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Cameroun: à qui profitent les APE?

Par Martin Oyono, député à l’Assemblée nationale du Cameroun

Nous voulons nous permettre à l’entame de notre tribune qui comme les précédentes semble ne pas plaire aux journaux qualifiés à tort ou à raison de feuilles de choux, que nos analyses certainement véridiques et pertinentes commencent à inconforter tellement les notions de conformité, de justice, d’intégrité ou de patriotisme leur sont étrangères.

A cette presse habituée des anecdotes, faits divers, calomnies et qui ne doit sa survie qu’aux réseaux de corruption, des mentors auxquels elle voue sa fidélité, nous voudrons dire et redire que notre activité épistolaire est nécessaire à cause justement de son échec, car elle s’est accommodée de l’écart à la norme, au lieu justement de promouvoir cette norme que définit le Président de la République qui nomme ces hauts responsables qui ternissent l’image des titres qu’ils portent ou des institutions qu’ils incarnent.

Revenant à notre sujet de préoccupation, il serait utile de rappeler pour ceux qui ont l’avantage de la mémoire de l’histoire que parler des accords de partenariat économiques entre le Cameroun et l’Union Européenne ne peut pas effacer de notre esprit les grandes préoccupations exprimées par le Chef de l’Etat à l’occasion du comice agro pastoral tenu à Ebolowa en 2011, il y a cinq ans.

D’après nos souvenirs de cet important discours tenu par S.E.M Paul BIYA, il était fait exhortation au gouvernement de prendre acte de l’anormalité de l’importance des importations des produits de première nécessité comme, la farine, le riz, le poulet ou le poisson et j’en passe. A l’époque, l’évaluation du coût des importations de ces produits se chiffrait pratiquement à plus de (500) cinq cent milliards de FCFA, d’où notre étonnement de ce que pendant que nous attendons encore l’évaluation du niveau d’atteinte des objectifs fixés par le chef de l’Etat à propos de la réduction des importations des denrées de première nécessité, le gouvernement lui préfère conseiller la signature des accords entre les marchés camerounais et Européens.

Sur les objectifs de remise à niveau de nos filières et structures de production capables d’asseoir notre tissu économique, nous ne pouvons pas jusqu’ici prétendre que des avancées confortables aient été perçues aux termes d’une évaluation rigoureuse. Alors question simple : Comment allons-nous vers les APE ? En consommateurs et éternels demandeurs ou en producteurs capables de répondre à la demande d’un marché européen que nous savons très varié et très construit ? Voilà des questions qui fâchent les ennemis de l’évaluation dont l’argument essentiel qu’ils vous opposent est « lorsque le Président de la République a signé c’est qu’il a décidé et on ne discute pas les décisions du chef de l’Etat ».

Donc, loin de nous l’intention de nous opposer à une quelconque décision du chef de l’Etat, mais nous avons l’obligation de rappeler au gouvernement ce que le chef de l’Etat lui-même lui a prescrit dans le domaine évoqué. Pour relever que l’évaluation de la compétitivité de nos produits en qualité comme en quantité destinés à l’exportation doit nécessairement être faite pour déterminer les forces et les faiblesses de nos échanges commerciaux pour les améliorer au fil du temps afin d’aspirer atteindre le point d’équilibre nécessaire.
L’évaluation de nos capacités de transformation des produits de base n’est pas perceptible non plus, encore moins le nombre d’entreprises de transformation créées depuis le comice agro pastoral.

L’exportation des produits bruts ou transformés requiert aussi logiquement que l’autosuffisance alimentaire des populations du Cameroun soit une réalité et non un slogan.

Mais nous constatons à ce propos que le gouvernement lui-même parfois a souvent dénoncé l’importation de ces produits de première nécessité dont les nombreux producteurs du monde rural espèrent le renforcement de capacités diverses dans le cadre d’un programme et d’un schéma capables de mener à la réussite.

C’est pourquoi, il n’est pas inutile de relever ce rapport intitulé « la course vers l’émergence » rapport dans lequel la Banque Mondiale donne les tableaux de projection 2016 des dix (10) premiers pays en Afrique francophone en termes de croissance économique.

1.1er Côte d’Ivoire : 8,5%
2.2ème Tanzanie : 6,9%
3.3ème Sénégal : 6,6%
4.4ème Rwanda : 6,3%
5.5ème Kenya : 6,0%
6.5ème ex Mozambique : 6,0%
7.7ème Mali : 5%
8.8ème Cameroun : 4,90%
9.8ème ex RDC : 4,9%
10.10ème Ethiopie : 4,5%

Pour démontrer combien nous devons encore nous investir dans la recherche de vraies solutions qui puissent garantir à notre pays une position plus confortable sur le marché des échanges commerciaux avec l’Union Européenne. Il me parait indiqué de suggérer quelques exemples de progrès en matière de politique économique audacieuse et à ce propos l’exemple que j’ai choisi pour l’illustrer est le Sénégal qui a choisi de se rendre compétitif en développant certaines filières de production allant même jusqu’à instaurer le protectionnisme sur ces filières. La filière par excellence est l’oignon.

Pour ceux qui connaissement ce pays d’Afrique de l’ouest, sur les (04) quatre mets les plus consommés dans ce pays, il vous sera servi de l’oignon dans au moins (03) trois dont le Tchebu Djen, le Yassa etc. Et il n’aura pas fallu au Sénégal plus de quatre ans pour développer méthodiquement cette filière et ceci ne s’est fait pas seulement par des entreprises appartenant à quelques élites, mais en majorité avec les associations communautaires, ce qui permet aujourd’hui au Sénégal d’être autosuffisant au point de devenir un grand exportateur d’oignon dans la sous-région et en dehors. En extrapolant dans le même raisonnement sur un pays d’Afrique d’expression anglaise, nous pouvons aussi relever pour le féliciter l’exemple du Nigéria voisin dans le développement de la filière automobile.

Le Nigéria, il y a quelques années a effectivement encouragé d’abord le développement de la fabrication des pièces automobiles ce qui a pu générer non seulement plusieurs emplois, mais aussi limiter l’importation des pièces détachées. Quel citoyen camerounais se promenant dans les rues de nos capitales économiques et politiques et mêmes des villes secondaires, ne connait pas les pièces détachées « made in Nigeria » ?

Aujourd’hui, le Nigéria est monté d’un cran en créant des usines de montage de véhicules qui sont certainement le prélude d’une industrie automobile florissante dans l’avenir contrairement à nous toujours captif des importations des véhicules qui favorisent les surfacturations des commandes engagées par l’administration. Le gouvernement a-t-il depuis le comice agro pastoral d’Ebolowa en 2011 réussi à engager des paris semblables à ceux de ses pairs du Nigéria ou du Sénégal ? Nous serons bien curieux de faire la lumière sur certains produits qui vont désormais bénéficier d’une franchise douanière grâce aux APE.

On nous parlera par exemple des chiens, chats et autres animaux domestiques éligibles par les APE et nous ne pouvons que nous étonner de la pertinence de ces choix qui relèvent du luxe que certains privilégiés pensent s’offrir pour mieux dépenser leur argent à nourrir des animaux alors qu’à côté des camerounais meurent de faim ou se livrent à la mendicité désormais condamnée par le code pénal.

Évidemment c’est un luxe que ne pourront pas se payer les modestes camerounais avec ces dispositions du nouveau code pénal qui condamnent la maltraitance d’animaux domestiques à des peines de prison démontrant ainsi la supériorité consacrée de l’animal sur l’homme. Des réflexions qui font certainement sourire en coin, mais qui illustrent une réalité des choix questionnables auxquels le gouvernement de la République nous a souvent habitué à opérer dans plus d’un domaine.

A la réponse de savoir donc a qui profitent les accords de partenariat économiques entre le Cameroun et l’Union Européenne nous pouvons aisément répondre qu’en plus des problèmes de contrefaçons auxquels le Cameroun devra faire face, que ce n’est surement pas notre pays qui sortira gagnant soit sur le plan du volume des exportations ou sur celui de la qualité des importations qui risquent en plus de nous transformer en un dépotoir de l’Europe si on n’y prend garde.

Pour éviter ce scénario catastrophe, il est impératif que le gouvernement s’attèle dès aujourd’hui à faire siennes, ces précieuses recommandations du chef de l’Etat lors du comice agro pastoral d’Ebolowa. Afin que comme le Sénégal ou le Nigeria, on puisse identifier notre pays au niveau international, sur la qualité de ses filières de produits d’exportation, mais aussi et surtout sur la compétitivité de son tissu économique.


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