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Cameroun : Achille Mbembe répond à Charles Ndongo sur le concept “Brutalisme”

Achille Mbembe (photo d'archives)

Dans une interview exclusive accordée à JournalDuCameroun.com, le politologue estime que le directeur général de la CRTV s’est servi de son ouvrage « Brutalisme »  à des fins polémistes.

Le 19 mai dernier, à la conclusion d’une émission faite à la veille de la 48e édition de la Fête nationale de l’unité, Charles Ndongo, DG de la chaîne publique CRTV, s’est référé au terme “brutalisme” – titre du récent ouvrage d’Achille Mbembe paru en février 2020 aux éditions La Découverte – pour qualifier l’action de [Camerounais] “enragés qui se déchaînent sur les réseaux sociaux” contre l’Etat du Cameroun et les autorités qui l’incarnent.

Pour Achille Mbembe, « Charles en a fait un usage passablement polémique.”

Dans mon esprit, le terme décrit un mode d’exercice du pouvoir. Il ne renvoie pas à des modes de résistance au pouvoir, à des modes de subjectivation où à des pratiques communicationnelles”, explique l’universitaire dans une interview accordée à JournalduCameroun.com.

Le professeur d’histoire et de sciences politiques à l’université de Witwatersrand (Johannesburg, Afrique du Sud) et chercheur au Wits Institute for Social and Economic Research (WISER), en profite pour en donner la quintessence du concept. « Par « brutalisme », je fais référence au process par lequel le pouvoir agit et se reproduit par le forage, la fissuration et la fracturation.  La fissuration et la fracturation sont des techniques politiques. Il s’agit de dynamiter quelque chose afin d’en extraire une autre. Il s’agit aussi d’épuiser les corps physiquement, de fatiguer les nerfs, le cerveau ou encore d’exposer le vivant à toutes sortes de risques », précise le lauréat du prix Ernst-Bloch en 2018.

Achille Mbembe précise par ailleurs un autre terme qu’il a développé dans des travaux antérieurs, en le reliant avec le système de gouvernance au Cameroun. «  Dans des travaux antérieurs, j’ai décrit le régime et les formes d’exercice du pouvoir au Cameroun comme relevant d’un modèle hybride et baroque. Ce modèle est marqué par la prédation des corps et l’extraction des richesses à l’état brut, une violence carnavalesque, et une relation symbiotique entre dominants et dominés. A cette sorte de formation sociale, et à ce style de commandement, j’ai donné le nom de « postcolonie ». », indique l’historien.


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