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Barbarin, prélat conservateur et symbole de l’omerta dans l’Église

Devenu le symbole des silences de l’Église face à la pédophilie, le cardinal Philippe Barbarin s’apprête à quitter l’archevêché de Lyon avec l’image d’un homme aux positions rigoristes, dont l’intransigeance a fait grincer des dents jusqu’au sein du diocèse.

« Mes pensées vont aujourd’hui, toujours, vers les victimes (…) Je continuerai de prier pour elles et pour leurs familles, quotidiennement, prier pour moi, pour le diocèse de Lyon que j’aime tant, pour chacun des habitants de cette région », a déclaré le prélat jeudi devant la presse, en forme d’adieux avant de proposer une nouvelle fois sa démission au pape.

Arrivé à Lyon en 2002 avec l’image d’un prélat dynamique, le Primat des Gaules voit son destin basculer en 2015 lorsqu’éclate l’affaire Preynat. Cet ex-prêtre du diocèse de Lyon, dont le jugement est attendu le 16 mars, est suspecté d’avoir abusé sexuellement de nombreux scouts entre 1971 et 1991.

Le scandale éclabousse toute l’Église et devient vite l’affaire Barbarin quand des témoins affirment que le cardinal savait mais n’a rien dit à la justice, et l’assignent en justice. Un premier couperet tombe avec la condamnation du prélat à six mois de prison avec sursis.

L’archevêque de 69 ans se rend dans la foulée à Rome pour remettre sa démission au pape mais ce dernier la refuse au nom de la « présomption d’innocence ».

Une décision vue d’un mauvais œil par une partie des prêtres lyonnais, qui réclamaient déjà le départ de l’archevêque. Un vicaire épiscopal de la Loire a même démissionné de ses fonctions en signe de désapprobation.

Depuis, le climat était resté « très lourd » dans le diocèse, confie un prêtre sous couvert d’anonymat, regrettant le « mauvais message » envoyé par un archevêque décrit comme « très autoritaire » et « décidant seul ».

Malgré sa relaxe jeudi, le départ du cardinal semblait inéluctable pour le président de l’association de victimes La Parole libérée, François Devaux. « Je pense que moralement ce serait difficile que Philippe Barbarin continue d’occuper ses fonctions. C’est une faillite morale. »

Pour son avocat Jean-Félix Luciani, le cardinal part au contraire « la tête haute, sans arrogance », après s’être arc-bouté sur son « droit » à faire appel en refusant d’admettre ses fautes devant la justice – alors qu’il avait demandé pardon lors d’une messe. Quitte à froisser pour de bon son image de religieux communiquant et énergique, qui lui valut le surnom de « Monseigneur 100.000 volts ».

– « Inclassable » –

Intellectuel à l’élocution singulière, voire déroutante, polyglotte et tintinophile, Philippe Barbarin est né le 17 octobre 1950 à Rabat (Maroc), dans une famille de onze enfants.

Cet évêque de terrain, dans son diocèse comme à l’étranger, est ouvert au dialogue inter-religieux. Il va à la rencontre des sans-papiers et des Roms; il est présent sur les réseaux sociaux… mais il avance aussi aux premiers rangs des manifestations anti-avortement.

« S’il n’y a plus beaucoup de chrétiens en France, ce n’est pas mon problème. Mon problème, c’est que nous, chrétiens, ne sommes pas assez chrétiens », avait-il déclaré en arrivant à Lyon. « Je sais que cela choque mais je le répéterai: le christianisme cool n’a pas d’avenir ».

Il fait ainsi preuve de beaucoup de conservatisme sur les enjeux sociétaux comme le mariage homosexuel auquel il s’est farouchement opposé.

« Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre… Après, un jour peut-être, je ne sais pas quoi, l’interdiction de l’inceste tombera », déclarait-il en 2012. Des propos qu’il avait tenté de nuancer par la suite.

« Inclassable, il est en fait un évêque de la génération Jean Paul II », écrivent à son propos Jean Comby et Bernard Berthod dans leur « Histoire de l’Église de Lyon ».

Maître en philosophie et en théologie, après des études à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris, disciple du théologien Hans Urs von Balthasar et du cardinal Henri de Lubac, il est ordonné prêtre en 1977 dans le diocèse de Créteil (région parisienne) où il reste près de 17 ans. C’est le moment « le plus heureux » de sa vie de prêtre, confiait-il à l’hebdomadaire Paris Match en 2012. Il est ensuite envoyé à Madagascar.

De retour de l’océan Indien, il devient évêque de Moulins (Allier) avant d’être nommé archevêque de Lyon en 2002 puis cardinal en 2003. A ce titre, il participe à deux conclaves, en 2005 et 2013, pour élire les papes Benoit XVI et François.

Mgr Barbarin s’est beaucoup investi notamment auprès des chrétiens d’Orient en proie aux persécutions, en particulier en Syrie ou en Irak où il s’est rendu à plusieurs reprises.

Chevalier de la légion d’honneur, il est l’auteur de plusieurs livres, dont un paru en 2015: « Dieu est-il périmé? »



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