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Cameroun: au-delà des mots, il faut agir

Par Vincent-Sosthène Fouda, Président du Mouvement camerounais pour la social-démocratie (M.C.P.S.D)

Journée du 24 octobre – deuil national.

Chers compatriotes, Camerounaises, Camerounais, ici et ailleurs, la mort vient de frapper le Cameroun, une fois de plus, une fois de trop, massivement, au c ur de la forêt équatoriale, à Eséka. Cet accident d’une rare violence, qui dépasse tout entendement, plonge notre pays dans l’émoi et la consternation. Le peuple se sent orphelin et abandonné en cette circonstance.

Mes premières pensées, depuis vendredi sont allées et vont encore aujourd’hui, jour de deuil national décrété par le Chef de l’Etat, aux victimes, aux familles détruites à jamais ou dont la reconstitution sera difficile.

Chers compatriotes, je mesure combien il sera difficile pour ceux et celles qui sortiront de cet enfer, mutilés, polytraumatisés, mais aussi pour tous ceux qui sans avoir été physiquement blessés, en ont été témoins, psychologiquement dévastés de se resocialiser. J’adresse à tous et à toutes mes condoléances et mon soutien constant et permanent.

Je mesure combien il sera difficile aux populations riveraines d’Eséka, à tous ceux qui se sont mués en sauveteurs volontaires, aux personnels de santé d’oublier ces scènes terrifiantes aux parfums d’apocalypse.

Ils ont besoin du soutien de l’Etat et de la Nation et je les assure aujourd’hui de mon soutien et de celui du Mouvement Camerounais Pour la Social-Démocratie que je préside.

L’émotion, la compassion sont les premiers sentiments qui nous ont envahis en voyant les premières images défiler dans les réseaux sociaux. Nous ne pouvons en rester là et nous devons dès à présent, réfléchir aux responsabilités qui ont conduit à un tel drame, nous devons nous atteler à trouver des solutions pour éviter qu’un tel drame se reproduise même si certains avec légèreté parlent déjà de la loi de la décennie comme on parlerait de la loi du cycle. C’est ici que naissent mes inquiétudes, chers compatriotes, car on veut nous enfermer dans l’irrationnel qui voudrait que l’on trouve toujours dans notre pays avant d’avoir cherché. On accuse les ancêtres, on désigne les soi-disant coupables, véritables boucs émissaires qu’on a tôt fait de trouver.

Ma culture, ma formation et mon éducation m’interdisent ce type de raccourci. Je refuse la tentation du fatalisme : « car il n’est point vrai que l’ uvre de l’homme est finie que nous n’avons rien à faire au monde que nous parasitons le monde qu’il suffit que nous nous mettions au pas du monde, mais l’ uvre de l’homme vient seulement de commencer et il reste à l’homme à conquérir toute interdiction immobilisée aux coins de sa ferveur et aucune race ne possède le monopole de la beauté, de l’intelligence, de la force. . . »

Disait Aimé Césaire. Comme c’est vrai aujourd’hui, au moment où charlatans, Ngangas, anthropologues-sorciers écument l’espace public avec le soutien du gouvernement en place pour ériger le mensonge en dogme et l’erreur en vérité scientifique.

Chers compatriotes, Camerounaises, Camerounais, nous devons en premier poser comme postulat que ce qui s’est produit vendredi est un acte prévisible, sortons donc de la pente infiniment dangereuse de l’excuse.

Personne ne peut soustraire la responsabilité du gouvernement dans ce drame. L’Etat depuis des années est en pilotage automatique et considère la politique comme l’art de mentir. On ment à coup de promesses, on ment à coup de signature de contrats, de prêts, mais aucune réalisation pour étayer tout ceci. Il est plus qu’urgent de dégager les responsabilités dans ces accidents évitables qui font couler le sang des Camerounais, qui endeuillent nos familles !
Cessons donc de manipuler les Camerounais dans leurs souffrances. Le fatalisme et le cycle dont on nous parle trouvent leurs origines dans le renoncement de l’Etat à travailler pour tous. Les images des ministres se pavanant dans leur hélicoptère avec leurs maîtresses-journalistes à Eséka sans aucun médecin, immobilisant pendant des heures cet unique appareil de l’armée qui aurait pu transborder les blessés vers des établissements hospitaliers est là pour nous dire que tout est encore possible.

Chers compatriotes, l’Etat n’existe que pour et quand il assure la sécurité des hommes et de leurs biens, c’est un principe du contrat social qui lie l’Etat à chacun de nous. Le gouvernement que le Cameroun connaît maintenant depuis des décennies n’a eu de cesse de refuser d’agir, de gouverner tout simplement, le gouvernement est en fête et en vacances permanentes, rien n’est jamais assez important, rien n’est jamais assez urgent.

La démission de l’Etat est tellement manifeste que pour la seule journée de vendredi nous avons eu la route coupée aux environs de Matomb, un accident à Saint-Michel à Douala faisant 3 morts, un effondrement sur la route Yaoundé/Akono et un problème avec Camair-co à Bafoussam.Chaque année deux à trois buses s’effondrent sur l’axe Yaoundé Douala. Comment expliquer l’arrivée si tardive 4 heures de temps de la délégation interministérielle ?

Comment expliquer qu’on n’ait pas songé à transporter sur les lieux des médecins urgentistes ? Comment expliquer que ce n’est qu’à 20 h que les premiers bus de secours sont arrivés sur les lieux ?

Dans le budget de la République, 83 milliards au ministère des travaux publics, pourquoi les routes ne sont pas construites ?

Les Camerounais ont marre de ce mensonge permanent de leurs gouvernants qui croient que les choses vont se faire, se réaliser par elles-mêmes. Nous avons besoin d’être gouvernés, le vrai gouvernement n’est pas celui des mots, des contrats, des endettements, mais celui de l’action, de la construction.

Chers compatriotes, à la différence du RDPC et de ses alliés qui crient au loup, qui voient les sorciers, la manipulation à chaque coin de rue, qui nous disent qu’on ne peut rien faire, que nous n’avons qu’à courber l’échine, le MCPSD par ma voix affirme que l’Etat, et lui seul, doit agir, il doit se mettre au travail et nous y inviter par la même occasion. L’action en premier lieu doit être politique et culturelle.

Nous demandons la création de la Société Nationale de Lutte contre la Délinquance Routière car, il est légitime de dénoncer l’incivisme sur nos routes et cet incivisme n’est pas seulement du côté des usagers, quand un Etat délinquant amasse des fortunes sur les péages routiers et des amendes sous n’importe quel prétexte et qu’il est incapable de construire un pont, de remplacer une buse.

Il est urgent, voire impératif de renationaliser le transport ferroviaire et l’ensemble du rail au Cameroun. Ces propositions sont contenues dans notre programme politique de 2011, programme que nous avons soumis au peuple et dont copie a été remise au Chef de l’Etat.

Aujourd’hui aux côtés du peuple nous demandons des comptes.
Nous avons besoin d’une nation vigilante, rassemblée, réactive, déterminée et surtout qui protège les citoyens.

Chers compatriotes, le ministre des Transports n’est pas seul responsable du drame survenu à Eséka, ce serait trop facile, trop simple.

Qu’a fait l’Etat ? Quel est son cahier de charge vis-à-vis de Vincent Bolloré propriétaire-gestionnaire du chemin de fer où aucun rail n’a été posé depuis l’époque allemande ?

Qu’attend l’Etat pour rétablir l’ordre ?

Quelle est la responsabilité des médias publics avec leur construction de l’information orientée ? A quelle heure l’élément diffusé au journal de 13 h avec les ministres des Transports et celui des travaux publics a-t-il état enregistré ?

Pourquoi l’Etat reste sourd à nos appels et à la détresse du peuple ? Edgar Alain Abraham Mebe Ngo’o n’a pas besoin de nous comme avocat, il a creusé sa tombe à chacune de ses sorties.

Quand je vous parlais d’un renoncement à l’autorité légitime de l’Etat, nous sommes en plein dedans !

Les Camerounais sont plongés dans les couloirs de la misère quand une infime minorité jouit des richesses de la République.

Les Camerounais ne supportent plus le mutisme du Chef de l’Etat et ses silences ne sont plus désormais un mode de communication, mais une démission, un abandon.

Le Cameroun est un pays de solidarité agissante, qui a les moyens de se redresser, mais, parce que ses dirigeants sont petits, ils ne le savent pas, ne le veulent pas ou pire, ne le souhaitent pas.

Le peuple camerounais a droit à un Etat-Nation digne de lui, qui préserve son identité, construit sa prospérité, mais aussi, évidemment, assure sa sécurité et la liberté de ses concitoyens. Plus de mensonges, plus de confiscation de l’information, c’est un péril pour les Camerounais, c’est un péril pour notre pays !

Je vous remercie.


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