Société › Société

Cameroun: A la découverte historique des quartiers Américains et Malgaches de Ngaoundéré!

Histoire des baptêmes insolites

Sabongari, un quartier pas très américain

Les populations ont donné à cet autre quartier de la ville de Ngaoundéré, le nom de Sabongari America, au détriment de l’appellation Ndelbé II attribuée par la mairie.

Sabongari America, ce 31 décembre 2008. Le quartier est calme, tout baigne. Dans les rues, les hommes, les femmes et les enfants vont et viennent. L’air épais, est chargé de poussière. Ici, aussi, comme partout dans le reste du chef lieu du département de la Vina, l’on vit, très excité, les dernières heures qui vont mener à la nouvelle année 2009. Pour quelques passants rencontrés ça et là, s’attarder sur l’histoire du peuplement des lieux et surtout s’interroger sur l’origine du nom Sabongari America ne semble pas être un sujet passionnant. L’intérêt est tout ailleurs.

Dépossession.
Encore appelé Ndelbé II, ce quartier s’ouvre au visiteur par un petit pont, juste à l’endroit dit carrefour Bamtail, lequel permet de traverser un grand ruisseau. La voie est construite au départ pour rallier le reste de la ville de Ngaoundéré au quartier Norvégien. Selon Jean Claude Napani, journaliste, Sabongari qui est un nom d’origine haoussa, signifie dans cette langue « nouveau quartier ». Et comment en arrive t- on à lui ajouter la particule America ? « Ce quartier jouxte le camp norvégien et parmi ses premiers occupants, il y avait les Norvégiens et les Américains aussi» explique le journaliste. C’est donc en souvenir de cette présence américaine, laquelle remonte autour des années 1925, que la particule América est associée à Sabongari. Selon des sources concordantes, cette partie de la ville devenue Sabongari America, devrait en réalité faire partie intégrante du quartier norvégien. « A l’époque, les autorités traditionnelles ont cédé aux blancs toute la bande de terre qui s’étalait après le ruisseau, jusqu’aux pieds des montagnes » raconte Laurent Aboubakar, chargé des relations publiques à la Rsl et habitant du quartier depuis dix ans. « Lorsque la mairie a voulu la viabiliser quelques années plus tard, l’Eglise (la mission protestante norvégienne, devenue Eglise évangélique luthérienne au Cameroun) s’est opposée à ce projet» poursuit-il. Dans cette bataille entre la municipalité de Ngaoundéré et les religieux, les premiers sortent vainqueurs. Finalement, le quartier est loti et les espaces mis à la disposition des candidats à la propriété foncière. Aujourd’hui, le quartier reste l’un des rares de la ville à disposer d’une structure en damier. Les témoignages matériels de la présence américaine sont quant à eux introuvables, sauf à regarder tout à côté, dans le quartier voisin. Et dans l’esprit des populations Ndelbé II ou Sabongari America, c’est un peu comme blanc bonnet ou bonnet blanc.


afrikblog.com)/n

Quartier Madagascar, histoire d’un baptême insolite
Quelques artères de la ville de Ngaoundéré sont depuis des mois en plein chantier. La chaussée compactée est revêtue de couche de bitume. Les abords de celle-ci sont également aménagés, afin de faciliter la circulation des eaux diluviennes en saison de pluie. Le quartier Madagascar compte parmi les heureux élus. Et bientôt, pour les riverains de la principale artère du quartier, la poussière sera un lointain souvenir. Mais, pour ce quartier de Ngaoundéré, cette action a tout d’une goutte d’eau à la mer, tant les rues ici sont d’un difficile d’accès. D’où le nom de Madagascar. Selon Moussa Aboubakar, habitant le quartier depuis plus de trente ans aujourd’hui, tout est parti de « ngaska » (ngasdé au pluriel) qui en langue foulbé signifie trous, crevasses. « Auparavant, quand le quartier venait d’être créé, il y avait beaucoup de trous sur la route ; il y avait aussi assez de montées et descentes. Pour cela, les taximen n’acceptaient pas entrer dans les recoins du quartier, de peur d’abimer leur engin. On disait alors quartier de trous ». Pour les anciens habitants, on nommait le quartier en langue foulfouldé « Madagasdé ». Entre Madagasdé et Madagascar, il n’y avait qu’un seul pas à franchir ; et les populations l’on fait. Dans les archives de la mairie, seul le nom Baladji a droit de cité.

Le quartier, quant à lui, a la réputation d’être le plus calme de la ville ; ses habitants sont tous quasiment de la religion musulmane. « Les nouveaux affectés à Ngaoundéré ont toujours voulu résider dans notre quartier ; ils ont entendu dire qu’ici, il n’y pas de bruits comme à Joli Soir, Baladji I ou à Onaref » se vante Moussa Aboubakar. De fait, au quartier Madagascar, point de traces de gargotes, de salles de jeux et autres lieux de loisirs mondains. Ce qui frappe, c’est l’agencement des concessions, découpées en petits blocs. Seuls ombres à ce tableau, la vieillesse des constructions qui témoigne de l’ancienneté du peuplement et surtout le manque de terrassement des voies d’accès.
Selon les dires d’un vieillard rencontré sur les lieux, le quartier aurait été créé en 1969 par Moussa Bobbo, alors deuxième maire de la ville après Ndoumbé Oumar. Il se raconte que ce dernier n’attribuait les lopins de terre dans ce secteur qu’aux fils du terroir « il était très rigoureux, on ne pouvait avoir une très vaste parcelle, et jamais il ne la donnait aux étrangers » se souvient le vieil homme. Haman Saïd, prefet de l’Adamaoua et originaire de Maroua a dû solliciter le concours du feu président Ahidjo pour obtenir un lopin de terre dans ce quartier.


Journalducameroun.com)/n

article préparé par Integration/www.integration-centralafrica.info

À LA UNE
Retour en haut