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Cacao camerounais: L’incontournable défi de la qualité

Le gouvernement tente d’étouffer le problème et de minimiser les conséquences, mais cela risque de ne pas marcher longtemps

Prenant la parole à la suite du refoulement sur certains ports européens de près de 2000 tonnes de cacao en provenance du Cameroun, des responsables de l’administration ont minimisé le problème parlant d’un incident isolé. « soyons clair sur le sujet. Il y a eu un incident entre un vendeur de cacao camerounais et un acheteur étranger, c’est ce qu’on appelle la réfraction ( quand un produit ne correspond pas à la qualité requise ou exigée ) mais ceci n’est pas généralisé, c’est un cas isolé. Parler de l’ensemble de la filière n’est que mauvaise foi, certes si nous faisons davantage d’efforts nous vendrons en prime », a expliqué Michel Ndoping, le Directeur Général de l’Office Nationale du Cacao et du Café (ONCC), l’organisation intermédiaire en charge du domaine. Le ministre du commerce intervenant sur le sujet, est allé dans la même lancée, parlant de « beaucoup de bruit pour rien » et d’un incident lié à un choc thermique ayant été subie par une cargaison précise. « Comme vous le savez, il a fait très chaud et humide au Cameroun ces derniers temps, alors que dans le même temps, en Europe c’est le grand froid qui règne. Il se trouve qu’une cargaison de cacao transportée dans des conteneurs mal isolés et donc humides a subi ce choc thermique entre la grande chaleur et le grand froid. Ce cacao-là ne répondait pas tout à fait aux normes du marché et cela ne devrait en aucun cas s’appliquer à tout le cacao camerounais très recherché pour sa couleur et sa richesses en beurre » a indiqué Luc Magloire Mbarga Atangana. 24 heures après, il était sur les routes de la filière pour distribuer des bâches aux planteurs et les sensibiliser contre la pratique du séchage sur les routes, peu propice au maintien de la qualité. Publiquement, les autorités minimisent le problème. Mais loin des assurances médiatiques, la situation préoccupe les responsables de la filière. Le ministre du commerce l’a d’ailleurs reconnu, le séchage est l’un des défis du cacao camerounais. « Cela laisse une odeur de fumée mais lorsqu’on broie les fèves, cette odeur disparaît », a t-il expliqué.

Un problème de séchage négligé depuis longtemps
Sur le marché européen, cela risque de faire tâche d’huile. Deux tonnes de cacao rejetés, c’est un mauvais précédent pour la production camerounaise, quoi qu’en dise le ministre. Au Cameroun, le problème du séchage du cacao n’est pas nouveau. Les planteurs, notamment depuis 2011, tirent la sonnette d’alarme sur les difficultés qu’ils rencontrent. Des observateurs estiment une fois encore que le gouvernement a pêché par négligence. «A l’époque de l’office de commercialisation des produits de base, c’était déjà cela le problème. On avait atteint un niveau où on refusait d’encadrer les producteurs et on exigeait plus d’eux, le système n’as pas survécu» affirme Essima S, un producteur. Il y a quelque temps, un projet soutenu par l’Union Européenne avait permis d’acquérir des machines de séchage. Mais les acteurs camerounais de la filière n’ont pas pérennisé le projet. Au sein du gouvernement, on accuse les planteurs qui sont animés par l’appât du gain facile. Chez les planteurs on accuse l’administration de ne pas respecter ses engagements. Mi 2012, des experts de Barry Callebaut, un des plus gros acheteurs de cacao au Cameroun, ont rencontré les autorités et discuté de la possibilité d’un investissement en vue de l’amélioration de la qualité. Le projet semble avancer lentement malgré sa pertinence. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que de prendre les choses en main.

Sur un tout autre plan, le cacao camerounais souffre de beaucoup d’autres problèmes en dehors de celui du séchage. Un d’eux est celui des surfaces cultivées. Au contraire des pays comme le Ghana et la Côte d’Ivoire, qui possèdent des larges étendues de terres cultivées, la production au Cameroun est le fait de petits producteurs et de petites surfaces (2 hectares maximum). Cette configuration ne permet pas des investissements massifs dans le domaine et contraint donc les paysans sans ressources à être attirés par l’appât du gain. Pour une raison qu’on ne peut expliquer, le gouvernement n’a pas pensé à forcer les regroupements de producteurs, en accordant des incitations pour de telles initiatives. Ceux-ci mal formés et sous informés ont conservé les pratiques qui datent d’une époque dépassée. D’un autre côté, le gouvernement ne se montre pas suffisamment fort à l’égard des intermédiaires. Peu de règle encadre l’exercice de cette activité et ils sont ceux qui se font le plus d’argent sur le dos des producteurs, qui au final n’ont pas de ressources pour investir dans leurs productions. Des experts recommandent que soit établie une véritable stratégie du Cacao. Celle-ci devrait intégrer la traçabilité des lots, l’incitation au regroupement pour les planteurs et soit l’octroi de facilités aux multinationales pour s’installer dans le pays, ou alors un encadrement plus pertinent des producteurs qui acceptent de se regrouper.

Le cacao camerounais connaît des problèmes de séchage
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