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Café camerounais: Défis et perspectives

Tombée au plus bas à quelque 18.000 tonnes de commercialisation en 2013, 8ème rang mondial, la caféiculture camerounaise tente d’opérer une relance

Tombée au plus bas à quelque 18.000 tonnes de commercialisation en 2013 contre 156.000 tonnes en 1986 la plaçant au 8e rang mondial, la caféiculture camerounaise tente d’opérer une relance faite d’amélioration de la production et de la productivité qui pour l’heure enthousiasme peu les producteurs à cause d’un marché miné par des acheteurs sans scrupules. « Nous sommes aujourd’hui 8e africain et 30e mondial. Au moment où on libéralisait (dans les années 1990), nous étions 12e mondial. Quatre années avant, nous étions 8e mondial. Donc, on a perdu beaucoup de terrain », a déploré récemment dans un entretien à Xinhua Omer Gatien Maledy, secrétaire exécutif du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC).

Poussé par un déficit de 22 millions de sacs (de 60 kilos) en plus de 45 millions utilisés dans la consommation mondiale et une croissance moyenne annuelle de 2,5%, le marché du café vit pourtant une période faste de cours incitatifs, selon les tendances publiées quotidiennement par un système d’information mis en place par le CICC. Entre mercredi et vendredi, ils ont varié successivement entre 1804, 1758 et 1797 FCFA le prix CAF du kilo du café arabica. Et de 1702 à 1658 puis 1696 FCFA pour le prix FOB. Au même moment, les cafés robustas enregistraient une légère hausse constante de 945 à 954 puis 958 FCFA le prix CAF, contre 863, 869 et 876 francs le prix FOB.

Pour autant, les planteurs ne sont pas à la fête. Peu portés à créer une cohésion au sein de leur secteur d’activité, notamment par la mise en place d’organisations efficaces de défense des intérêts communs, ils sont à la merci d’acheteurs véreux les soumettant à des prix inférieurs au barème d’homologation établi par le CICC avec l’aval du ministère du Commerce. « Cette année, j’ai au une production d’environ trois tonnes et demie de café déposée dans une usine de la place. Malheureusement depuis un certain temps, nous ne parvenons plus à vendre, faute d’acheteurs. Ceux qui se présentent même, ils proposent des prix presque divisés en deux par rapport aux prix d’il y a un mois et demi », a témoigné à Xinhua Jean Noël Mbialeu, un planteur de l’Ouest.

Avec le Littoral, le Nord-Ouest, l’Est, le Sud-Ouest et le Centre, cette région représente l’un des principaux bassins de production du café au Cameroun. La filière attire environ 400.000 producteurs et intègre les deux variétés de caféier répandues dans le monde : l’arabica et le robusta. Avec ses arômes relevés et une faible teneur en caféine, l’arabica est surtout cultivé dans l’Ouest et dans le Nord-Ouest.

Pour Mbialeu, « chaque acheteur a son prix, de 550 à 635 francs. Finalement, on n’arrive plus à maîtriser le cours du marché. Quand on leur présente le cours de la bourse, ils demandent d’aller vendre à la bourse. Finalement, on ne sait plus sur quel pied danser. Nous plaidons pour que l’Etat puisse reprendre les choses en main, parce qu’il y a l’anarchie totale dans la filière. Chacun vient faire ce qu’il veut ».

Diversification des cultures
Propriétaire d’une plantation de 7 hectares depuis une quinzaine d’années qui s’agrandit au fil du temps, le pauvre paysan déclare pratiquer une diversification des cultures pour maximiser ses revenus. « Je suis obligé de faire aussi les cultures vivrières pour survivre : maïs, piment, tomate, banane-plantain, etc. ». C’est loin d’être un cas isolé et cette option est encouragée par le CICC, avec l’Organisation inter-africaine du café (OIAC), l’Agence des cafés robustas d’Afrique et de Madagascar (ACRAM) et l’Organisation internationale du café (OIC).

« Le planteur doit chercher à maîtriser sa production et améliorer sa productivité pour toujours être compétitif. Dans tous les cas, les prix des produits de base, c’est des prix qui fluctuent. Le café n’est pas l’exception. Si on veut faire le café, effectivement il faut avoir aussi d’autres activités comme source de revenus. On ne peut pas vivre uniquement de café avec un hectare, deux hectares. Ce sera difficile », a recommandé à Xinhua Denis Seudieu, économiste en chef de l’OIC.

Selon l’expert présent fin mai à Yaoundé à l’occasion de la deuxième édition de Festicoffee, une manifestation destinée à la promotion du café camerounais et ponctuée cette année d’une journée baptisée « consommons notre bon café » tenue dans 21 villes camerounaises dont Yaoundé et 8 autres capitales africaines, « le marché mondial manque du café camerounais, un café qui a toujours été apprécié en volumes et en qualité ». Un autre écueil important lié à la difficulté d’approvisionnement en intrants par les producteurs empêche la filière de rebondir. Or, les plantations sont exposées aux maladies parmi lesquelles le swollen shoot ou la maladie de la pourriture brune.

« Les plants sont vieillissants, il n’y a pas moyen de les engraisser. Les intrants coûtent cher. On ne respecte pas idéalement les normes, parce qu’on n’a pas les moyens pour le faire. Un sachet de Ridomil (nom d’un fongicide, NDLR) par exemple coûte 650, 700 francs. Pour un hectare, il faut pratiquement 24 sachets. Il faut au moins deux ou trois traitements par an. Ce n’est pas évident », note Jean Noël Mbialeu. « C’est le MINADER (ministère de l’Agriculture et du Développement rural) qui est le pourvoyeur du matériel végétal, des plants. Et là on a un gros problème quand même : on n’a pas suffisamment de boutures de caféier pour faire les pépinières. Ça manque et les producteurs n’ont pas été formés pour produire les boutures eux-mêmes. Les structures spécialisées ne nous en fournissent pas suffisamment », révèle en outre Omer Maledy.

Relance ciblée de la caféiculture
Comme solution à ce problème, le CICC a initié un Programme d’urgence de relance ciblée de la caféiculture (Purc-café) axé sur les jeunes, qui vise à aménager dans trois bassins de production pilotes dans l’Ouest, dans le Littoral et dans l’Est 3.600 hectares de nouvelles plantations de caféier censés offrir à la production nationale 3.600 tonnes supplémentaires de café vert, à raison d’une tonne à l’hectare.

« Nous pensons qu’à l’issue de cette première période de trois ans nous devrions passer de 200 hectares par bassin à 500 hectares par bassin. Nous sommes en train de prendre les dispositions dans ce sens avec des partenaires au développement », annonce Omer Maledy pour qui le pays possède un potentiel de production pour le robusta pouvant atteindre un million de tonnes. « Il nous faut, assure-t-il, des variétés à haut rendement, qui soient résistantes à la chaleur, parce que ça aussi c’est un autre défi et en même temps appliquer les bonnes pratiques culturales. Aujourd’hui au Cameroun, quand un producteur vous parle d’un hectare de caféier, demandez combien de pieds il a. Certains vous diront : j’ai 100 pieds, 200 pieds. Mais en fait un hectare doit avoir 1.200 pieds ».

Parmi ses partenaires, le Purc-café s’est associé les compétences de l’Institut national de recherche agronomique pour le développement (IRAD) dont, à l’instar de certains des 25 pays producteurs de café africains, les travaux sont jugés encourageants mais souffrent d’un faible niveau de vulgarisation. Le constat est confirmé par Denis Seudieu : « La recherche est vraiment très poussée en Afrique. Mais seulement il y a un décalage entre ce que la recherche a trouvé et ce que le paysans reçoit, parce qu’il y a une forte présence d’intermédiaires, surtout après la libéralisation. Au Cameroun, il y a beaucoup de programmes, beaucoup d’acteurs, mais très peu au niveau des champs ».

la caféiculture camerounaise tente d’opérer une relance faite d’amélioration de la production et de la productivité
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