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Cameroun: Bilan de mise en œuvre du PNDP, quatre après son lancement

Marie Madeleine Nga, coordonnateur national du PNDP (c) Droits réservés

Alors que la troisième phase du Programme national de développement participatif est en cours, le Coordonnateur du PNDP, Marie Madeleine Nga, présente un bilan des réalisations de l’organe dont elle a la charge auprès des communes rurales du pays. Interview.

Journalducameroun.com: Madame le Coordonnateur national, que peut-on tirer de cette évaluation à mi-parcours de la troisième phase du PNDP ?

La revue à mi-parcours est une démarche normale dans le cadre de l’implémentation d’un programme ou d’un projet. Elle fait partie des mécanismes de suivi évaluation mis en place en vue d’analyser les résultats atteints au regard des objectifs fixés, d’identifier les facteurs internes et externes ayant affecté les performances du programme, et de proposer des mesures correctrices.

Il s’agit d’un exercice auquel nous avons été souvent confrontés et qui permet de marquer un temps d’arrêt pour mesurer le chemin parcouru. Le plus important c’est toujours de pouvoir capitaliser les éventuels écarts observés, la perfection n’étant pas de ce monde. Le PNDP qui se positionne comme un laboratoire d’expérimentation a constamment besoin de ce regard pour ajuster le tir et remplir la mission qui est la sienne auprès des communes.

Nous sommes donc très attentifs aux conclusions de cette revue parce qu’elle va, comme les précédentes, fertiliser la démarche et garantir un meilleur déploiement.

Quel bilan peut-on faire des actions du Programme que vous coordonnez à ce jour?

Il est utile de souligner qu’atteindre une troisième phase, dans l’environnement des projets et programmes est le signe de la satisfaction du Gouvernement, des partenaires techniques et financiers, mais davantage des bénéficiaires que sont les communes et les populations à la base. Car il est important de préciser que le passage d’une phase à une autre est conditionné par des déclencheurs qui sont des indicateurs d’évaluation à satisfaire pour justifier la continuité du programme.

De nombreuses évaluations indépendantes ont confirmé les résultats et impacts préliminaires très encourageants du PNDP. D’après l’Institut national de la statistique (INS), les réalisations de la première phase du PNDP ont permis d’améliorer les conditions de vie de plus d’un million de Camerounais vivant en zones rurales.

Aujourd’hui, 329 communes sur les 360 du Cameroun ont été accompagnées à l’élaboration de leur Plan communal de développement (PCD) et les 31 autres communes sont quant à elles, en phase d’élaboration. Opérationnel et efficace, ce précieux outil de pilotage et de planification à l’échelle communale a permis d’identifier et de cofinancer dans les 10 régions du pays, plus de 6000 microprojets dans les domaines aussi variés que l’éducation, l’hydraulique, la santé, les équipements marchands, l’agriculture, l’élevage, la gestion des ressources naturelles, etc. En attendant les résultats de l’évaluation actualisée des impacts du Programme, les données établies il y a quatre ans révèlent que ces microprojets ont induit les impacts suivants : 314 700 personnes ont accès à l’eau grâce à la création ou à la réhabilitation de plus de 467 points d’eau ; 250 000 personnes ont accès à l’électricité grâce à l’électrification de plus de 50 localités ; 166 000 élèves étudient dans de meilleures conditions grâce à la construction de plus de 274 salles de classe ; 95 000 personnes ont accès aux structures sanitaires grâce à la construction et à l’équipement de 32 centres de santé intégrés ; 125 000 personnes ont été désenclavées et réparties dans 100 villages grâce à l’aménagement de 160 km de pistes rurales et de 80 ouvrages de franchissement (ponts, ponceaux, dalots).

Le PNDP a aussi mis en œuvre de nombreuses opérations spécifiques. Il s’agit en particulier :

Du Projet de Gestion des plantes médicinales, qui a permis de former plus de 900 personnes aux techniques d’inventaires et de gestion durable des plantes médicinales.

Du Projet de gestion durable des terres et des systèmes Agro-Sylvo-Pastoraux (PGDT), près de 293 microprojets ont été mis en œuvre en vue d’inverser la tendance de dégradation des terres dans 20 communes des régions du Nord, de l’Adamaoua, du Centre et de l’Ouest.

Du projet Haute Intensité de Main d’Œuvre (HIMO) qui se met en œuvre à l’Extrême-Nord et qui permet de sédentariser des milliers de jeunes en leur donnant les moyens d’épanouissement et d’insertion socio-économiques.

Du projet radios communautaires qui a permis de créer 12 radios communautaires pour le compte des communes, de réhabiliter 08 radios existantes.

Du processus de réduction des émissions dues à la déforestation et la dégradation des forêts (REDD) au profit de 05 communes et groupement de communes qui a permis entre autres: le reboisement de plus de 450 000 plants forestiers sur plus de 3000 hectares dans des espaces sécurisés au Nord, à l’Ouest et au Sud-Ouest; la construction de sept (07) forages à énergie solaire; la construction de quinze (15) fumoirs améliorés avec 105 personnes formées à leur utilisation et la distribution de 1 500 foyers améliorés dans les zones du projet; l’élaboration des outils de planification et de gouvernance locale des ressources naturelles.

L’on ne saurait oublier aussi le volet agropastoral du PNDP, financé par le Fonds européen de développement par délégation de gestion à l’Agence Française de Développement. Ce financement délégué de l’Union européenne, sur 11ème FED, cible en particulier 93 communes des 13 départements des 4 régions camerounaises de l’Extrême-Nord, du Nord, de l’Adamaoua et de l’Est. Lun des enjeux du Projet est la définition d’une ingénierie de planification territoriale et de programmation des investissements, complémentaire à celle des Plans communaux de développement, dans une logique d’appui au développement économique et d’aménagement du territoire, prenant en compte les spécificités territoriales et d’appui aux filières agricoles locales. A ce titre, une étude conduite par un bureau d’étude international est en cours d’exécution, et va permettre de proposer un guide méthodologique de planification territoriale, un Plan territorial de développement (PTD) témoin et un Plan de déploiement de cette démarche à l’échelle nationale.

Le PNDP a fortement contribué au renforcement des capacités techniques et opérationnelles des communes. Sur le plan technique, ce renforcement a permis d’améliorer entre autres, les capacités de planification et d’interventions avec l’appui des deux cadres communaux dont l’un chargé des questions techniques et l’autre des finances, les recettes propres, la modernisation de la chaîne budgétaire et comptable des communes avec l’implémentation du progiciel SIM_ba, offert par l’Association internationale des maires francophones (AIMF). Sur le plan opérationnel, les capacités d’intervention et de suivi des communes ont été renforcées à travers l’octroi de 360 motos de marque Yamaha AG100, dont 329 aux communes cibles et 31 aux Services d’Action Sociale chargés de la mise en œuvre du Plan de développement des peuples pygmées (PDPP). En outre, 329 ordinateurs complets et 329 GPS ont été distribués aux communes.

Par ailleurs, le PNDP a contribué de manière significative au renforcement du cadre législatif et réglementaire de la décentralisation notamment en finançant une étude dont les résultats ont servi à l’élaboration de deux (02) lois, à savoir la loi 2009/011 du 10 juillet 2009 portant régime financier des Collectivités territoriales décentralisées (CTD) et la loi 2009/019 du 15 décembre 2009 portant fiscalité locale des CTD. Une autre étude sur l’évaluation des besoins en personnel communal en vue de l’élaboration d’un tableau type des emplois communaux a débouché sur l’Arrêté n°00136/A/Minatd/DCTD du 24 août 2009, rendant exécutoires les tableaux types des emplois communaux.

Quelles perspectives pour ce Programme dont l’une des missions principales est l’appui à la maîtrise d’ouvrage communale ?

La préoccupation principale du PNDP est de remplir la mission qui est la sienne, à savoir l’accompagnement à la maîtrise d’ouvrage des communes pour l’amélioration des conditions de vie des populations à la base. Nous sommes depuis 2016, rendus à la troisième phase après deux premières phases exécutées de manière satisfaisante. C’est le lieu de rappeler que la revue à mi-parcours donne l’occasion de tirer des leçons et de procéder à des ajustements nécessaires pour améliorer la performance et l’impact global du Programme.

Par conséquent, en termes de perspectives, cet exercice de revue à mi-parcours va déjà, déboucher sur une feuille de route à mettre en œuvre d’ici la fin du Programme. Par ailleurs, comme vous le savez, à la faveur d’un financement additionnel « IDA 18 » consenti par la Banque mondiale, le PNDP sera mobilisé jusqu’en 2022, pour apporter un appui aux réfugiés et leurs communautés hôtes des régions de l’Adamaoua, du Nord, de l’Extrême-Nord et de l’Est. Ce nouveau chantier permettra d’expérimenter en particulier, le déploiement d’une approche intégrée de planification et de mise en œuvre des interventions, en vue du relèvement de l’accès aux services de santé, d’éducation et du niveau de pauvreté, grâce à l’action combinée et concertée avec trois autres programmes financés par la Banque mondiale.

Enfin, le gouvernement est engagé dans une réflexion sur la pérennisation des acquis du PNDP. Deux (02) études sont d’ailleurs en cours, suivies par un Groupe de travail mis en place par le Minepat. Les résultats de ces deux études, vont permettre de préparer un plan d’action à soumettre au Gouvernement pour la pérennisation des acquis du PNDP. Il a été convenu, que les différents partenaires se retrouvent, bien avant le mois d’octobre 2019, pour examiner et valider ce plan de pérennisation

Dernière préoccupation Madame le Coordonnateur national, comment le gouvernement peut-il capitaliser toutes ces réalisations du PNDP?

Avant d’arriver au niveau du gouvernement, je voudrais parler de deux paliers où l’expérience du PNDP peut être capitalisée.

La commune constitue le premier niveau d’internalisation et de de pérennisation des résultats du Programme. Le Plan communal de développement se dégage aujourd’hui au sein de la commune comme l’instrument de planification, de fédération et de partenariats divers, et constitue l’outil pertinent d’identification des projets de développement, y compris par le Budget d’investissement public (BIP), comme prescrit depuis 2012, par la circulaire de Son Excellence, Monsieur le Président de la République, relative à l’élaboration du BIP. D’ailleurs et à ce titre, la Commune se trouve désormais en capacité de relever un certain nombre de défis, notamment la conduite du processus de programmation annuelle à travers l’élaboration du Plan d’Investissement Annuel (PIA), sur la base du PCD. Ainsi donc, le choix des projets prioritaires est opéré au sein du Conseil Municipal, cadre institutionnel et opérationnel de la démocratie locale. De même, la Commune a acquis la capacité à recruter et à gérer le personnel qui peut aujourd’hui inspirer la mise en place d’une fonction publique locale. Aussi, l’amélioration de la gestion comptable et budgétaire dans les Communes, avec l’apport du logiciel Sim_ba, est un acquis à densifier.

Les administrations sectorielles constituent le deuxième niveau d’appropriation et d’internalisation, en raison de l’enracinement de quelques acquis du PNDP dans les priorités nationales.

Ainsi le Minfi, dans le cadre d’une plateforme avec le MINDDEVEL, la Chambre des comptes et le PNDP, est engagé dans le processus d’accompagnement de 150 communes, pour le dépôt de leurs comptes pour l’exercice 2018 à la Chambre des comptes, au cours de l’année 2019. Cette opération, il faut le reconnaître, va améliorer de manière significative la gouvernance locale. Dans le même ordre d’idées, le Minepat vient de mettre en place, sur instruction du chef du gouvernement, une task force chargée de faciliter la mise en œuvre du nouveau mode opératoire de budgétisation des ressources d’investissement public transférées aux collectivités territoriales décentralisées. Cette pratique du financement des communes par un système d’allocations, qui leur donne un droit de tirage sur le montant alloué, expérimentée par le PNDP depuis la phase 2 en 2010, reste pertinente et est à renforcer.

Un autre outil, le Progiciel d’aide au développement participatif (ProADP), disponible au niveau de toutes les Communes constitue une source inestimable d’informations pour tous les acteurs de développement et le MINEPAT qui déjà, au travers de ses démembrements départementaux, exploite cette base des données. Egalement, le Ministère en charge des Affaires Sociales continue à renforcer le dispositif institutionnel conjointement mis en place avec le PNDP, pour le suivi des opérations en faveur des populations autochtones vulnérables, notamment les Baka, Bagyéli, Bakola et Bedzang. De manière plus générale, la mise en œuvre du PNDP a engagé une synergie d’action salutaire entre les Communes et les Services déconcentrées à travers notamment les instances telles que le Conseil Municipal Elargi aux services Sectoriels Déconcentrés (COMES) et la mise en œuvre des microprojets qui fédère le MINEPDED, le Minee, le MINTP, le Minedub, le Minsanté, le Minmap et I’ARMP en sa qualité de régulateur des investissements publics. Au regard de ce déploiement des acquis du PNDP à ces deux premiers niveaux, force est de reconnaître que le Programme, véritable laboratoire, a généré des principes qui s’enracinent progressivement dans les politiques publiques, locales et nationales. Ce qui de fait, équivaut à l’appropriation, l’internalisation et l’institutionnalisation des résultats du Programme. Cependant, les cas cités ici, ne représentent pas l’exhaustivité de l’ensemble des bonnes pratiques à capitaliser, y compris dans le cadre des politiques, lois et règlements.

Dans un troisième niveau, l’institutionnalisation proprement dite du PNDP, à savoir sa mutation d’une entité à durée déterminée sous la forme d’une institution pérenne, pourrait donc porter sur la participation et le dialogue citoyens entre la Commune et ses administrés, à travers les activités phares que sont : le Guichet Performance au niveau des Communes, aujourd’hui rendu à sa troisième édition ; le Guichet Performance au niveau des communautés en phase pilote dans trois régions, le Contrôle Citoyen de l’Action Publique encore appelé ScoreCard ; la gestion des doléances axée notamment sur l’utilisation d’un numéro vert ; le suivi de la mise en œuvre des Solutions Endogènes au sein des communautés. En effet, ces activités contribueraient à consolider davantage la responsabilisation, la redevabilité et l’appropriation des processus participatifs par les communautés à la base et leurs communes. Cette responsabilisation accrue à travers les activités d’engagement citoyen, notamment les solutions endogènes et la compétition entre les communautés constitue l’ingénierie sociale, participative et citoyenne de transformation et de structuration des hommes et du milieu. Elle constitue par ailleurs le substrat idoine sur lequel se fonderait l’approfondissement de notre processus de décentralisation au service du développement local, en conformité et au-delà du cadre législatif et réglementaire actuel.


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