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Babila Akaou: «Boko Haram n’est plus à 100% masculin»

Le préfet du Mayo Sava fait le tour de la situation du département le plus touché à l’Extrême-Nord par les effets néfastes de la secte terroriste nigériane

M. le préfet, pouvez-vous nous dire quelle est la situation sécuritaire dans le département du Mayo Sava ?
De manière globale, la situation sécuritaire dans notre département est sous contrôle. Ceci en dépit de quelques pôles d’attaques ou de vols perpétrés dans la zone frontalière. Ce que nous pouvons dire est que nous, autorités administratives, saluons la détermination de nos forces de défense sur le terrain. Nous saluons aussi la collaboration des populations. C’est l’ensemble de ces actions qui nous a amené à circonscrire le phénomène Boko Haram et le ramener à des proportions qui sont celles d’aujourd’hui, c’est†à†dire celles de sécurité relative qui règne actuellement dans la zone.

Il se trouve qu’il a des mesures préventives qui ont été prises par rapport à la circulation des personnes, notamment la nuit dans la région. Ya-t-il des dispositions particulières dans le Mayo Sava ?
Oui. Nous avons un arrêté régional et c’est M. le gouverneur de la région de l’Extrême†nord qui a interdit la circulation des motos et même des véhicules dans la nuit. C’est pour des dispositions sécuritaires; si vous avez bonne mémoire, vous vous souviendriez de l’attaque perpétrée sur la route de Zigaziga en pleine journée. C’est donc pour prévenir la résurgence de tels cas que de telles décisions ont été prises. Ce sont des décisions auxquelles nous veillons pour sécuriser notre département. Parce que nous pensons qu’avec cette mesure, on pourra repérer, tout au moins mettre la main sur tous ces malfrats qui posent des actes criminels dans la nuit.

Vous présidez un comité de gestion des personnes déplacées dans le Mayo Sava. Qu’est-ce qui a motivé la création d’une telle structure ?
Il faut d’abord dire que c’est un comité de crise parce que nous avons eu un nombre impressionnant de personnes déplacées qui fuyaient soit les exactions des assaillants et qui ont gagné un peu l’intérieur du pays notamment Mora et même du côté de l’arrondissement de Kolofata. Alors, à un moment donné, nous étions face à de milliers de personnes qu’il fallait immédiatement prendre en charge c’est†à†dire leur apporter de l’aide alimentaire. Il fallait aussi éviter des épidémies. Nous avons donc mis en place ce comité et avec la médiatisation, nous avons eu par ci, par là des aides qui nous ont permis de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires à savoir la nutrition et l’encadrement sanitaire.

S’agissant justement du volet santé au niveau du camp de réfugiés du stade municipal de Mora, il se trouve qu’il y a déjà des cas pour le moins poignants qui sont relevés de ce côté. Les spécialistes de la santé parlent d’un cas de poliomyélite. Qu’en est-il exactement ?
Vous savez, lorsqu’il y a rassemblement des milliers d’hommes, cela peut évidemment entraîner des épidémies ou tout au moins des maladies ; surtout que ces personnes viennent d’horizons divers sans encadrement sanitaire et sécuritaire adéquat. Pour cela, nous avons suspecté au niveau du stade trois (03) cas de poliomyélite. Il reste à les confirmer au niveau du Centre Pasteur de Garoua. Mais pour le moment, ces trois cas sont pris en charge par les responsables de la santé qui ont d’ailleurs déjà vacciné tous les enfants de 0 à 5 ans présents parmi les réfugiés.

Le Gouvernement du Cameroun a mis à la disposition des réfugiés des denrées alimentaires. A ce jour que révèle le suivi fait autour de cette assistance humanitaire par l’autorité administrative ?
Vous savez qu’en matière de dons, il faut un suivi rigoureux. Au niveau du comité départemental de crise, nous avons mis sur pied des sous†comités opérationnels dans deux arrondissements à savoir Kolofata et Mora. Ces sous†comités sont placés sous la supervision des sous†préfets de ces localités. D’ailleurs, pour éviter une distraction de ces dons, nous avons immédiatement mis ceux du chef de l’Etat aux concernés sous les auspices de M. le gouverneur de l’Extrême†nord. Quant aux dons que nous avons reçus au niveau départemental, les sous†comités opérationnels nous font l’état des besoins et nous avons un responsable, en l’occurrence le premier adjoint préfectoral. Les dons des autres bonnes volontés, nous encourageons les donateurs à aller directement à la rencontre des bénéficiaires pour éviter des amalgames et accusations par ci, par là. Nous avons aussi un stock de sécurité au niveau de la salle de conférence de la préfecture en vue des interventions ponctuelles en cas de besoin. Même si il faut noter que cela commence à peser étant donné que le transfert des réfugiés dans des camps conçus à cet effet dans le département se fait toujours attendre.

A votre avis qu’est-ce qui retarde le transfert des réfugiés dans les camps dont vous parlez ?
Vous connaissez le statut des réfugiés. C’est le HCR qui est la structure technique habilitée à gérer les flux des réfugiés. C’est de concert avec eux que nous les recensons et les regroupons en familles pour faciliter le transport c’est†à†dire les opérations d’embarquement pour permettre au HCR de les mettre dans les véhicules. Tant que la logistique du HCR n’est pas prête à leur niveau, nous ne pouvons engager une quelconque opération. Compte tenu de l’insécurité dans la zone, nous nous entourons aussi de prudence car nous pourrions transporter des malfaiteurs. Donc il y a aussi des enquêtes de moralité préliminaires pour nous assurer que c’est effectivement des personnes en détresse et qui ne sont pas de moralité douteuse que nous faisons embarquer. Ainsi, selon un recensement très récent au camp du stade municipal, nous avons 560 personnes réfugiées. Il va falloir renégocier avec le HCR qui a choisi de mettre d’abord le cap sur le Logone et Chari. Pour l’instant, nous procédons encore à des enquêtes de moralité.

Et les déplacés internes.
Nous avons deux catégories de personnes : les réfugiés au sens du HCR qui sont surtout nigérians et les camerounais qui ont fui la zone frontalière et qui ont trouvé refuge à l’intérieur du département ou de la région. Ces déplacés internes sont aussi en nombre important. Ce que nous faisons c’est de maîtriser les effectifs et les canaliser. Beaucoup sont en ville et dans des familles. Notre programme prévoit de boucler d’abord les opérations de transfert des nigérians et ensuite faire un recensement interne pour voir dans quelle mesure ils pourront rejoindre leurs lieux d’habitation une fois le calme revenu. Nous leur venons aussi en aide. Dans les arrondissements, les sous†préfets gèrent ces cas†là. Le gros du travail est de faire d’abord partir les nigérians.

Ces derniers temps, on parle du retrait par les services spéciaux du département des cartes nationales d’identité camerounaises dont seraient détenteurs des étrangers. Qu’en est-il exactement ?
Vous savez, c’est pour des raisons politiques et même notre hospitalité légendaire que certaines personnes ont pu acquérir des cartes nationales d’identité camerounaises partout à Kolofata, Amchidé, Tokombéré.Au vu de la situation actuelle d’insécurité ambiante, il est de bon ton que nous soyons vigilants et méfiants là où il y a des doutes. Les services de renseignements s’y appliquent et mènent des investigations sur les détenteurs de ces cartes. Je peux même vous dire que c’est une opération qui a permis jusqu’ici de démasquer beaucoup de malfrats sur notre territoire.

A bien observer le décor de certaines localités du Mayo Sava, on a tout de suite l’impression qu’il y a des zones inaccessibles.Qu’en est-il M. le préfet ?
Il n’y a pas de zones inaccessibles. Sauf qu’avec l’arsenal militaire présent dans le département, nous ne voulons pas faire de confusion. Et pour cela, nous régulons les mouvements de personnes. Ce qui voudrait dire qu’au niveau de la zone frontalière, si vous êtes surpris là†bas la nuit, vous êtes assimilé à un malfaiteur. Il y a un arrêté du gouverneur qui interdit la circulation dans certaines zones en journée comme en nocturne. Mais nous prenons des mesures de portée générale pour les adapter à la réalité. Nous accordons des dérogations aux personnels médicaux, aux enseignants, aux forces de défense. à qui nous pouvons délivrer des autorisations spéciales.

[b Les villes d’Amchidé et Kolofata se sont presque vidées de leurs populations. Doit-on comprendre que là-bas l’autorité camerounaise est désormais au plus bas ?
Non. Les services publics minimum fonctionnent puisque certaines personnes y résident malgré tout. La réalité c’est que les gens ont fui les conflits et les exactions de la secte Boko Haram. C’est pour leur propre sécurité que les populations sont parties. C’est une situation conjoncturelle qui va se rétablir une fois le calme revenu. D’ailleurs, la semaine dernière, nous y étions pour servir des vivre.

Il y a un phénomène très courant ici : la rumeur. Comment le gérez-vous?
Vous savez, devant les situations de crise, il y a des rumeurs, des radiotrottoirs, des gens qui aiment le sensationnel. A notre niveau, nous gérons tout cela avec prudence et sérénité. Nous prenons le temps de recouper toute information, si banale soit elle.

Des femmes et des enfants dans les rangs de Boko Haram. Est-ce aussi simplement une rumeur ?
Non. Cela est vrai. Nos services de renseignements ont pu établir qu’il y a des femmes et des enfants que la secte a enrôlés qui opèrent aux côtés des hommes. Ne vous trompez pas, Boko Haram n’est plus à 100% masculin. Selon les informations en notre possession, le rôle des femmes et des enfants est d’espionner nos positions et de relayer les informations auprès des hommes. Bien sûr moyennant quelque chose. Nos forces de défense en sont conscientes, et ont intégré ce paramètre dans leurs stratégies.

Pour sortir M. le préfet, vous ne revendiquez pas plus de quatre mois à la tête du Mayo Sava, puisque vous avez pris vos quartiers ici au mois de juillet 2014, au plus fort de la guerre contre Boko Haram ; vous venez du Ndian, un département dans lequel vous avez été en contact avec le dossier Bakassi. Vous vous estimez homme des situations compliquées ?
Au grand jamais. Je suis un administrateur civil et je suis appelé à servir mon pays partout où ma modeste personne est sollicitée. Reste que l’expérience que j’ai du commandement révèle que partout il y a au moins un problème. Ici ça peut être des problèmes fonciers, là†bas c’est le grand banditisme, ailleurs, c’est l’insalubrité ou les catastrophes naturelles. Il faut s’attendre à tout quand on est administrateur et qu’on exerce pour son pays.

Babila Akaou, préfet du département du Mayo Sava
Intégration)/n


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