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Cameroun : à Mvomeka’a, un projet de culture du cannabis part en fumée

La culture du cannabis reste interdite au Cameroun.

A près de 10 km des plantations du président Paul Biya, des hectares de terre devaient servir à la culture du chanvre par une entreprise Hongkongaise. Le maire de Meyomessala accusé d’avoir reçu des centaines de millions Fcfa de dessous de table.

C’est une enquête conjointe de la South China Morning Post, de la NBC News et de la Organized Crime and Corruption Reporting Project qui révèle comment la Meyo AgriPark, un projet de culture de cannabis à Meyomessala, est parti en fumée.

Après des centaines de millions de bakchich dépensés pour faire avancer ce projet de culture de cannabis à Meyomessala (région du Sud), à 10 km de la résidence de campagne du président Paul Biya, celui-ci est désormais au point mort.

Le projet, porté par la Trade Park Corporation– une holding de Hong-Kong à travers sa filiale camerounaise Meyo AgriPark – visait la culture du cannabis sur des hectares de terre dans l’arrondissement de Meyomessala.

Les chiffres du projet étaient assez évocateurs : plus de 170 milliards Fcfa d’investissement, près de 15 000 emplois à créer en trois ans pour ce qui serait une « zone d’exportation de classe mondiale » de cannabis qui fournirait « l’environnement optimal » aux investisseurs étrangers désireux de capitaliser sur l’industrie « agro-pharmaceutique ».

La holding vantait ainsi avoir pu obtenir du gouvernement camerounais une autorisation spéciale grâce à une « licence exclusive et perpétuelle » pour cultiver du cannabis, du reste illégal au Cameroun.

Pour faire aboutir le projet, la Trade Park va mouiller nombre de barbes, dont celle de Christian Mebiame Mfou’ou, le maire de Meyomessala. Aux journalistes de l’enquête conjointe citée supra, le maire va affirmer que « malheureusement » sa ville n’avait reçu « rien » du projet. Chiche.

Ce que dément un investisseur venu de Guinée équatoriale. Ce dernier déclare avoir transféré 200 millions Fcfa sur le compte bancaire personnel du maire de Meyomessala, Mebiame Mfou’ou, pour acheter le terrain pour la Meyo AgriPark. L’enveloppe était destinée à arroser le conseil municipal de Meyomessala. Il affirme cependant n’avoir jamais reçu les titres de propriété.

Christian Mebiame Mfou’ou, le maire de Meyomessala.

Des documents révèlent, selon les journalistes qui ont mené l’enquête, que pour lever plus de 30 milliards Fcfa dont elle avait besoin, Charlotte Pawar (Pdg de Trade Park) a courtisé les investisseurs étrangers.

Dans un courriel aux associés en décembre 2016, elle a affirmé que le cabinet d’expertise comptable mondiale PriceWaterCorp avait « officieusement accepté » d’investir, sous réserve de ce que Park Trade Corporation pouvait lever plus de 16 milliards Fcfa tandis que la banque française Société Générale et  Ecobank avaient offert ensemble de « prolonger une ligne de crédit » de plus de 10 milliards Fcfa.

Un courriel de 2017 indique que Kaiafas a payé environ 40 millions Fcfa comme investissement initial dans le projet.

Parallèlement, les relevés bancaires de HSBC montrent qu’entre décembre 2015 et mars 2016, Trade Park a transféré un total près de 35 millions Fcfa en deux paiements distincts, à une société exploitée par Jacques Roger Dougueli, directeur général de Trade Park Cameroun.

Un mois après avoir reçu le deuxième paiement, Dougueli a expliqué dans un courriel à la dirigeante de Trade Park qu’il devait payer plus de 5 millions Fcfa à une entreprise privée pour obtenir une licence d’exploitation pour Meyo AgriPark.

Plus tard en 2016, le partenaire commercial de Charlotte Pawar, Frédéric Bard, lui a dit qu’il devait envoyer le maire et l’entreprise « 100k » pour les garder patients, ajoutant: « J’ai besoin de nourrir la bête … »

En septembre 2016, le maire de Meyomessala, Mebiame Mfou’ou, qui, selon les documents, représentait 10% des droits de licence du parc, a contacté Dougueli pour évaluer la gestion du projet par Trade Park Corporation.

« Je suis frustré de votre incapacité à honorer vos engagements », a-t-il écrit, se plaignant d’avoir dépensé du capital politique et faisant pression sur le « chef de l’État, la première dame, d’autres hauts fonctionnaires » et des membres de la communauté locale. « Je suis inquiet pour ma carrière politique et ma liberté », s’est-il plaint.

Il n’a pas répondu à la questionde savoir si lui ou le gouvernement local avait reçu de l’argent du projet. Pour autant, Adolphe Nkoumou, responsable des projets agricoles locaux, a déclaré aux journalistes qu’à sa connaissance, personne au conseil municipal n’avait rien reçu.

Et l’enquête de conclure qu’aujourd’hui, « Meyo AgriPark existe uniquement en tant que proposition farfelue dans de vieilles brochures et plans d’affaires ».


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