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BrĂ©sil: accusĂ© d’entrave Ă  la justice, Temer tente de sauver sa tĂŞte

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En pleine tourmente et accusĂ© d’obstruction Ă  la justice, le prĂ©sident brĂ©silien Michel Temer rĂ©sistait vendredi aux appels Ă  la dĂ©mission, manoeuvrant pour Ă©viter la dĂ©fection de ses alliĂ©s politiques.

Dans une demande d’ouverture d’enquĂŞte contre le prĂ©sident auprès de la Cour suprĂŞme, le procureur gĂ©nĂ©ral Rodrigo Janot affirme que le chef de l’État, en collaboration avec plusieurs hommes politiques influents, a essayĂ© d' »empĂŞcher l’avancĂ©e » de l’opĂ©ration « Lavage express », l’enquĂŞte tentaculaire ayant rĂ©vĂ©lĂ© le mĂ©ga-scandale de corruption Petrobras.

Cette demande d’enquĂŞte, rendue publique vendredi, s’appuie sur un accord nouĂ© avec la justice par le magnat de l’agroalimentaire , dont les rĂ©vĂ©lations explosives ont dĂ©clenchĂ© un vĂ©ritable sĂ©isme.

Le prĂ©sident a Ă©tĂ© enregistrĂ© Ă  son insu par cet homme d’affaires, propriĂ©taire du gĂ©ant de la viande JBS et de la cĂ©lèbre marque de tongs Havaianas, qui l’aurait piĂ©gĂ© en train de donner son accord pour le versement de pots-de-vin.

Ces dessous-de-table, rĂ©vĂ©lĂ©s mercredi soir par le journal O Globo, viseraient Ă  acheter le silence d’Eduardo Cunha, ancien patron de la chambre des dĂ©putĂ©s, aujourd’hui en prison pour son implication dans le scandale Petrobras.

La Cour suprĂŞme a rendu l’enregistrement public jeudi soir, peu après avoir donnĂ© son feu vert Ă  l’ouverture d’une enquĂŞte contre le prĂ©sident.

Après avoir eu accès Ă  son contenu, M. Temer s’est confiĂ© au site G1, affichant une confiance inĂ©branlable: « La montagne a accouchĂ© d’une souris, je vais sortir de cette crise plus vite qu’on ne le croit ».

– Onde de choc –

Pourtant, l’Ă©tau se resserre de plus en plus, avec la divulgation vendredi par cette mĂŞme Cour suprĂŞme de l’ensemble du contenu des confessions de M. Batista et d’autres cadres de JBS.

L’une d’elles Ă©voque le versement de 15 millions de rĂ©ais (4,6 millions de dollars au taux actuel) en 2014, « en Ă©change de faveurs » pour l’entreprise.

Au-delĂ  de M. Temer, ces dĂ©nonciations mettent en cause un grand nombre d’hommes politiques de premier plan, dont l’ancien prĂ©sident de gauche Luis Inacio Lula da Silva (2003-2010) et sa dauphine Dilma Rousseff (2010-2016).

Ils auraient reçu au total 150 millions de dollars sur neuf ans, sur des comptes Ă  l’Ă©tranger, pour financer leurs campagnes Ă©lectorales respectives. Lula est dĂ©jĂ  visĂ© par cinq procĂ©dures judiciaires dans le cadre de l’opĂ©ration « Lavage express ».


L’onde de choc pourrait ĂŞtre au moins aussi dĂ©vastatrice que celle occasionnĂ©e par les confessions d’anciens cadres du gĂ©ant du bâtiment Odebrecht, qui ont motivĂ© des enquĂŞtes contre de nombreux parlementaires et plusieurs ministres du gouvernement Temer.

Même si le président se refuse catégoriquement à démissionner, certains ont déjà abandonné le navire, comme le ministre de la Culture Roberto Freire, qui a quitté son poste jeudi.

Vendredi, l’heure Ă©tait aux grandes manĹ“uvres et le prĂ©sident a rĂ©uni plusieurs ministres. « Le prĂ©sident lui-mĂŞme participe aux nĂ©gociations avec ses alliĂ©s » politiques, ont rĂ©vĂ©lĂ©s des sources prĂ©sidentielles.

– Éditorial au vitriol –

Mais la tache s’annonce particulièrement ardue. Signe que le vent commence vraiment Ă  tourner en sa dĂ©faveur, le journal O Globo, qui auparavant soutenait les mesures d’austĂ©ritĂ© du gouvernement pour tenter de sortir le pays de la crise Ă©conomique, a publiĂ© vendredi après-midi un Ă©ditorial au vitriol demandant la dĂ©mission du prĂ©sident.

« Tout citoyen conscient de ses obligations se doit de reconnaître que le président a perdu toute condition morale, éthique, politique et administrative de gouverner », dénonce le texte.

La pression populaire peut aussi constituer un facteur dĂ©terminant. Jeudi soir, les cris de « Temer Dehors » de milliers de BrĂ©siliens retentissaient dans les rues de plusieurs grandes villes. D’autres grandes manifestations sont prĂ©vues dimanche.

Ce mouvement a reçu le soutien de poids de Joaquim Barbosa, premier noir Ă  avoir Ă©tĂ© prĂ©sident de la Cour suprĂŞme. « Il n’y a pas d’autre issue: les BrĂ©siliens doivent se mobiliser, descendre dans les rues et revendiquer avec force la dĂ©mission immĂ©diate de Michel Temer », a-t-il affirmĂ© sur Twitter.

Plusieurs motions de destitution ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©es par des parlementaires d’opposition, mais la procĂ©dure est longue et nĂ©cessite la majoritĂ© des deux tiers Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s puis au SĂ©nat.

C’est par le biais de cette procĂ©dure que M. Temer est arrivĂ© au pouvoir, il y a un an, après la destitution de Dilma Rousseff, dont il Ă©tait le vice-prĂ©sident.

Il pourrait par ailleurs ĂŞtre forcĂ© de quitter le pouvoir s’il est condamnĂ© par le Tribunal supĂ©rieur Ă©lectoral (TSE), qui juge Ă  partir du 6 juin des irrĂ©gularitĂ©s dans le financement de sa campagne aux cĂ´tĂ©s de Mme Rousseff en 2014.

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