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Cameroun: Biyiti Essam, « fautif mais pas coupable »

Avis d’un lecteur sur « l’affaire Biyiti Essam »

Depuis quelque jours, on ne tarit pas de grief à l’encontre du Ministre de la Communication, du simple fait (pour le moment) qu’il a déposé des fonds publics dans son compte (privé), pour des raisons de sécurité. La question qui se pose est de savoir s’il n’y avait pas moyen de sécuriser cet argent autrement que de le déposer dans un compte privé. Toutes les hypothèses sont possibles et plausibles, de même que la solution choisie par Mr BIYITI, n’est pas des plus saugrenues. Il aurait pu, comme il le dit lui-même emporter cette somme d’argent chez lui.. Qui l’aurait su ? Il aurait pu ouvrir un compte autre ! Mais à quel titre ? Pour le Ministère de la Com ? La loi le lui interdit. A titre personnel avec intitulé bidon ? La même polémique serait intervenue.

Avant de porter quelque jugement que ce soit sur le comportement de Mr BIYITI, il convient de se poser d’abord les questions suivantes :
1°) Qui a envoyé cette somme d’argent à Mr BIYITI ?
2°) Pourquoi la lui avoir envoyé en espèces par des « gaillards » ?
3°) N’y avait-il pas d’autres moyens de lui faire parvenir l’argent nécessaire à la préparation des cérémonies de la visite du Pape ?

Aujourd’hui, Mr BIYITI est livré à la vindicte populaire, alors tout bien réfléchi, son comportement n’est pas du tout à blâmer. En effet, dans son interview, il précise bien qu’il attendait un chéquier du trésor public (garantie de transparence dans la gestion des fonds public), et à la place, il voit des barbouzes qui lui apportent des sacs d’argent en espèces. Que diantre ! Il ya de quoi avoir le souffle coupé et de paniquer quand on n’a pas l’habitude de voir autant de billets de banque! Une insécurité totale sévit dans les ministères, jusque dans les locaux de la délégation à la sûreté nationale. On arrive même à cambrioler dans les locaux du garant de la sécurité publique du Cameroun ! Alors, que faire avec cet argent ? Vous conviendrez avec moi que ça n’est vraiment pas le moment de tenir conseil avec ses collaborateurs pour trouver une solution. La solution logique, c’est mettre cet argent en banque. Le lieu est sûr. Il garantit la sécurité des fonds, du Ministre et de sa famille, et en plus on a une trace du circuit de cet argent.

La banque est une institution moderne mondialement reconnue pour les transactions financières, et il est dommage qu’à ce jour, les autorités camerounaises préfèrent fonctionner à l’âge de la pierre, alors que nous sommes déjà au 21è siècle. La loi camerounaise interdit aux ministères d’ouvrir des comptes dans les banques. Mais autorise t-elle les transferts de fonds en espèces dans des proportions aussi importantes ? De plus, nous apprenons que Mr BIYITI reçoit ces fonds sans qu’on lui donne de justificatifs qui puissent prouver l’origine et la destination de cet argent ! De ce fait, nous ne sommes même pas sûrs que la somme qu’il a reçu des barbouzes soit bien le montant voté et débloqué pour la circonstance.

Si le Ministre ne peut donc pas ouvrir de compte, que doit-il donc faire quand il reçoit de telles sommes d’argent ? Se promener avec dans ses poches ou dans une mallette ? N’est ce pas aussi du détournement de fonds publics ? Nous pouvons pousser plus loin notre analyse des différentes hypothèses. Toutes sont aussi loufoques, les unes les autres. Le problème en fait n’est pas tant que Mr BIYITI ait déposé les espèces en question dans son compte personnel, car nous pouvons affirmer, sans risque de nous tromper qu’il n’est ni le premier, ni le dernier des ministres à procéder ainsi. Le problème reflète plutôt l’incompétence des différents ministres des finances et directeurs du trésor qui se sont succédés au Cameroun depuis l’indépendance, et qui n’ont jamais pu « bancariser » notre économie. On se demande à quoi servent les banques au Cameroun, si l’Etat lui-même ne montre pas l’exemple en faisant transiter tous les transferts de fonds par le système bancaire existant.

Toute opération épervier qu’on voudra mettre en place n’aura aucun résultat tant qu’il n’y aura pas de transparence et de traçabilité dans les opérations financières réalisées par l’Etat et ses agents. D’où la nécessité d’avoir recours au système bancaire qui seul permet de faire des recoupements et de contrôler la gestion des fonds publics, de même que les transactions privées.

Mr BIYITI est moderne, il vit avec son temps ! Il sait qu’on ne se promène pas avec des espèces dans la rue. A l’heure d’internet, on n’utilise plus le bas de laine. Cela date de nos grands parents. Les transactions financières obéissent de nos jours à d’autres règles, à d’autres principes, dont les instruments les plus élémentaires sont le chèque, le virement bancaire ou la carte de crédit. Arrêtons de nous ridiculiser par ces comportements d’un autre âge.

Le Ministre de la communication a certes commis une faute. Il n’a pas respecté la loi en déposant l’argent public dans un compte privé, en l’occurrence le sien. Mais avant de le blâmer, il fallait lui offrir d’autres alternatives. Il faut d’abord se retourner vers ceux qui lui ont fait parvenir des millions de francs dans des sacs, et leur demander les raisons d’un tel comportement. Pour les fanas des enquêtes policières et les adeptes de l’opération épervier, la seule chose est de demander au Ministre de la Communication de justifier de l’utilisation des fonds eu égard à leur destination. Le reste n’est que médisance et bla bla bla.

Par ailleurs, cette affaire doit amener notre Ministre des Finances, ainsi que son directeur du Trésor à mettre en place une véritable réforme dans les transactions financières au Cameroun, et principalement les transferts des fonds publics qui doivent être transparents. Le système actuel favorise la corruption et les détournements de fonds. Dans une économie moderne, il y a une limite à ne pas dépasser pour la sortie de fonds publics sous forme d’espèces. A titre d’exemple, en France, pour ne pas la citer, le trésor public ne peut sortir pour quelque paiement que ce soit, plus de 700,00 euros ( moins de 50 000 Fcfa ) en espèces. Pourquoi ne pas copier ce principe ?

Monsieur le Ministre de Finances, il est consternant de voir à quel point vous êtes resté muet, sans solution devant toutes ces question de détournement de fonds publics. A quoi servez – vous, votre équipe et vos collègues du budget et de l’économie ? Tout ceci ne traduit-il pas votre incapacité à moderniser le pays et à lutter contre la corruption et les détournements de fonds publics ?

Biyiti Essam, ministre de la communication
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