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Le Cameroun Ă  l’Ă©preuve du bilinguisme

Par Jean-Jules Lema Landu, journaliste

Depuis octobre 2016, les Camerounais anglophones donnent de la voix. Estimant avoir Ă©tĂ© longtemps lĂ©sĂ©s par les francophones, ils protestent contre les autoritĂ©s de YaoundĂ©, la capitale. Pour la première fois, ils ont dĂ©passĂ© le stade de simples contestations citoyennes en dĂ©clenchant, dans la partie anglophone, plusieurs actions aux relents insurrectionnels. Parmi celles-ci, l’organisation de «journĂ©es villes mortes», tous les lundis.

L’origine de ce conflit remonte Ă  la Première Guerre mondiale quand l’Allemagne, qui administrait ce territoire, presque Ă©gal Ă  la superficie de la France, capitule. PlacĂ© sous mandat de la SociĂ©tĂ© des nations (SDN) – ancĂŞtre de l’actuelle Onu -, le pays est confiĂ© Ă  la France et Ă  l’Angleterre. Partage entĂ©rinĂ© par le TraitĂ© de Versailles, en 1919. SituĂ©e au sud-ouest, la partie anglophone n’occupe que le dixième du territoire, mais comprend un quart de la population totale qui s’Ă©lève aujourd’hui Ă  près de vingt et un millions d’habitants.

Ainsi sont nĂ©s les deux Cameroun. L’un francophone, l’autre anglophone. Jusqu’aux annĂ©es soixante, quand souffla le vent des indĂ©pendances africaines, les Camerounais avaient acquis deux identitĂ©s diffĂ©rentes. Deux manières distinctes de vivre. Et, plus que tout autre facteur, la langue eut pour immense effet de sĂ©parer les mĂŞmes ethnies, de part et d’autre d’une frontière artificielle.

En dĂ©pit de ce handicap, les Camerounais choisirent l’unitĂ© que consacrera la Constitution, d’octobre 1961. Le bilinguisme y est reconnu, sans ambiguĂŻtĂ©s : «La RĂ©publique du Cameroun adopte l’anglais et le français comme langues officielles d’Ă©gale valeur.»

Les anglophones mal traités ?

Or, il y a loin de la coupe aux lèvres. Qu’est-ce qui a fait que celle-ci se renverse Ă  mi-chemin ? Les anglophones enragent. De l’Ă©galitĂ© des deux langues prescrites par la Constitution, ils n’y voient que la «francisation s’installer en tous lieux et dans tous les domaines», s’est insurgĂ©, rĂ©cemment, sur les antennes de RFI, l’avocat et homme politique Bernard Muna. Dans un long reportage publiĂ© par Le Monde (16 juin), Vivian, une anglophone, enfonçait le clou : «Les anglophones sont traitĂ©s comme des citoyens de seconde classe.» Ces deux arguments dominent la perception de presque toute la communautĂ©.


Pourtant, Ă  en juger par l’attitude du gouvernement, au travers d’arrĂŞtĂ©s et autres dĂ©cisions administratives visant Ă  renforcer la notion de bilinguisme, on ne peut mettre en cause la bonne foi des autoritĂ©s de YaoundĂ©, tant le catalogue de ces mesures est Ă©pais. On y lit, par exemple :«Tout Camerounais a le droit de parler français ou anglais Ă  tout service public ou parapublic, sans se gĂŞner.»

Mais, rien n’y fait. Le problème persiste. Jusqu’Ă  nourrir, aujourd’hui, l’idĂ©e de sĂ©paration et de crĂ©ation d’une rĂ©publique Ă  part. Pour venir Ă  bout de ce mouvement, YaoundĂ© recourt Ă  l’usage de la force. Ce qui a don d’aggraver la situation au lieu de l’apaiser. RĂ©pression rime, souvent, avec radicalisation.

Jusqu’oĂą irait ce bras de fer ? Comme on sait, la langue et la religion peuvent diviser. Parfois, jusqu’au tragique comme ce fut le cas au Liban entre chrĂ©tiens et musulmans. Depuis des dĂ©cennies, la langue divise les Belges. Entre Flamands et Wallons, le sourire est souvent affectĂ©…

Aux Camerounais de choisir entre l’unitĂ© et le sĂ©paratisme.

 

 

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