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Boko Haram: l’aide américaine est difficile à évaluer (expert camerounais)

Manassé Aboya Endong, politologue camerounais évoque ici le facteur temps et le manque d’informations précises sur l’adversaire

L’aide américaine accordée au Cameroun dans sa lutte contre Boko Haram est à la fois «nécessaire» et «précieuse» selon un politologue camerounais qui juge toutefois que l’évaluation de l’efficacité de cette aide est encore « impossible à l’heure qu’il est » étant donné le facteur temps et le manque de données concrètes sur l’adversaire.

Dans sa lutte contre Boko Haram, le Cameroun est bien appuyé par ses partenaires internationaux, il l’est, notamment, par les États-Unis qui, non seulement, offrent du matériel militaire à l’armée du pays, mais y ont également, récemment, dépêché des soldats pour participer à cette lutte.

Le gouvernement américain avait annoncé à la mi-octobre l’envoi de 300 soldats au Cameroun pour participer à la lutte contre Boko Haram précisant que ces forces se consacreront à des « opérations de renseignement, de surveillance et de reconnaissance aérienne », et qu’elles « seront armées pour assurer leur propre protection et permettre le bon déroulement de ces opérations sans être appelées à participer aux combats ».

A ce jour, un premier contingent de 90 hommes se trouve déjà en territoire camerounais, plus précisément à Garoua dans le nord du pays, région particulièrement ciblée par le groupe terroriste nigérian.

Cette aide est aussi nécessaire qu’utile mais elle ne peut, toutefois, pas encore être évaluée, estime le politologue et universitaire camerounais Manassé Aboya Endong.

« A partir des drones déployés dans les endroits stratégiques et d’autres moyens technologiques, les soldats américains sont appelés à étudier le système de mobilité des éléments de Boko Haram, à intercepter les communications afin d’articuler à moyen ou à long termes, la prévisibilité des attaques contre le Cameroun, voire l’éventualité de l’exportation des djihadistes vers le sol américain », a précisé, à ce propos, Aboya Endong.

Toutefois, toujours selon l’expert, l’évaluation de l’efficacité de cette aide est encore précoce, il juge, en effet, qu’ « il faut un peu plus de trois mois pour pouvoir juger de son efficacité ».

Selon lui, l’évaluation de l’efficacité d’une intervention militaire nécessite plus de temps et dans ce cas de figure précis « il ne s’agit pas d’une guerre conventionnelle où deux armées connues s’opposent l’une à l’autre mais d’une guerre asymétrique où une armée combat une nébuleuse: un groupe terroriste ».

« La capacité, l’équipement, les sources de financement du groupe terroriste sont inconnus, donc plus difficile à évaluer que lorsqu’il s’agit, par exemple, des armées de deux pays ».

Aboya Endong souligne en outre que les soldats américains arrivent dans la partie septentrionale du Cameroun après les militaires français qui y sont également déployés.

Cependant, l’éventualité d’une coordination militaire franco-américaine n’est nullement perceptible sur le terrain et « encore moins envisageable », selon Aboya Endong.

« Chacune de ces deux puissances joue, prioritairement, sa propre partition. Mieux, chacune d’elle ne joue sur le terrain que la carte de ses propres intérêts », ajoute l’expert.

En l’absence d’une coopération concrète entre les puissances occidentales, il pourrait sembler contreproductif d’avoir à la fois les Français et les Américains sur le même terrain.

« A priori on pourrait penser à une contre-productivité, compte-tenu de l’imprévisibilité et de la quasi-impossibilité de contrôler des acteurs par essence très complexes. Toutefois, la menace étant globale et concernant la totalité des Etats ciblés par la perspective d’instauration d’un Califat Islamique, aucun partenaire international ne saurait être de trop », a encore affirmé le politologue.

Selon lui « la guerre contre le terrorisme est une lutte lente, mais permanente, elle nécessite du courage et se gagne dans le temps, jamais dans la précipitation ».

La ville de Garoua où sont déployés les soldats américains fait partie de la troisième région militaire interarmées. Cette région militaire est placée sous le commandement du général de brigade Fréderic Ndjonkep qui a récemment affirmé à la presse qu’il dispose de « près de 1 000 hommes ».

L’armée camerounaise au front.
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