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Cameroun-Belgique, le scandale de la médecine!

Par Benjamin Ndjama

Voici comment nos hôpitaux perpétuent une médecine archaïque en boudant une technique novatrice, la chirurgie mini invasive

La très respectable organisation Medcambel, association de droit belge réunissant des médecins Camerounais de Belgique a organisé samedi dernier à la faculté de médecine de l’ULB un symposium sur la chirurgie mini invasive en Afrique. On pouvait repérer dans la salle plusieurs figures estimées de l’expertise médicale. Elles constituaient une toile très hétéroclite de profils originaires d’horizons médicaux les plus divers: la cardiologie, la gynécologie, l’orthopédie, l’urologie.On a pu écouter non sans intérêt Un Echevin de la culture connu par ailleurs comme un chirurgien brillantissime, des éminents professeurs, le docteur Nana dont l’exposé sur les perspectives camerounaises de la chirurgie laparoscopique fut fort édifiant, le docteur Tatete un communicateur captivant. Autant de compétences dont la diaspora camerounaise est disposée à mettre au service du pays à travers ses multiples structures humanitaires et ses sociétés savantes.

L’évènement a fait courir un public non négligeable venu savoir ce qu’il était possible d’entreprendre pour mettre au profit des masses africaines l’un des plus récent progrès en matière de chirurgie : La chirurgie mini invasive. Car il faut bien le relever le chemin à parcourir pour y arriver rester long: Voici une pratique qu’on dit en plein essor ici en occident, mais pour laquelle l’establishment hospitalier du Cameroun n’a porté jusqu’à présent qu’un faible intérêt. La pratique reste très embryonnaire au Cameroun. Et les multiples efforts venus de l’extérieur pour l’implanter dans un nombre important d’hôpitaux n’ont rencontré qu’une attention timide. Pourquoi? Voilà le type même d’interrogations qui torturent l’esprit rationnel préoccupé de comprendre pourquoi l’Afrique n’avance pas. Ou pour parler comme Stephen Smith pourquoi l’Afrique se suicide? Et pourtant les qualificatifs ne manquent dans les milieux scientifiques les plus exigeants pour donner une coloration à cette nouvelle dynamique de modernité médicale qu’est la chirurgie mini invasive. Dans tel article scientifique on évoque avec enthousiasme et hyperbole pyrotechnique «un concept novateur» dans tel autre «la médecine d’aujourd’hui et du futur».

Ce qu’on dit à travers la planète dans les symposiums internationaux de médecine, dans les revues prestigieuses, dans les travaux des sociétés savantes parvient-il dans nos hôpitaux de Douala et de Yaoundé? On dit de nos chers médecins qu’ils sont restés inébranlables dans leur incroyable sérénité. Ils se débrouillent bien avec la chirurgie classique. Parfois ça marche, parfois les gens en meurent. Pourquoi changer de techniques tant que le système de sanctions ne fait pas payer cher au praticien inconséquent.
Venons-en au sujet pour lequel nous étions conviez à la faculté de médecine de l’ULB: la chirurgie mini invasive.

Qu’est-ce qu’une chirurgie mini invasive et pourquoi cette pratique s’impose aujourd’hui comme un tournant décisif de la médecine?
Pour schématiser très simplement on peut définir la chirurgie mini invasive par opposition à la chirurgie traditionnelle qu’on appelle encore «la chirurgie à ciel ouvert». C’est cette dernière approche en passe d’être démodée dans des univers où triomphe l’éthique du professionnalisme qui reste largement pratiquée au Cameroun et dont les tenants regardent avec méfiance les promoteurs de la chirurgie mini invasive plutôt révolutionnaire et futuriste. La chirurgie traditionnelle impose de faire des incisions larges pour accéder aux tissus.

La chirurgie mini-invasive permet au chirurgien d’atteindre sa cible par des incisions de l’ordre du centimètre grâce à l’utilisation d’instruments longs et fins, couplés à un système d’imagerie vidéo.
Le chirurgien peut manipuler les instruments directement ou être assisté d’un robot. À l’aide d’une console et d’un système stéréoscopique tridimensionnel, le chirurgien opère en ayant les mêmes rapports visuels qu’en chirurgie ouverte. La chirurgie mini invasive permet au chirurgien grâce à un filtrage électronique d’éliminer les tremblements naturels de la main et de parvenir à une plus grande dextérité.

Le premier domaine d’applications de la chirurgie mini invasive a été la chirurgie gynécologique. L’innovation technologique a permis des interventions pour l’ablation du kyste ovarien, le traitement d’une grossesse extra-utérine, la ré-perméabilisation des trompes.
La chirurgie mini invasive a prospéré en outre dans des domaines comme la cancérologie; la chirurgie des tissus cancéreux reste néanmoins un terrain très délicat. La chirurgie endoscopique ne doit si aventurer que dans des cas très précis. La technique doit être utilisée par une équipe chevronnée.

La chirurgie mini invasive intervient en force en urologie lorsqu’il faut réagir aux problèmes crées par l’augmentation du volume de la prostate qui engendre des troubles urinaires.
La cardiologie n’a pas été en reste. Il existe de nouvelles options de traitement des maladies cardiaques qui font appel à des techniques peu invasives. La valvuloplastie mini-invasive est l’une des interventions cardiaques peu invasives les plus efficaces à la disposition des chirurgiens.

Les avantages de cette nouvelle approche de la chirurgie sont innombrables:
Nous connaissons les limites de la chirurgie traditionnelle et les problèmes récurrents que soulève sa pratique: Parce qu’elle impose de faire de larges incisions, elle s’accompagne souvent de conséquences suivantes : Un saignement abondant, des douleurs post opératoires, des cicatrices trop visibles.Avec la chirurgie mini invasive, nous réalisons un bond qualitatif. Les larges ouvertures de la chirurgie traditionnelle ne sont plus nécessaires. On évolue vers de très petites incisions. La chirurgie mini invasive limite considérablement les complications post opératoires. Elle diminue la douleur, diminue les cicatrices, limite les risques infectieux, entraîne une durée d’hospitalisation plus courte, donc une convalescence plus rapide.

Il est même possible d’opérer sans hospitaliser. La réduction de la durée des interventions et, par conséquent, des anesthésies, peuvent conduire, dans certains cas, à réaliser des interventions mini-invasives en ambulatoire: le patient arrive le matin à l’hôpital et rentre le soir même chez lui. Cette chirurgie ambulatoire est appelée à se développer.

C’est dans la chirurgie de la colonne vertébrale que la technique dite mini invasive a montré avec la plus grande pertinence son bien-fondé. Il arrive qu’une opération chirurgicale soit sollicitée pour en finir avec les douleurs du dos.

La moelle épinière fait partie du système nerveux central. La densité de nerfs importants dans la zone autour de la colonne vertébrale rend cette zone particulièrement si vulnérable aux possibles complications, qu’une opération ouverte dans cette zone comporte des risques. Dans de nombreux cas, une opération ouverte de la colonne vertébrale ne réussit pas à réduire les douleurs chroniques du dos. Une des raisons de cet échec de l’opération chirurgicale du dos est la formation de tissus cicatrisants dans la zone de la colonne vertébrale à la suite de l’opération.

Le principal avantage de la chirurgie mini-invasive de la colonne vertébrale est qu’elle évite les traumatismes et l’endommagement des tissus (inévitable pour une opération ouverte de la colonne vertébrale): on évite ainsi des grandes cicatrices souvent particulièrement irritantes. Une opération endoscopique de la colonne vertébrale réussie nécessite des diagnostics précis et la localisation de la cause originelle. Pour cela, un diagnostic hautement sophistiqué et un entraînement en neurochirurgie sont nécessaires.

Les médecins Camerounais membres de Medcambel ont essayé de promouvoir au Cameroun la chirurgie mini invasive par le truchement de l’hôpital public. Le combat ne fut pas aisé. Ils ont rencontré l’inertie institutionnelle, une tare connue des pays en développement, ils ont fait l’expérience d’archaïsmes culturels protéiformes que raffole La littérature afro-pessimiste. Les efforts renouvelés pour faire bénéficier aux plus grands nombres les innovations les plus récentes de la chirurgie se sont révélés être de véritables gageures. L’itinéraire à suivre est apparue très vite comme un véritable chemin de Damas pour reprendre une imagerie biblique. Doivent-ils baisser les bras? Surtout pas.

L’organisation des médecins continue dans la même lancée et espère y parvenir par la force de ténacité.

Certaines personnes imaginent certainement que nos hôpitaux doivent avoir de bonnes raisons pour bouder cette pratique. Nous avons fait le tour des arguments avancés par l’hôpital public. Ces arguments ont été débattus pendant le symposium organisé à l’ULB. Nous n’en trouvons pas un seul qui soit vraiment recevable.

Les responsables du monde hospitalier camerounais, vous diront certainement que cette pratique coûte chère. L’argument du coup financier est une escroquerie facile. Même des petits pays comme le Mali sont très avancés dans le développement de la chirurgie mini invasive. A qui fera-t-on croire que ce fait le Mali, le Cameroun ne peut pas l’entreprendre.

Même si la chirurgie mini invasive paraît un peu coûteuse dans son développement, on peut penser comme cela a été très bien expliquer lors du symposium, qu’à long terme elle coûtera moins cher à l’hôpital public et aux populations que la chirurgie traditionnelle.
Faut-il conclure que la chirurgie mini invasive est dépourvue d’aspects équivoques et n’appelle aucune réserve. Surtout pas. C’est peut-être l’une des critiques qu’on peut adresser aux différents intervenants du symposium. Aucun n’a parlé des limites de cette pratique. Or pour promouvoir efficacement une cause scientifique qui doit rester différent d’un produit commercial, il faut pouvoir tout en ventant ses mérites reconnaître qu’elle ne constitue pas une panacée. C’est en cela que la science se distingue du commerce.

Parlant des limites de cette innovation technologique on relèvera que quelques soit ses bienfaits attestés le propos de Sir John Charnley garde toute sa pertinence. Il relevait avec justesse que: « Lors d Ì une opération, il n Ì est pas question d Ì obtenir immédiatement un résultat spectaculaire, mais une amélioration continue du résultat initial au cours de toute la vie…?»

Au demeurant quelque soit les points de controverses qu’on peut soulever, les mérites de cette pratiques sont infiniment plus nombreux. C’est pour cette raison qu’il accompagner et soutenir Medcambel.

On continuera néanmoins à se demander comment un pays qui a tout intérêt à profiter d’une innovation technologique peut rester si peu enthousiaste devant les propositions de partenariats venues des communautés savantes de sa propre diaspora.

A voir de très près nos médecins du pays sont si peu intéressés par cette avancée de la technologie médicale parce que son appropriation exige apprentissage et recyclage, tout ce que redoute le bourgeois hédoniste, nihiliste et paresseux.

Il est à craindre que la chirurgie traditionnelle ou classique, celle qui reste largement pratiquée sur le triangle national, deviennent demain la chirurgie des pauvres. Car ceux parmi nous qui possèdent l’information et l’argent n’accepteront pas qu’on pratique sur leur corps une chirurgie à haut risque, génératrice de multiples complications. Ils iront se faire opérer dans des pays comme le Nigéria, le Sénégal, la côte d’ivoire, l’Afrique du Sud qui eux par contre sont déjà très avancés dans l’utilisation des approches les plus novatrices.


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