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Avec « le pays est sucré », Alex prend le parti du camfranglais

Il est Français et il chante avec l’argot de jeunes camerounais. Musicien amateur comme il se définit, Alex estime toutefois avec humour, qu’un jour, il sera plus célèbre que Petit Pays. Entretien

Bonjour Alex. En à peine deux semaines après la sortie de votre clip « Le pays est sucré », plus de 65.000 vues sur You tube et un accueil très positif par le public. Tout d’abord peut-on avoir des éléments d’identités sur l’artiste Alex ?
Je m’appelle Alex, je suis français, d’un père blanc et d’une mère blanche. Je vis à Paris et me rends régulièrement au Cameroun, qui est devenu ma seconde patrie. Je suis passionné de musique et d’écriture depuis tout petit. J’ai écrit, composé et enregistré la chanson « Le pays est sucré », dont le clip est sorti sur internet le 20 mai à l’occasion de la fête nationale.

Vous faites seulement de la musique ou vous menez d’autres activités ?
J’écris des chansons depuis une dizaine d’années mais je ne suis pas pour autant un artiste professionnel, qui vit de cela. Je suis diplômé d’une école de Commerce et je mène une activité professionnelle dans le domaine du conseil des administrations publiques.

Sans avoir vu le clip «le pays est sucré», on ne se douterait pas qu’il s’agit d’un étranger, un Blanc qui chante en « camfranglais », un argot que l’on croyait principalement maitrisé par les Camerounais. Pourquoi avoir choisi ce registre pour votre premier clip ?
L’objectif de la chanson et du clip était de rendre hommage au « Pays ». Quoi de mieux pour cela que le camfranglais, cette langue du peuple, très imagée, mélange de plusieurs langues et cultures, une langue qui évolue chaque jour, que l’on utilise beaucoup pour le kongossa, à la recherche de l’expression qui fait mouche ? Prenez par exemple « ton pied mon pied », « on est ensemble », « mange mille », « sans confiance ». Ces expressions-là sont extraordinaires, il faudrait même les exporter en France !

On peut supposer que vous vous adressez principalement aux jeunes vu le genre que vous avez choisi : le rap.
Justement non ! Je souhaitais que ma chanson s’adresse à tous, du gardien au grand quelqu’un. Le rap est pour moi plus qu’un style de musique, c’est un moyen d’expression, un parler-chanter qui met en valeur les mots et les idées. Et je trouve que le rap convient bien à cette idée de mettre en avant les expressions de camfranglais et les bonnes histoires du pays. Après, j’ai conscience que « Le pays est sucré » n’est pas un rap classique. Certains puristes critiqueront le flow ou l’instrumental, mais l’objectif était bien de faire quelque chose de simple et accessible à tous. J’ai également voulu faire quelque chose de naturel, sans figurants avec de vrais Camerounais menant leurs activités quotidiennes. J’ai présenté l’idée et tous ont adhéré. Et de ce que je lis des commentaires sur Internet, une de mes plus grandes fiertés est justement que cela puisse plaire aux jeunes comme aux moins jeunes, aux gars du kwat comme aux gens de la diaspora.

En vous écoutant attentivement, on a l’impression de se retrouver devant une antithèse. En effet, le titre c’est « e pays est sucré», ce que rappelle le refrain. Mais aux différents couplets, vous faites une critique du quotidien des Camerounais et des Camerounaises. Quelques morceaux choisis : Le premier couplé débute ainsi «ouais ma s ur, je dis hein tu es en haut. Tu fais le nyanga avec ton chaud au lieu de rester là avec ta sister, avec ton refré, avec ta remé et ton repé, au lieu de fréquenter toi tu préfères aller t’ambiancer.» ; Au second couplet, «.grâce à toi les Brasseries font le premier chiffre d’affaires du pays. Ouais la mater, pourquoi tu vas encore te décaper, te défriser.Parfois tu penses qu’on pourrait lancer l’opération épervier pour tous les maris adultères.» ; Dans le troisième couplet «.Ouais mes homologues, vous aimez trop le bavardage dans vos chansons. Vous vénérez Mama Chantal et son ami Françoise Foning.». En considérant cela, pourquoi le titre « le pays est sucré ? »
Tout d’abord merci pour cette question très pertinente, qui va me donner l’occasion de m’exprimer sur ce point qui suscite des interrogations. Oui, il y a bien une antithèse. Ne dit-on pas que le Cameroun est une Afrique en miniature, avec toutes ses qualités et ses défauts, ses réussites et ses difficultés ? Derrière l’expression « le pays est sucré », ce que je voulais mettre en avant c’est la capacité des Camerounais à se battre et à dépasser un quotidien pas toujours facile, notamment grâce à l’humour. Le texte et le clip décrivent effectivement certaines de ces réalités : la go qui préfère chercher les sponsors plutôt que fréquenter, les gens et les artistes qui cherchent surtout le farotage, les pères qui préfèrent la 33 à leur femme, les coupures d’eau… Des réalités souvent difficiles, mais que mes amis camerounais aiment commenter dans leurs divers en faisant les blagues et en terminant par « weee, quand même non, le pays est sucré mal mauvais ! ».

Durant le clip on vous voit au marché, portant des cageots de légumes, avec des samaras ; en train de braiser le « soya », conduisant un bendskin, etc. Etait-ce juste pour le clip ou c’est une pratique habituelle chez vous ?
Non, ce n’est pas habituel, d’ailleurs à part ceux dont c’est le métier je connais peu de Camerounais qui font ça tous les jours ! Ceci dit j’ai appris ces choses car je les apprécie et je les respecte : à chacun de mes passages au Cameroun je prends le ben sikin, je vais chez le coiffeur (pas celui des cheveux des blancs hein ?), je vais manger les soyas. D’ailleurs dès que je peux, je me fais envoyer des colis de soyas à Paris ! Pour en revenir au clip, l’idée était de rendre hommage de manière décalée à ces métiers qui font le quotidien du Cameroun. A l’inverse d’autres clips où les chanteurs conduisent les Hummers ou prennent l’hélicoptère, où les chanteuses dansent presque nues dans la rue. Au passage est-ce que eux font ces choses-là tous les jours ou juste pour les clips ?

Alex: « Le pays est sucré n’est pas un rap classique »
journalducameroun.com)/n

Quels sont vos rapports avec le Cameroun ? Combien de temps y avez-vous vécu ?
Mes premiers rapports avec le Cameroun sont liés au foot. Roger Milla jouait dans le club que je supporte, de même que Joseph-Antoine Bell dont j’étais fan. Mon premier maillot de foot a été celui de Lucien Mettomo, j’ai fêté quand on a tapé les Nigérians en 2000 en finale de la CAN. Mon premier voyage au Cameroun remonte à 2007. Depuis je suis venu 6-7 fois, pour passer du temps avec ma famille camerounaise. D’ailleurs, le clip a été tourné à la fin de l’année 2013, les 24 et 25 décembre. Je reste principalement à Douala, mais je suis aussi allé à Yaoundé, à l’Ouest et dans le Sud. Il me reste encore beaucoup de choses à découvrir ! Comme vous l’aurez compris, je n’ai jamais « vécu » au Cameroun.

Comment avez-vous fait pour collecter tout ce répertoire de l’argot des jeunes camerounais (chien vert asso, chibanya, etc.) ?
Dès la première fois que je suis venu, j’ai été fasciné par ce langage qui mêle le français, l’anglais, le pidgin et les langues locales. Je m’étais même noté les meilleures expressions dans un carnet ! En revenant pour des événements familiaux, j’ai appris de nouvelles expressions en participant aux divers, en écoutant la radio. Je vais aussi régulièrement sur les sites d’information camerounais. Il me reste encore plein d’expressions à découvrir ! D’ailleurs les commentaires en ligne sur ma vidéo m’ont permis d’en apprendre de nouvelles, par exemple « je donne les mains », ou encore « je do le mouna avec toi ça va te give les kaolos ».

A la fin de votre clip vous dites : « Retenez mon nom, moi c’est Alex, le sans visa de Paris. Un jour je serais plus célèbre que Adolphe Moundi Alias Petit-Pays. ». Quels sont vos projets pour la suite ? Un album ?
Jusqu’ici, à part le tournage du clip, j’ai tout fait tout seul : la composition, l’écriture, même l’enregistrement sur un petit home studio amateur chez moi. L’objectif maintenant c’est de partager ! Je suis déjà très heureux d’échanger avec les gens sur Youtube et Facebook. Après, tout dépendra des opportunités que l’on pourra me donner pour, pourquoi pas, faire de la scène, sortir un album. J’ai enregistré une chanson pour appeler à l’unité derrière les Lions, je prépare une petite vidéo qui va sortir bientôt pour accompagner cette chanson. J’ai aussi d’autres idées de textes. De toute façon maintenant je suis obligé de continuer car certains gars sur Internet m’ont dit que « si il y a pas la suite heinn je vais te botter ! ».

En train de braiser du « soya »
journalducameroun.com)/n


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