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Cameroun: ce que doit être et faire l’UPC!

Par Jean-Pierre Djemba

Qu’est ce qui pourrait actuellement encore justifier la lutte des forces de progrès pour le changement au Cameroun, si le pays était indépendant comme le suggèrent ceux qui prétendent qu’il se pose désormais un simple problème d’intendance ? Et plus encore, est-ce que nous devrions alors dans ce cas, continuer à gratifier le régime de l’étiquette de régime néocolonial et avoir pour stratégie de le renverser pour installer à sa place, une démocratie nouvelle basée sur le progrès et la justice sociale, un pouvoir uvrant essentiellement pour le bien-être des masses populaires ? Enfin, est-ce que l’UPC devrait alors toujours être partie prenante – et aux premières loges – pour un tel objectif qui fut l’une des raisons de sa fondation le 10 avril 1948 ?

Cameroun : une indépendance « génétiquement » modifié (I « G »M)
Voilà un échantillon de questions que se posent en général les Camerounais et en particulier les militants de notre parti préoccupés par la situation actuelle et le devenir de notre pays. A la question de savoir si le Cameroun est indépendant nous affirmons sans ambages et sans l’ombre d’un doute qu’il ne l’est pas car, d’abord, d’un point de vue philosophique et objectivement, il y a une différence fondamentale entre la reconnaissance internationale de la souveraineté d’un pays et l’état réel de l’indépendance de celui-ci.

En effet, l’indépendance est avant tout et surtout un état d’esprit et non pas une affaire de simple bonne gestion administrative, économique et sociale. C’est bien plus que cela. C’est notamment l’idée que le pays a de lui-même et le sens aigu qu’ont ses populations et leurs mandataires a s’assumer librement sans devoir en référer à qui que ce soit d’autre qu’à eux-mêmes, dans tous les actes qui concernent son existence en tant qu’entité.

Ensuite, sur le plan métaphysique, le Cameroun n’est pas indépendant du point de vue des conditions dans lesquelles il a accédé a ce statut. En parlant de l’indépendance qui lui a été octroyée, l’on pourrait parler en se référant aux organismes génétiquement modifiés (OGM), d’une indépendance « génétiquement » modifiée (I « G »M). En effet, c’est dans les officines coloniales tenant lieu de laboratoire pour tout ce qui se fait dans les pays du pré-carré, qu’a été concocté l’ersatz de ce qui tient lieu d’indépendance aujourd’hui dans notre pays. La potion qui nous a été administré comportait alors deux principes actifs. Premièrement, se débarrasser des authentiques demandeurs de la véritable indépendance que représentaient notamment : Um Nyobé, Roland-Félix Moumié, Ernest Ouandié et Abel Kingue ; et ensuite les substituer par les suppôts qui n’en voulaient pas au départ : Amadou Ahidjo et tous ces héritiers toujours en place aujourd’hui encore.

Deuxièmement, vider l’indépendance de son contenu réel grâce à un certain nombre d’accords bilatéraux (souvent secrets) et même internationaux, économiques et militaires notamment, qui lient pratiquement les mains aux potiches mis en poste et en scène. Troisièmement enfin, par le biais de l’école qui n’est pas neutre (aucune pédagogie n’est innocente)s, procéder au lavage de cerveau et formatage de soi-disant élites qui aujourd’hui servent les intérêts étrangers avec un excès de zèle que ce dernier n’attendait même pas d’eux. Voilà ce qu’est en réalité l’indépendance des pays francophones africains.

La mission historique de l’UPC
Après cette définition de l’indépendance qui est encore bien loin d’être exhaustive dans sa description et dans tous ses contours, il n’y a donc plus lieu de se demander si l’UPC est toujours partie prenante pour la libération du Cameroun puisqu’elle a été crée pour une mission qui n’est toujours malheureusement pas réalisée jusqu’à ce jour.

Les militants de l’UPC qui savent donc que le pays n’est pas libre en réalité, sont aussi conscients qu’il ne suffit malheureusement pas de faire seulement ce constat douloureux ou d’opiner de la tête pour que tout change comme par enchantement du jour au lendemain. En effet, les militants conséquents de notre parti savent qu’il faut d’une part pour cela, reconstruire une organisation d’avant-garde forte et digne de ce nom et, d’autre part mobiliser les masses populaires pour en faire une puissance matérielle capable d’abattre la machine de guerre des commanditaires et des bénéficiaires de la fausse indépendance.

Ce travail éminemment politique et organisationnel ne se fait malheureusement pas au Cameroun depuis le retour des exilés politiques en 1990. Il ne se fait pas notamment à cause du schisme provoqué par la démission de Woungly-Massaga de la direction de l’UPC en 1990 et du manque de vision stratégique qui depuis, prévaut dans nos rangs et dont nous devons malheureusement faire le constat à présent, vingt-six ans après. Nous ne le disons pas de gaîté de c ur, croyez-nous, puisque nous connaissons pratiquement, pour avoir milité avec eux, tous ceux qui uvrent passivement à cause de cette impéritie, depuis plus de vingt-cinq ans à la tête des plus importantes chapelles de l’UPC.

En effet, si sur le plan stratégique, il y a besoin d’unir toutes les forces patriotiques de notre pays, sur le plan méthodologique et organisationnel, il y a encore plus que nécessité, avant que ne s’opère la jonction requise de toutes les forces vives de la nation de regrouper les vrais militants de l’UPC actuellement éparpillés dans ses différentes chapelles car, ses militants de conviction que nous considérons comme le fer de lance de notre parti, doivent constituer le noyau, le ciment et le ferment de son action politique à venir et de celle du Mouvement révolutionnaire camerounais.

Devant la simplicité apparente de l’équation qui précède, l’on est objectivement non seulement fondé mais aussi en droit de se demander pourquoi cette nécessaire convergence n’a pas lieu. Est-ce pour des raisons idéologiques où simplement pour des questions de positionnements personnels qu’elle ne se fait pas ? Nous laissons ces questions ouvertes et sans réponse pour le moment bien qu’elles ne nous embarrassent pas. Nous ne bottons pas en touche.

Nous faisons simplement le choix de traiter une troisième hypothèse que nous considérons comme plus explicative et évitant à notre propos la personnalisation qui pourrait accentuer les divisions. Et nous le faisons avec d’autant plus d’aisance qu’avec le recul du temps passé entre les années 1974, date de notre adhésion à l’UPC ; années 1990, date de la rupture de l’unité de l’UPC ; 2016, année du constat indiscutable de l’enlisement de la lutte pour le changement au Cameroun, au-delà des slogans du genre « l’UPC vaincra » qui sont encore coutumiers aujourd’hui même s’ils ne portent vraiment plus à conséquence, ne trompent plus grand monde en réalité et surtout, n’ont absolument plus rien à voir avec ses mots d’ordre qui naguère avaient tout un autre contenu pratique et avaient fait de l’UPC en clandestinité que l’on voyait agir intelligemment.

Notre parti était en effet alors une référence parmi les mouvements de libérations africains en exil en France notamment. Il suscitait l’admiration et était souvent sollicité pour donner des conseils à des militants africains qui sont aujourd’hui au pouvoir dans leurs pays. Son action était en effet aux antipodes de celle des directions de ses différentes obédiences dont le manque de lisibilité et de crédibilité crève désormais pour tout le monde, les yeux dans notre pays. Ceci, aussi bien sur le plan des orientations politiques que dans leurs mises en uvre pratiques. Manifestement et pratiquement, ceux qui sont à la barre de ses appareils, sont en panne d’idées, d’innovations et d’imaginations.

Et ce, de manière même plutôt surprenante et inquiétante car ces militants ont paradoxalement blanchi le harnais dans le parti au temps de notre exil commun et sont des cadres qui de ce fait ont donc été à l’école de Woungly-Massaga. Le vétéran de l’UPC et de la lutte pour l’indépendance réelle de notre pays que le destin semble exprès avoir épargné pour qu’il soit encore là, en ce moment crucial de la relance de la lutte et du Mouvement révolutionnaire camerounais. Un dirigeant émérite dont la foisonnante et importante production militante prospective, intellectuelle, politique, organisationnelle et stratégique étonne et, curieusement, détonne paradoxalement avec le manque de génie et d’inspiration qui caractérise ses disciples dont la vacuité fait perdre son latin à plus d’une personne.

Alors que faire ?
Avec l’expérience, on se rend en effet combien le maître avait raison d’insister quand il était aux commandes de l’UPC unie dans la clandestinité, sur l’importance de la formation des cadres pour le développement du Mouvement révolutionnaire camerounais. En effet, il n’est ni exagéré ni encore moins déplacé de dire aujourd’hui que, si la lutte piétine et ne retrouve pas l’essor qu’elle a connu dans les années 1970 après l’odieux assassinat du président Ernest Ouandié, c’est notamment parce qu’elle manque cruellement de vrais cadres en nombre suffisant et surtout de cadres ayant véritablement intégré la nécessité d’une vision stratégique d’ensemble des différentes tâches qu’induit le processus complexe et dynamique qu’est une Révolution, comme la nôtre.

Le dire n’est absolument pas sous-estimer les difficultés et la force de l’adversaire que nous avons en face de nous. Oh que non ! Mais, vouloir expliquer et excuser toutes nos dérives, nos faiblesses et nos échecs depuis 1990 en arguant que de sa seule puissance de feu n’est ni honnête, ni sérieux, ni surtout honorable et responsable de notre part car, faire la révolution, c’est exactement comme faire la guerre. C’est un art et un exercice difficiles dans lesquels il faut exceller, tout prévoir et dont il faut se donner les moyens.

Un processus complexe et dynamique au cours duquel, il faut également et surtout être capable d’imaginer et d’innover sans cesse afin de faire face aux nombreux problèmes qui se posent constamment et qu’il faut résoudre pour avancer. En effet, pour vaincre et faire triompher le noble idéal de la cause pour laquelle l’on a pris les armes, il faut faire preuve de beaucoup d’intelligence politique et organisationnelle. C’est en effet cette donnée qui, au pire des cas, lorsque l’on a pas gagné en fin de course, permet de perdre tout au moins avec l’honneur et la satisfaction morale d’avoir objectivement et concrètement fait tout ce qui était politiquement et humainement requis et possible, pour prendre le pouvoir et faire le bonheur de nos compatriotes.

En effet, dans l’histoire des nations, aucune autre entreprise humaine, en dehors de la volonté politique d’une avant-garde de patriotes résolus à contribuer au bonheur d’un peuple, ne mêle si inextricablement autant d’ingrédients que celle qu’a initié en toute connaissance de causes, par les créateurs en 1948 de l’UPC. Une entreprise titanesque qui ne peut jamais aboutir si elle ne repose pas sur les épaules de femmes et d’hommes politiquement et solidement formés pour uvrer durablement pour l’objectif qu’on poursuit. Des femmes et des hommes qui doivent être comparables à des samouraïs, si l’on pouvait emprunter ce nom aux Japonais.

Une démarche qui ne demande pas seulement à ceux qui l’initient ou l’engagent ou la dirigent après, d’avoir les grandes capacités que sont, une claire conscience des enjeux, un savoir-faire politique et organisationnelle réel, du courage et de la détermination, mais, d’avoir également une vision stratégique d’ensemble du dispositif à mettre en place pour atteindre dans une durée indéterminée, l’objectif qu’on s’est fixé et qui, dans le temps, peut voir passer et épuiser plusieurs générations de femmes et d’hommes résolus et conscients.

Ces nobles objectifs politiques et organisationnels sont encore aujourd’hui malheureusement à atteindre au Cameroun qui n’en déplaise à d’aucuns et bien qu’administrativement indépendant, est encore une néo-colonie de fait du pré-carré français. Pour atteindre cette cime et mettre un terme à l’ignominieuse outrage de la servitude volontaire qui continue plus d’un demi-siècle alors que l’on dit que le pays est indépendant, tout militant de l’UPC, la locomotive du changement au Cameroun, doit sans cesse se former pour mieux lutter. Mais il doit aussi aider le peuple dont il est le serviteur à s’éduquer en luttant avec détermination contre l’obscurantisme qui souvent dans notre parti, revêt paradoxalement la forme du tribalisme.

Bâtir une nouvelle démocratie d’une part, et d’autre part instaurer un pouvoir politique basé sur le progrès et la justice sociale et, uvrant essentiellement pour le bien-être des masses populaires, sont notamment deux des principaux axes de la perspective historique que l’UPC nourrit naturellement et doit ouvrir pour notre pays. Pour le faire, elle a déjà payé un lourd tribut à travers les sacrifices et le sang versé de ses martyrs, et le dévouement des milliers de militants qui se succèdent dans ses rangs depuis sa création. Pour poursuivre la réalisation de ce noble objectif, les upécistes doivent faire bloc et uvrer unis dans l’action militante car l’UPC, aujourd’hui plus qu’hier, doit être une classe, une fraternité et une unité au service exclusif des intérêts moraux et matériels du peuple camerounais dont elle est l’âme immortelle.

Ce n’est malheureusement pas encore le cas à présent car, s’il en avait été ainsi, on en serait pas aujourd’hui dans les forums des échanges inter-upécistes des réseaux sociaux, depuis que le Cdt Kissamba a mis sur les rails le projet de la reconstruction de la Grande UPC, à tenir des discours qui n’ont absolument rien à voir avec ce mot d’ordre de la plus haute importance. Et, on n’en serait pas non plus à constater le silence étonnamment assourdissant de l’UPC dite des fidèles qui se considère pourtant comme le gardien du temple de l’orthodoxie patriotique et de la tradition du combat pour la dignité de notre pays, et qui donc à ce titre, plus que toute autre groupe de l’UPC, est pourtant censée savoir ce qu’est la mission première du parti que Ruben Um Nyobe et ses compagnons ont créé le 10 avril 1948.

Encore une fois, puisque nous l’avons déjà dit dans le passé, l’observation objective de cette situation alarmante et désolante nous amène à répéter que l’heure est vraiment grave et demande que ce qui reste de vrais militants de l’UPC se secouent. Et ce ne sont pas là que des mots. C’est une réalité que doivent non seulement appréhender ceux qui ont encore un minimum de soucis pour la continuation de la lutte pour la libération véritable du Cameroun engagée par nos grands précurseurs, mais c’est également une nécessité pour eux d’en entreprendre le redressement et la poursuite.

En effet, il est manifestement devenu impératif de faire une réelle catharsis pour remettre sur pied l’ensemble des éléments qui doivent servir de refondation à notre pays où le délitement à atteint des sommets et touche même aux fondements et aux secteurs clés de notre société qui ont naturellement pour rôle de veiller sur son bon fonctionnement et d’assurer la garde et la pérennité de son existence que sont : la patrie, la population, l’harmonie qui doit y régner et la projection de cet ensemble sacré dans le futur.

Notre demeure est réellement en péril. Nous devons absolument et impérativement la sauver. Le berceau de nos ancêtres ne doit pas mourir.


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