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Cameroun: ce «salut» présidentiel qui nous vient du 7ème ciel

Par FĂ©lix Mbetbo

Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance de trainer nos politiques dans une si puante boue. Ils sont tellement fermĂ©s dans leurs cercles vicieux, qu’il est difficile pour nous de leur serrer la main, ou mĂŞme de les toiser. Nous vivons lĂ  dans une sorte de nouvelle dictature oĂą l’Un est distant du Reste. Tout ce qui intĂ©resse ceux qui sont au pouvoir c’est d’y rester, d’y mourir, de l’emporter avec eux outre-tombe, ou de le cĂ©der Ă  leurs enfants. C’est la raison pour laquelle ils passent le clair de leur temps Ă  accumuler les richesses, sous fonds de dĂ©tournements de la chose publique, de la chose d’autrui, de celle des gens. Ils font tout type de sacrifices, les uns aussi vicieux que les autres, pour multiplier leurs vies. C’est pour ça qu’ils multiplient sans cesse les femmes, les concubines, les courtisanes, les voitures, les villas, les entreprises.dans lesquelles ils se renouvellent et se donnent l’impression d’ĂŞtre plusieurs en seul.

Le « geste salutaire » qu’a effectuĂ© le ministre des sports au quartier gĂ©nĂ©ral de tous les pouvoirs : politique, Ă©conomique, militaires, mystiques, intellectuel.est une manifestation de la théâtralisation de la vie politique telle que nous la vivons depuis plusieurs dĂ©cennies. Comme Ă  l’Ă©poque du Roi Soleil, le palais d’Etoudi est une vaste cour au milieu de laquelle chaque ministre vient jouer la comĂ©die et repartir. L’idĂ©e ici est d’Ă©gayer le roi qui s’ennuie chaque jour sous le poids de l’âge et du travail, dĂ©passĂ© par tous les chantiers qu’il a en face de lui et par l’incapacitĂ© de se mettre dans la peau d’Hercule ni mĂŞme du plus noble maçon. Il passe ses journĂ©es Ă  paresser dans sa cage, et prend chaque cĂ©rĂ©monie officielle comme un moment privilĂ©giĂ© de divertissement. Et Ă  toutes les occasions, ses comĂ©diens et griots qui tiennent lieu de ministres et de collaborateurs mettent sur pied de nouvelles mises en scènes pour l’emballer dans une nouvelle joie.

On dirait que dans ses nominations, comme un bon metteur en scène, il fait un casting judicieux des meilleurs bouffons. On l’a vu rire des simagrĂ©es de Mendo ZĂ© lors du comice agropastoral d’Ebolowa. Voulant montrer au chef d’orchestre qu’il mĂ©rite toujours sa place sur la scène et non dans les vestiaires ou les gradins, il a alignĂ© une sĂ©rie de valses corporelles frisants le ridicule le plus bas. Mettant en oubli son statut de professeur de haut niveau, de grand maĂ®tre de chant, et de musicologue hors pair. Que dire du latiniste Fame Ndongo, que les Ă©tudiants appellent affectueusement le « fameux » pour son extraordinaire bagage intellectuel ? Mais quand il s’agit de dĂ©fendre les intĂ©rĂŞts du roi il perd toute la raison et tout bon sens. On le voit s’exposer dans les meetings vĂŞtus de la tĂŞte au pied des effigies du roi, peut-ĂŞtre que mĂŞme jusqu’aux sous-vĂŞtements. Le tissu de son parti qu’il dĂ©fend bec et ongles semble habiter non seulement son corps mais aussi son esprit. Tchiroma le farouche opposant d’hier, s’est muĂ© en le plus grand apologiste de la cour. Toujours au rebond du bon discours pour justifier celui qui est depuis plusieurs dĂ©cennies devenu injustifiable.

Nous sommes en plein lĂ  dans une sorte de « politique de l’atalaku ». Chacun essaie de se faire remarquer, et de gagner les points. Cette rĂ©cente mise en scène du ministre des sports, en exĂ©cutant sa rĂ©vĂ©rence au roi en est la plus haute rĂ©vĂ©lation. On dirait qu’ils se reprochent tous de quelque chose. Comme des grands enfants qui font des gaffes chaque jour Ă  la maison, et essaient en tout temps de flatter le père pour Ă©chapper Ă  une Ă©ventuelle punition. S’ils peuvent se livrer avec autant de bĂ©atitude et de sottise devant les yeux de tous, que dire alors de toutes les vilenies et les courbettes dont ils sont capables en privĂ©. Un ministre est un serviteur de son peuple, et non un valet de celui qui l’a nommĂ© et qu’il tient pour crĂ©ateur et chef suprĂŞme.

C’est ce dĂ©sintĂ©rĂŞt notoire envers les citoyens qui pousse ces derniers Ă  ne manifester aucun respect ni considĂ©ration envers ces politiques. C’est pour ça que je nomme donc ce geste ridicule du ministre des sports, grand acteur de théâtre et arrangeur de foule, de « salutaire ». Les jeunes l’ont reçu comme une manne tombĂ©e du ciel. Comme une sorte de jubilation, une profonde caresse, Ă©veillant les sens, et les poussant jusqu’Ă  l’orgasme le plus expressif. C’est une forme de catharsis qui leur a permis de se libĂ©rer un peu de nombreuses frustrations accumulĂ©es depuis quelques temps. Le stress des fins d’annĂ©es, les flous mouvements d’humeurs dans la partie anglophone du pays, la dĂ©faite des Lionnes Ă  la CAN elle-mĂŞme jonchĂ©e de nombreux travers.

Ne pouvant pas aller pisser devant le ministère, y jeter des pierres, barricader les voies des planches tirĂ©es des kiosques et magasins dĂ©truits, cracher sur les voitures blindĂ©es, ou encore passer dans les mĂ©dias pour les injurier de la plus bestiale des manières, les internautes camerounais ont procĂ©dĂ© Ă  ce lynchage symbolique. Depuis quelques jours on remarque bien qu’ils en jouissent et qu’ils s’en rĂ©jouissent. Ça leur permet au moins d’Ă©jaculer quelques gouttes et de frĂ´ler l’orgasme. Mais il faut plus que ça pour provoquer une possible gestation d’un quelconque changement. C’est pour cette raison que je le vis comme une profonde masturbation.

Quand on manque l’occasion de monter sur une fille et de jouir sur elle, tout ce qui nous reste c’est l’idĂ©e du branle. Ne remplaçant en rien l’acte d’amour avec le sexe opposĂ©. C’est pour cette raison que plusieurs ont recours au viol. Mais nous n’avons pas cette force. On croit niquer le système, mais nous sommes justes en train de nous branler. Juste pour se purger d’un long instant de jachère, et après on retombe dans la solitude et manque d’antan. C’est clair que quelque chose nous manque, mais personne ne sait encore comment l’exprimer. On a beau manger, boire et faire, parfois mĂŞme abusivement, mais rien toujours ne va.

Alors après avoir fini de se moquer d’eux dans le virtuel, ils continueront Ă  nous faire ça par derrière dans le rĂ©el. On a beau les prendre pour des comiques qui se livrent au théâtre ridicule, nous en sommes des spectateurs, c’est nous qui payons le ticket d’entrĂ©e, c’est eux qui en bĂ©nĂ©ficient. Ils ne sont pas fous, ils savent ce qu’ils font !


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