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Le bilan mi-figue mi-raisin de la santé au Cameroun en 2017

Adrienne Engono, journaliste au quotidien Mutations. ©Droits réservés

Le budget du Cameroun s’élève à 4513 milliards de francs CFA pour l’année 2018. Il connaît une hausse de 140 milliards de francs CFA. Celui du ministère de la Santé publique est de 174.239 milliards de francs CFA contre 208 milliards de francs CFA en 2017. Comme on peut le constater, l’enveloppe du ministère de la Santé publique est en baisse de 24 milliards de francs CFA et ne représente que 3,9% du montant global. Bien loin de 15% exigé à Abuja au Nigeria  en 2006. En fait, cette année-là, s’est tenue une réunion sanctionnée par une décision très importante qualifiée de « Déclaration d’Abuja ». Signée par des chefs d’Etat et de gouvernement dont le Cameroun, la Déclaration d’Abuja est un engagement à fixer à 10% du budget total du pays, l’enveloppe allouée à la santé. A ce jour, le Cameroun n’a pas franchi le cap de 5% de sa dotation totale annuelle à ce secteur. Du coup, bienvenu au saupoudrage et, par conséquent, au  coma de ce secteur très important pour le bien-être des populations auquel veut aspirer le pays en 2030 au travers des Objectifs de développement durable (Odd), votés par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2015. Il faut rappeler que les Odd ont été votés après l’échec des Objectifs du millénaire pour le développement (Omd), qui ont couvert la quinzaine 2000-2015.

Ces manquements affectent considĂ©rablement le secteur de la santĂ© qui, chaque annĂ©e, se prĂ©sente avec d’autres dĂ©fis et des frayeurs pour les citoyens. L’annĂ©e 2018  ne va pas Ă©chapper Ă  cette rĂ©alitĂ©. Point n’est besoin d’être devin pour comprendre, par exemple, que les personnes souffrant d’insuffisance rĂ©nale poursuivront leur chemin de croix entamĂ© depuis près de cinq ans. Il est mĂŞme possible qu’ils  ne reçoivent que deux, sinon une sĂ©ance d’hĂ©modialyse par semaine, au lieu des trois nĂ©cessaires pour leur prise en charge, dans les  normes. Ils ont Ă©tĂ© au-devant de la scène en 2017 ; les kits de traitement avaient disparu de la circulation dans plus de 95% de formations hospitalières offrant ce service.

Même en se déplaçant, ils n’avaient pas trouvé la solution au problème. Grâce au mouvement d’humeur, les kits ont été achetés pour permettre le rationnement. Mais à la mi-décembre, les mêmes causes ont produit les mêmes effets ; les patients du centre d’hémodialyse du Centre hospitalier universitaire (Chu) se sont fait entendre. Las de se faire priver de leur traitement, les personnes souffrant d’insuffisance rénale ont fait grève à l’entrée de cet hôpital. Une solution a été trouvée. Précaire, celle-là aussi. En une seule année, une dizaine de malades sont décédés à cause de la rupture de stocks de kits d’hémodialyse. Même le député Jean Michel Nintcheu, député du Social Democratic Front (SDF) ne s’explique pas pourquoi une telle chose peut arriver dans un pays  comme le sien. Car, « sur la base de ce qu’un kit d’hémodialyse coûte en moyenne 40.000 francs CFA, ce montant global de 3,8 milliards de francs CFA aurait pu permettre à l’État de faire l’acquisition de 95.000 kits d’hémodialyse », dénonçait l’élu du peuple dans un communiqué qu’il a signé le 19 juillet 2017, suite à un mouvement d’humeur des patients.

Dans le même sillage, il a fallu un geste de « magnanimité » du Président de la République pour sauver les tout-petits de la virulence de la tuberculose. Le Vaccin bilié de Calmette et Guérin (BCG) devant les protéger contre cette maladie comptée parmi les cinq premières causes de mortalité au Cameroun était lui aussi en rupture de stock. Le milliard de francs CFA débloqué par Paul Biya va aussi  aider à l’achat d’autres vaccins du lot de ceux entrant au Programme élargi de vaccination (Pev), chargé de l’immunisation des enfants de zéro à onze mois.

Les urgences n’auront pas entretenu le rêve pour longtemps. Les responsables et les usagers de ce service se sont très rapidement désillusionnés en comprenant que la véracité des paroles et des discours des cérémonies d’inauguration ne dure que le temps de cette activité-là. Le médecin chef du Centre des urgences de Yaoundé (CURY) relevait lors de la commémoration du premier anniversaire dudit centre que sur dix usagers, quatre ne payaient pas leur note. Situation fort peu reluisante pour l’avenir des urgences.


La mortalité maternelle estimée à 782 pour 100.000 naissances vivantes reste l’une des plus élevées dans le monde. C’est également le cas pour les hépatites virales qui affectent près de quatre millions d’individus, à en croire la Société camerounaise de lutte contre les hépatites virales. Le Vih, la tuberculose, le paludisme continuent d’être des menaces.

Malgré ces signaux, la santé dépend essentiellement des financements extérieurs ; parce que la prise en charge du Vih et du sida, de la tuberculose et du paludisme bénéficie du soutien du Fonds mondial dédié aux trois pathologies, les malades ont le privilège des traitements gratuits. Ce qui n’est pas possible avec les maladies chroniques non-transmissibles comme le diabète, l’hypertension artérielle, les hépatites virales et les cancers.

Une lueur d’espoir se dessine néanmoins avec la dernière actualité sur la mise sur pied d’un système d’assurance santé universelle, bien que le chemin reste encore long.

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