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Cameroun: Charles Atéba Eyene est parti en nous posant de nombreuses questions

Par Serge Tchaha

Comme c’est désormais le cas pour les personnalités publiques, la journée durant, les rumeurs de son décès ont couru sur les réseaux sociaux. Les uns infirmant les autres confirmant. Chez nombre de nos informateurs de circonstance, on sentait l’envie de croire que c’était faux car la mort, une fois de plus, s’était montrée d’une brutalité difficilement supportable pour ceux qui aiment la personne qui est partie. Quarante-neuf ans, jour pour jour après le décès de Malcom X, Charles Ateba Eyene, un des auteurs camerounais les plus vendus ces dernières années n’est plus!

Il nous manquera! Le Docteur Ateba Eyene nous manquera sur les plateaux télé et radio car ses capacités de communication, ses habilités oratoires, son aisance dans ces lieux de débat, son sens du théâtre faisaient de lui ceux que les journalistes appellent les bons clients. Il nous manquera également et surtout d’ailleurs pour son franc-parler; militant du RDPC parfaitement assumé, membre suppléant du Comité Central du même parti, il n’avait pas son deux – pour parler de manière triviale – pour critiquer son propre parti et des pontes du régime. À tort ou à raison, les Camerounais l’appréciaient sans doute pour cela. Auteur de dizaines d’ouvrages dont le fameux Paradoxe du pays organisateur et de Le Cameroun sous la dictature des loges, des sectes, du magico-anal et des réseaux mafieux : De véritables freins contre l’émergence 2035 (la logique au c ur de la performance), il posait, je crois, du point de vue des Camerounais, des questions qui dérangent, des interrogations qui turlupinent.

Chez nous, on pleure les morts en pensant à tout le bien qu’il nous faisait, en regrettant tous les services qu’il nous rendait. Aussi suis-je certain qu’à l’heure actuelle, les Camerounais pleurent Ateba Eyene et se demandent : qui posera encore ces questions? Qui mettra le doigt où ça fait mal? Qui sera suffisamment courageux pour dénoncer l’injustice? Qui va encore dire que pour s’en sortir, il faut opter pour la méritocratie? Aujourd’hui, ils ne savent quel nom prononcer et ils pleurent ou plutôt ils savent qu’il y en a trop peu du calibre d’Ateba Eyene. Même si pour certains ce leader d’opinion était parfois loin d’être diplomate.

Dans une de ses dernières entrevues que j’ai écoutées, je crois qu’il a dit qu’il préparait un livre sur L’Art d’être hors-sujet. J’espère que d’où il écrira désormais, il ne nous trouvera pas hors-sujet. J’espère qu’à sa suite, nombre de Camerounais répondront aux questions qu’il a toujours posées et auxquelles nous devrons répondre si nous désirons nous en sortir : allons-nous nous remettre à promouvoir la méritocratie? Saurons-nous agir en patriotes? Casserons-nous les freins à l’émergence du pays?

Charles Ateba Eyene est parti, il ne pianotera plus jamais son clavier d’ordinateur et pourtant, il continue de peser dans le débat, il est parti mais il continue inlassablement à nous poser des questions existentielles.

Vivement que nous sachions y répondre! Ce sera la moindre des élégances!

Serge Tchaha
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