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Cameroun, Afrique: Regard vers le modèle latino-américain?

Par Pierre MBAKAM NITCHEU Manager – Observatory for the American States Foreign Policy

Plus que jamais, la coopération Sud-Sud doit être revue à la hausse, et nul n’ignore mon insistance pour une nouvelle tournure dans les relations entre le Cameroun, la C.E.M.AC., et les pays de l’Amérique Latine. Je ne cesserai de rappeler que cette coopération a déjà pris une nouvelle tournure, à l’instar des Sommets des Chefs d’Etat et de Gouvernement des 2 régions. Une coopération dont l’Afrique doit absolument considérer comme vitale, quand on voit son état aujourd’hui, et une coopération qu’on devra considérer comme plan B dans nos rapports internationaux.

Je dresserai en premier lieu un certain bilan, hélas plutôt négatif de la situation sur le continent africain, puisque les « performances » enregistrées ne cessent de décroître, alors qu’elles n’étaient déjà pas brillantes. Un constat ô combien alarmant, vu que le poids de l’Afrique dans le commerce mondial est inferieur a 5% !!!

C’est ainsi que je vais m’efforcer d’expliquer les raisons pour lesquelles je pense qu’une coopération accrue avec les pays de l’Amérique Latine, ne devrait qu’aller dans le bon sens, si l’Afrique considère ce partenariat comme sérieux. Nous constatons a quel point l’écart avec les pays du Nord est grandiose, et s’accentue de plus en plus, et depuis le début. C’est donc à se demander si cette coopération est vraiment bénéfique pour l’Afrique. Attention, non pas qu’elle ne doit pas exister, mais évidemment elle nécessite un toilettage, je dis bien un toilettage, qui serait lourd de conséquences dans certains cas. Il va de soi que ce toilettage aurait un volet politique significatif, car les officiels ont beau parler d’abandonner des « machins » comme la Françafrique, nous ne devons pas aller bien loin pour constater que ce « machin », qui est une redoutable « machine » continue.

A regarder le continent africain, je suis triste de constater l’état de délabrement de l’Afrique en général et surtout dans sa partie sub-saharienne. Il existe plusieurs raisons à cette descente aux enfers. En clair, l’Afrique n’est pas dans l’état où elle devrait être!

On pourrait classer les causes de tous ces maux en deux catégories : la mauvaise gestion des hommes et des ressources. Car pour le commun des mortels, si on vous place quelque part, et que vous gérez mal les ressources financières et humaines mises à votre disposition, on ne doit pas s’attendre à un quelconque miracle : le résultat sera négatif. Et pourtant l’Afrique regorge de potentialités énormes, qui font que dans la logique, nous n’avons pratiquement rien à envier aux autres. Certes, des écoles, des hôpitaux, des routes et autres infrastructures ont construites, mais aujourd’hui, dans quel état se trouvent ces infrastructures ? Tout ou presque a été délabré ! Vous allez dans l’hôpital pour vous faire soigner, parfois il y a un manque criant de médicaments, voir de lits pour recevoir le patient. Gare à ceux qui n’ont pas d’argent pour payer les frais. Même constat pour l’éducation, les diplômes qu’on délivre laisseraient à désirer, à tel point qu’ils ont souvent perdu leur valeur, notamment lorsque les étudiants souhaitent poursuivre leur formation a l’étranger.

Dans certains cas, les enseignants étant devenus parfois, hélas, des « clochards ». Le manque cruel de l’outil de travail ramène l’enseignement vers le rabais. Il suffit d’une petite dose de bonne foi et de la volonté pour changer les choses.
Or, il ya une vingtaine d’années, la situation était moins mauvaise que celle qu’on est en train de vivre actuellement.

Il n’est pas possible de comprendre, voir d’accepter qu’avec tous les financements reçus par Afrique, et surtout toutes les richesses naturelles qu’elle engorge tels que le gaz, le pétrole, les minerais de toute sorte, le bois, etc. que nous en soyons toujours là en train de marquer le pas.

Pierre Mbakam Nitcheu
Journalducameroun.com)/n

Au sujet de la seconde catégorie des causes qui font que l’Afrique soit une figure de parent pauvre, je les attribuerai facilement aux pays du Nord. Pour rappel, dans la coopération Nord-Sud, on assiste depuis des décennies à ce qu’on appelle la dégradation des termes d’échange. A savoir que les pays du Sud commercialisent surtout leurs matières, tandis que les pays du Nord commercialisent des produits industrialisés, technologique, a forte intensité capitalistique. Les économistes ont souvent opposé les produits à forte demande de main d’ uvre a ceux a forte demande de capitaux. Concrètement, voici ce qui se passe : les pays du Nord qui achètent nos matières premières. Je reviens sur une notion parlant des PVD, pays en voie de développement : être en voie de développement signifie aller vers le développement. Mais que constatons-nous ? Malheureusement nous observons que nous n’allons pas vers le développement mais nous régressons ! Ainsi, l’appellation même « pays en voie de développement » ne tient pas debout.

Revenons à notre préoccupation, ce sont les pays du Nord qui fixent les prix sur les matières premières de la partie Sud car ils ont le pouvoir. Je pense que nous connaissons la citation suivant : « ne pouvant faire de ce qui fut juste fort, on fut de ce qui fort, juste ». Autrement dit, ceux qui ont le pouvoir imposent simplement leur loi. En un mot, les échanges entre les pays du Nord et les pays du Sud sont totalement déséquilibrés. En conséquence, les pays du Nord sont de plus en plus riches et les pays du Sud de plus en plus pauvres.

Les termes d’échange entre les deux blocs sont partis sur des fausses données avec des prêts sur les pays du Sud. Mais ceux-ci sont condamnés à acheter des produits dans les pays du Nord. Concrètement, l’argent versé dans les pays du tiers monde revient indirectement ou directement vers leurs expéditeurs, c’est-à-dire le Nord.

De même, le Fonds Monétaire International, ce gendarme créé en 1944 à Bretton Woods, dont un des objectifs était d’aider les pays du tiers monde à se développer, a surtout affaibli ces pays. Les Etats d’Amérique Latine en savent quelque chose. Le résultat des conditions du F.M.I. ont souvent jeté bon nombre des familles africaines dans la rue, ce qui est catastrophique ! Moi qui suis censé défendre l’Amérique Latine, déjà vers les années 1970, nous citons le cas du Brésil, on assistait parfois à des taux d’inflation galopants de l’ordre de 1000 pour cent. Dans autres pays comme le Venezuela, le Mexique, on trouve des gens qui achetaient des produits alimentaires au jour le jour.
A titre d’exemple, un sachet du sucre pouvait couter trois milles pesos, et le lendemain, six cents…La solution à tous ces problèmes nécessite une refonte profonde des relations avec les institutions internationales.

Pour ce qui est de l’Afrique, elle n’a qu’à trouver un plan de sortie comme solution de rechange comme l’avait dit un Ministre sénégalais qui consisterait à diversifier les partenaires.

Ainsi, dans le cadre d’une coopération avec l’Amérique Latine, nous devons porter une attention particulière aux secteurs nécessiteux et primordiaux pour le Cameroun, et l’Afrique en général c’est à dire les secteurs pour lesquels nous portons un intérêt particulier à vouloir développer et/ou à vouloir se spécialiser.

J’ai déjà eu à citer à plusieurs reprises les domaines dont je pense que l’Afrique peut tirer des enseignements positifs dans sa coopération avec l’Amérique Latine : agriculture/agro-industrie, transports, banque/finance/assurance, micro-projets, santé, éducation, environnement, coopération scientifique et technique, media/communication. Une coopération marquée au niveau des organisations sous-régionales seraient également bénéfique. Il s’agirait d’octroyer des sièges mutuels d’Observateur aux différentes organisations sous-régionales, notamment U.A./O.E.A. (Union Africaine/Organisation des Etats Américains).

J’insiste sur le fait que l’exemple de l’Amérique Latine doit, dans bien des cas être un modèle pour l’Afrique.

L’Amérique Latine est une région qui a connu les dictatures, les guerres civiles, les guerres entre Etats, surtout dans les années 70 a 80. On se souviendra des conflits en Amérique Centrale : Nicaragua (avec les sandiniste, les « contras »), au Salvador (avec le F.M.L.N., Frente Farabundo Marti para Liberación Nacional), au Guatemala (avec l’U.R.N.G., Union Révolutionnaire Nationale Guatémaltèque). Nous connaissons également les « guérillas » qui ont existé ou existent toujours dans la région : les M19 en Colombie ou les F.A.R.C., le Sentier Lumineux au Pérou, etc. Il va sans dire que les pays d’Amérique Latine, sans attendre l’intervention des Etats-Unis, bien que ceux-ci soient souvent intervenus directement ou indirectement dans la sous-région (Panama, Saint Domingue, Nicaragua, etc.), ont décidé de créer le groupe Contadora, qui deviendra le Groupe de Rio, passant de 7 à 23 pays, incluant Cuba. L’idée de départ consistait à être une alternative aux Etats-Unis, pour le règlement des conflits dans la région Amérique centrale. Ce groupe initié par le Brésil, a grandi rapidement, et les résultats ont souvent été positifs. Depuis les années 80, on peut, de toute évidence, parler de démocratie effective en Amérique Latine. Le résultat des élections ne donne plus lieu à des contestations sans cesse.

Voila un exemple dont l’Afrique peut s’inspirer, car la plupart du temps, ce sont des initiatives personnelles de quelques figures du continent qui ont pris des initiatives dans le règlement des conflits en Afrique, comme le Président Wade avec la Mauritanie, feu le Président Bongo Ondimba avec la Centrafrique, le Congo et autres.
Sur un plan plus régional, on a vu les organisations telles que la S.A.D.C. (Southern African Development Community), et régionales comme l’Union Africaine, condamner des pays comme Madagascar. Parfois elle a même eu à envoyer ses soldats sur le théâtre des opérations.

Au delà des missions initialement prévues par le Groupe de Rio, ce dernier intervient également de nos jours dans les domaines économique, commercial, et financier. Il a en effet pris part à des rencontres entre les pays du G8, et du G20. On se souviendra notamment de ses recommandations avant le Sommet du G20 de Londres en Avril dernier.

Sur ce plan justement, la encore l’Afrique a des leçons à prendre. En effet, le tout n’est pas de créer des organisations régionales, encore faut-il faire fonctionner celles-ci normalement. La libre-circulation des personnes dans les pays de la C.E.M.A.C. par exemple, a encore du chemin à parcourir. L’avenir (1er janvier 2010) nous dira si le passeport C.E.M.A.C. a résolu le problème de la libre-circulation, et a fait disparaître certains foyers de tension, notamment Cameroun/Guinée Equatoriale, alors que dans le MER.CO.SUR, il y a libre circulation des travailleurs. Notons que le MER.CO.SUR est né le 26 décembre 1991, avec le Traité d’Asunción, bien après la C.E.M.A.C., elle-même issue de l’U.D.E.A.C. Le MER.CO.SUR a même un chapitre réservé à l’Education, avec une politique de reconnaissance de diplômes.

Dans l’optique d’une coopération importante avec nos partenaires latino-américains, l’ouverture de réunions de travail ou autres Comités et Groupe de travail doit être fortement intensifiée. Dans le cadre de la coopération Sud – Sud, les coûts avec ces pays, comme le Brésil par exemple, pourraient s’avérer moins élevés.

Il faut savoir qu’à part le MER.CO.SUR, il existe d’autres organisations régionales, comme l’Association Latino Américaine d’Intégration, né du Traité de Buenos Aires en 1989, la Communauté Andine des Nations en 1996, issue du Pacte Andin, né en 1969.

Il est important de signaler que les 12 pays d’Amérique du Sud ont donné naissance à l’Union des Nations Sud-Américaines. Les douze pays concernés ont signé le 8 décembre 2004 la Déclaration de Cuzco visant à la réunion du Mercosur, de la Communauté andine, du Chili, du Guyana et du Suriname en une seule communauté supranationale, la Communauté Sud-Américaine des Nations, sur le modèle de l’Union européenne.

Celle-ci a été rebaptisée Union des Nations Sud-Américaines lors du premier sommet énergétique sud-américain organisé au Venezuela à la mi-avril 2007.

Outre une communauté économique, le projet inclut à terme :

. Une monnaie commune
. Une citoyenneté et un passeport commun
. Un parlement commun.

Cet ensemble représentera, s’il se concrétise, une population de 360 millions d’habitants et sera, en superficie (17 millions de km²), la plus vaste union économique, monétaire et politique du monde.

Je dirai pour conclure qu’avec la mondialisation, il apparaît de plus en plus évident que la coopération bilatérale cède du terrain au profit de la coopération multilatérale, d’où l’importance des blocs régionaux. Nous mettrons toutefois un point d’honneur à notre coopération bilatérale, la coopération régionale ne pouvant être qu’un aboutissant de notre bon partenariat.

Ce bon partenariat peut toutefois être remis en cause dans la guerre de produits tels que la banane, dont les pays d’Amérique Latine étouffent considérablement ceux d’Afrique, étant de très loin, les premiers producteurs. Cela donne lieu a une « bataille » indirecte, voir directe, entre l’Union Européenne, qui dit défendre les producteurs africains et des Antilles, et les Etats-Unis, qui défend les producteurs sud-américains, avec ce qu’on appelle communément la banane dollar. En effet, ce sont bien les compagnies américaines, la défunte United Fruit Company, Del Monte, etc., qui maitrisent le marche mondial.

La coopération Sud – Sud, si elle est bien définie et opérationnelle, a toutes les raisons d’être très bénéfique pour notre pays, et pour l’Afrique en général.

Pays d’Amérique latine
ame-prod.com)/n


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