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Benin: le triomphe de la démocratie

Par Michel Lobé Etamé

Beaucoup d’entre nous dĂ©sespèrent de voir l’Afrique intĂ©grer le cercle des pays dĂ©mocratiques. C’est un tort car nous avons aujourd’hui un motif de satisfaction et de fiertĂ©. Les Ă©lections prĂ©sidentielles au BĂ©nin ne souffrent d’aucune contestation. Elles se sont dĂ©roulĂ©es dans un climat calme qui a opposĂ© au second tour deux candidats plĂ©biscitĂ©s par un peuple souverain.

Le processus dĂ©mocratique est long et semĂ© d’embĂ»ches. Nous pouvons comprendre l’impatience de la jeunesse. La lumière a commencĂ© Ă  Ă©clairer les jeunes dĂ©mocraties Ă  l’image du SĂ©nĂ©gal, du Burkina Faso, du Ghana ou du Kenya. Rien ne pourra Ă©teindre cette lumière qui inspire une jeunesse qui ne demande qu’Ă  participer activement Ă  l’Ă©difice de l’Afrique.

Au cours du weekend dernier, l’Afrique a eu trois scrutins prĂ©sidentiels : le BĂ©nin, la RĂ©publique du Congo et le Niger. Les rĂ©sultats du Niger ou de la RĂ©publique du Congo oĂą les caciques ont atteint des scores sans appel ne surprendront personne. Les « hommes indispensables », piliers de la françafrique, entament leur fin de règne.

Le BĂ©nin, jeune dĂ©mocratie que beaucoup d’africains envient, dĂ©rogent Ă  cette règle oĂą les esthètes du tripatouillage modifient Ă  souhait leurs constitutions pour s’Ă©terniser au pouvoir.

Au BĂ©nin, l’heureux Patrice Talon a Ă©tĂ© brillamment Ă©lu. Dans sa dĂ©faite, son adversaire politique, Lionel Zinsou, s’est empressĂ© de le saluer et de lui souhaiter bon vent. Lionel Zinsou n’a pas dĂ©mĂ©ritĂ©. Mais il n’a pas su convaincre ses compatriotes au cours du dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ©, une première en Afrique, qui a opposĂ© les deux hommes. Il a traĂ®nĂ© avec lui le lourd hĂ©ritage de son mentor Boni Yayi.

Lionel Zinsou dispose pourtant d’un carnet d’adresses qui aurait pu l’aider Ă  transformer la moribonde Ă©conomie de son pays. Mais les bĂ©ninois ont choisi « un enfant du pays ». Ce choix n’a pas laissĂ© indiffĂ©rent tous ceux qui ont uvrĂ© Ă  imposer au BĂ©nin un candidat classĂ© d’apparatchik.

L’homme de la rupture
A peine brillamment Ă©lu, le nouveau maĂ®tre du BĂ©nin est dĂ©jĂ  la cible de la presse Ă©crite soumise aux barons de la françafrique. Le tort de Patrice Talon ? Il n’est pas l’homme coptĂ© par les nostalgiques de l’Ă©poque coloniale qui continuent Ă  man uvrer en douce pour imposer des hommes de leur cru. Le score de Patrice Talon est sans appel : 65,39% des voix. C’est pourtant cette mĂŞme presse qui, Ă  longueur de journĂ©e, reproche Ă  l’Afrique de trahir les idĂ©aux de libertĂ© et de dĂ©mocratie. On peut donc mal comprendre sa position.

Patrice Talon n’appartient pas Ă  cette clique d’intellectuels ratĂ©s qui, tout au long de leurs parcours chaotiques de trahison et de renoncement, attendent les ordres des maĂ®tres en Occident. Non, Patrice Talon n’a pas intĂ©grĂ© ces Ă©quipes pour qui l’Ă©mancipation est toujours remise Ă  demain. Il est l’homme de la rupture. Cèdera-t-il au chant des sirènes ?


Les attaques ciblĂ©es contre Patrice Talon ne doivent pas nous surprendre. Elles confirment un modèle dĂ©passĂ©, anachronique et abject des politiques qui maintiennent l’Afrique dans son sous-dĂ©veloppement. Le dĂ©chainement de la presse française est coutumier. Cette presse cherche Ă  discrĂ©diter tous les africains qui osent braver un modèle de soumission organisĂ© et gĂ©rĂ© par les piliers de la françafrique.

La françafrique a cependant quelques raisons de satisfaction. En RĂ©publique du Congo, l’Ă©ternel Denis Sassou Nguesso va conserver son pouvoir. Tout a Ă©tĂ© fait pour lui garantir une longĂ©vitĂ© inespĂ©rĂ©e. Au Niger, les Ă©lections se sont dĂ©roulĂ©es dans une atmosphère de suspicion. Le principal opposant au prĂ©sident en exercice a votĂ© en prison. L’homme fort de Niamey a Ă©tĂ© rĂ©Ă©lu par un score digne des rĂ©publiques bananières : 92,49%.

En République Démocratique du Congo, un scénario classique se prépare : la modification de la constitution. Une man uvre qui permettra à Joseph Kabila de se représenter pour la troisième fois. Il en sera de même pour Ali Bongo, successeur de son feu roi de père et de Paul Biya au Cameroun.

L’Afrique n’est donc pas sortie des tentacules de la françafrique. Il n’y a pas de quoi se rĂ©jouir mĂŞme si le BĂ©nin trahit une conspiration tissĂ©e depuis toujours pour une Afrique docile et soumise. La lutte continue.

Michel Lobé Etamé, journaliste

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