui restait plus que la voie de l’exil doré que lui offrait Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire.

Les atermoiements du pouvoir intérimaire
Le Burkina Faso a plongé dans l’incertitude mercredi. Le RSP, garde prétorienne de l’ancien dictateur Blaise Compaoré, a pris en otage le président intérimaire et le gouvernement, au cours d’un conseil des ministres.

Ce coup d’état était prévisible car il n’échappait à personne à Ouagadougou que les militaires du Régiment de sécurité présidentielle ne supportaient pas l’éviction des amis de l’ancien président de l’élection présidentielle prévue en octobre 2015.

La dissolution du RSP avait été vivement recommandée aux autorités. Toutes les occasions étaient bonnes pour ces nostalgiques du pouvoir qui ne supportaient pas une transition démocratique. Ce coup d’état n’est donc pas une surprise. Il s’inscrit dans la logique des tractations en cours de l’ancien camp pour faire revenir au pouvoir celui qui redoute d’être jugé un jour pour l’assassinat de Thomas Sankara et de Norbert Zongo.

Les membres du RSP n’ont pas manqué de vigilance depuis le départ de leur maître. En effet, le président intérimaire, un sombre fonctionnaire, n’était pas rompu à la politique clientéliste mise en place par Blaise Compaoré. Il a manqué d’autorité et de charisme malgré les mises en garde répétées de son entourage et de la société civile.

Les amis de Blaise Compaoré ont investi tous les supports de communication du pays. Leur message est simple. Ils veulent rétablir la «démocratie». Ils ont annoncé la dissolution de toutes les institutions de la transition. Dans leur discours proéminent, ils promettent l’organisation des élections inclusives.

La compassion de la communauté internationale
La communauté internationale est occupée par l’arrivée en masse des migrants en Europe. Ce temps est bien choisi par les militaires du Burkina pour imposer une fois encore leur loi. Le communiqué laconique de l’Union européenne pour condamner le coup d’état sonne comme un encouragement aux militaires et un aveu de faiblesse. Les chancelleries occidentales n’ignoraient pas que le bruit des bottes allait encore retentir au pays des «hommes intègres». Ils n’ignoraient rien de tout cela.

Dans sa villa cossue à Abidjan, Blaise Compaoré peaufine son discours de rentrée. Il va retrouver ses sujets qui lui manquaient. L’histoire se répète toujours en Afrique, au grand dam des populations.

Le peuple burkinabé l’entend-il de cette oreille? Il nous a habitués à défiler dans les rues et à défier le pouvoir pour exprimer sa colère. L’Afrique entière ne restera pas de marbre face à cette imposture qui brise les rêves des enfants du continent. Le retour de Blaise Compaoré sonne comme un coup de grâce sur nos têtes.

La valse des constitutions en cours en RDC et au Congo ne peut que raffermir la détermination des enfants de troupe du RPS au Burkina. Le Burundi a réussi à élire son nouveau président qui a modifié la constitution. Malgré les mises en garde des USA et de l’Europe, l’homme fort du Burundi règne à nouveau sans partage. Cet exercice est si fréquent en Afrique qu’il ne choque plus personne. Et si les esprits bienveillants bravaient le couvre-feu imposé par les imposteurs à Ouagadougou?

Blaise Compaoré.
Droits réservés)/n


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