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Café camerounais: Un festival pour relancer une filière en crise

Après 2013, le pays organise la deuxième édition du « festicofee » fin mai dans un contexte marqué par une chute drastique des exportations

Une tradition commence à être instaurée par le Cameroun qui, après le succès du coup d’essai de 2013, tient une nouvelle édition du festival promotionnel de café sous le nom de « Festicoffee » fin mai dans 21 villes du pays et 8 autres capitales africaines à l’effet de matérialiser l’ambition de relancer une filière en crise qui se classait auparavant parmi les plus en vue en Afrique. Troisième producteur africain et huitième mondial en 1990 avec une production annuelle plus jamais atteinte de 156.000 tonnes, le Cameroun stagne aujourd’hui entre 23 et 25.000 tonnes dont 17.000 tonnes commercialisées sur le marché d’exportation, selon les statistiques du Conseil interprofessionnel du cacao et du café (Cicc), l’interprofession, pour le compte de la saison 2012-2013.

« La campagne 2012-2013 a baissé, puisqu’on n’a pas de stock énorme sur les 17.000 tonnes (d’exportation). On n’a pas les chiffres exacts de la production locale, mais on estime que la production devrait être autour de 23-25.000 tonnes », a renseigné à Xinhua Gatien Maledy, le secrétaire exécutif du CICC lors de la conférence de presse de présentation du Festicoffee 2014 mardi à Yaoundé. C’est une baisse continue puisque quatre saisons plus tôt les estimations s’établissaient à 45.000 tonnes, pour un taux de transformation locale d’environ 5% du volume total de fèves produites. A l’interprofession dont les dirigeants, le secrétaire exécutif et le président du Conseil d’administration sont nommés par les pouvoirs publics, les projections pour la saison 2013- 21014 font état d’un rebond.

« C’est une baisse temporaire qui, à mon avis, va durer seulement cette campagne, parce que lorsqu’on on a fait le tour des plantations,l’on a constaté que les cafiers portaient de belles cerises. Donc,nous attendons une bien meilleure production cette année », avance M.Maledy qui, après un festival similaire pour le cacao depuis 2012,mise sur le Festicoffee pour susciter un regain d’intérêt pour la filière. Tutelle du Cicc, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, partage cette préoccupation en soutenant que « cette manifestation intervient dans un contexte marqué par une chute drastique de la production et des exportations, qui peut laisser penser que la filière broie du noir. Mais, quoi de tel qu’un événement promotionnel de cette envergure pour galvaniser les opérateurs et relancer une filière dont l’importance pour l’économie nationale n’est plus à démontrer ».

Dans son plan de relance de la production, l’interprofession, a précisé le ministre, s’est accordée à consacrer 10% de son budget annuel (soit 150 millions de francs CFA) à un programme d’urgence portant sur les six prochaines années, « autour des bassins du Moungo(région du Littoral), du Noun (région de l’Ouest) et du Haut- Nyong(région de l’Est) ». Ce programme, indique en outre M. Mbarga Atangana, couvre une superficie de « 3.600 hectares de caféiers à créer ou à réhabiliter, pour un café marchand, qui viendront s’ajouter, chaque année, à la production traditionnelle ». De l’avis des acteurs institutionnels, les mauvaises performances actuelles du café camerounais contrastent avec son attrait commercial dû à ses caractéristiques organoleptiques qui en font, selon eux, un produit du terroir très prisé, générateur d’une plus-value au plan commercial.

Pour expliquer les mauvais rendements, deux facteurs sont exposés :d’une part, un repos végétatif du verger tenant au fait que les arbres ne produisent pas de la même manière tous les ans et, d’autre part,l’insuffisance des intrants, notamment les engrais mis à la disposition des producteurs, lesquels se regroupent dans plus de 150 organisations paysannes autour des programmes du Cicc. Concernant la disponibilité des engrais, le CICC ayant satisfait les attentes cette année, l’élan de motivation des producteurs se trouve accru.

« Beaucoup de personnes s’investissent. Déjà les anciens bassins où il y avait une sorte de désaffection se remettent dans la production. De deux, on a constaté un phénomène qui est vraiment marquant et réjouissant pour nous : beaucoup de producteurs qui avaient coupé leurs caféiers sont en train de replanter », se réjouit Gatien Maledy. « Troisièmement, beaucoup d’acheteurs de café encadrent les producteurs, c’est-à-dire ils s’impliquent dans la production, ce qu’on ne voyait pas auparavant », poursuit le secrétaire exécutif du CICC qui mentionne les prix attractifs (1. 100 francs CFA en moyenne le kilo de l’arabica et 2.000 francs pour le robusta) dus à la croissance de la consommation mondiale du café (2,2% chaque année, selon les estimations) comme un motif d’encouragement fondamental des producteurs.

Résultat: l’on assiste à une extension des exploitations, dont en particulier dans le bassin du Haut-Nyong où, rapporte Gatien Maledy, « des producteurs qui, n’ayant pas des pépinières, vont sous les pieds des cafiers piquer les jeunes pousses pour aller planter. Ils étendent leurs exploitations, bien que ce soit la mauvaise manière, puisque ce n’est pas comme ça qu’il faut faire ».Depuis quatre ans, le Cameroun s’est lancé dans l’expérience des cafés spéciaux dits « fully wash » ou cafés lavés pour lesquels les résultats à l’exportation en 2012-2013 s’établissaient à 11 containers de 17 EVP (équivalent pieds) de 4 tonnes chacun, soit un total de 187 tonnes fournies principalement par quatre opérateurs implantés dans l’Ouest et le Nord-Nord.

Pour le Cicc, c’est un marché de niches qui mérite d’être capitalisé. »Nos objectifs étaient d’arriver à 100 tonnes dans le cadre du projet pilote, on les a dépassés. Il s’agit maintenant de consolider ce projet, de l’étendre parce que le « fully wash » est un café d’excellente qualité, un café recherché. Quand un exportateur se réjouit de l’avoir vendu avec une prime de 400 dollars la tonne, vous comprenez qu’il y a lieu de se mettre dans cette voie », assure Gatien Maledy.

Programmé du 29 au 31 mai dans 21 villes du pays dont Yaoundé, le Festicoffee 2014 se transportera aussi dans 8 autres capitales africaines (Abidjan en Côte d’Ivoire, Antananarivo à Madagascar, Bangui en Centrafrique, Freetown en Sierra-Leone, Lagos au Nigeria, Libreville au Gabon, Lomé au Togo et Monrovia au Liberia) à l’occasion d’une journée internationale de dégustation. Parmi ses autres articulations, cette manifestation réunira 40 éminents chercheurs mondiaux dont 30 africains lors d’un colloque à Yaoundé, une soixantaine d’exposants nationaux et étrangers parmi lesquels des Brésiliens pour une foire-exposition puis une cinquantaine de délégués issus de neuf pays membres de l’Agence des cafés robustas d’Afrique et de Madagascar (Acram), selon le ministre du Commerce.

Le Cameroun stagne aujourd’hui entre 23 et 25.000 tonnes dont 17.000 tonnes commercialisées sur le marché d’exportation
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