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Aucun argument économique sérieux ne justifie l’augmentation des prix à la pompe

Par Charles Ngah Nforgang, Président national du RACE

Le gouvernement vient de provoquer les camerounais en revoyant à la hausse les prix des carburants et du gaz domestique. Il faudra désormais débourser environ 80 F de plus pour obtenir un litre du précieux liquide et 500 F pour le gaz domestique.

Et comme pour nous insulter davantage, Le Ministre de la Communication a tenté de justifier cette forfaiture en comparant les prix pratiqués chez nous avec ceux d’autres pays africains et par la nécessité d’orienter une partie de l’argent alloué pour la subvention des carburants à d’autres secteurs d’activités.

Aucun argument économique sérieux ne peut justifier aujourd’hui une augmentation des prix à la pompe. L’augmentation du salaire des fonctionnaires annoncé concerne moins de 10% de la population. La fonction publique employant moins de 200 000 personnes. La majorité des camerounais en activité se recrute dans le secteur privé régi par un code de travail esclavagiste qui date de 1992 et dans le secteur informel. Sans compter de nombreux chômeurs et sans emplois. Bien plus, dans les pays auxquels fait allusion M. Issa Tchiroma Bakari, le SMIG est parfois six fois supérieur à celui pratiqué au Cameroun. C’est le cas au Gabon voisin où il est de 150 000 F.

Du coup, on est en droit de se demander en quoi une augmentation du salaire des fonctionnaires limiterait les effets pervers de l’augmentation des prix à la pompe? En effet, le Ministre de la Communication refuse simplement de dire que le gouvernement a ainsi décidé de sacrifier les camerounais pour satisfaire aux injonctions ultralibérales et antisociales du Fmi et de la Banque mondiale. Non sans, dans la même foulée, préserver les intérêts occultes de la horde de prédateurs et autres profiteurs tapis dans l’administration pétrolière.

Nul n’est censé ignorer qu’avec une inflation galopante qui atteint des sommets dans notre pays, le moindre relèvement des tarifs du carburant entrainera automatiquement un renchérissement généralisé des coûts du transport, des prix des denrées et services de première nécessité sur le marché.

Non à la forfaiture et appel à la résistance. Les consommateurs refusent de cautionner cette forfaiture qui traduit les mauvais choix de la politique du Renouveau. Nous savons qu’un flou artistique est entretenu en amont et en aval dans notre secteur pétrolier et à dessein, car il constitue l’une des principales mamelles nourricières de la grande corruption qui gangrène notre pays.

L’énorme plus-value financière engrangée par ce secteur profite avant tout aux multinationales, à une poignée de fonctionnaires et à quelques dignitaires du régime en place. Par ailleurs, tout le monde sait que la pléthore de taxes (plus de 50% du prix à la pompe), mine fortement la structure du tarif et plombe la cotation des hydrocarbures.

En guise d’exemple, de la raffinerie à la pompe, la structure du prix du super fait ressortir 06 postes de Tva. Sans oublier des «impôts» payés tantôt pour le «réaménagement du dépôt de Nsam» (2,36 Fcfa prélevés sur chaque litre de carburant depuis 1997), tantôt dans le cadre du «Fonds de lutte contre la fraude» (0,27 Fcfa par litre de super, 1,87 pour le pétrole et 0,16 pour le gasoil). Tous ces éléments superflus alourdissent davantage les prix à la pompe. Le prix «sortie SONARA» du litre de super étant de 221,64 Fcfa ttc, en supprimant toutes ces taxes incongrues, de 569 Fcfa actuellement, on pourrait bien pu avoir un litre de super à la pompe à 400 Fcfa ttc.
Au lieu de provoquer les consommateurs en procédant à une augmentation à l’aveuglette des prix du carburant, l’Etat aurait mieux fait d’envisager une réforme de fond en comble de la fiscalité pétrolière en aval, afin de tirer les tarifs vers le bas.

Le RACE appelle les camerounais, les syndicats de transporteurs, les autres organisations de défense des consommateurs et les partis politiques à refuser de céder à cette ultime provocation et à se tenir prêt pour une mobilisation afin d’inverser la tendance. Nous avons tous le droit de bénéficier autant que ceux qui nous gouvernent et les « voleurs de la république » du pétrole extrait de notre sous-sol.

Pour le Bureau Exécutif du RACE],
Charles Ngah Nforgang
, Président national
Jean Baudelaire Belengue, Secrétaire général Adjoint



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