Opinions › Tribune

Cameroun, Charles Ndongo: Tam Tam Weekend.

Par Abdelaziz Mounde

C’est à cause d’esprits brillants comme le nouveau Directeur général de la Crtv que le culte officiel et nord-coréen de la personnalité, l’hyperprésidentialisation du régime, pressentie et dénoncée par Daniel Kemajou en 1959 au sujet des pleins pouvoirs d’Ahmadou Ahidjo, la déification ou transformation de Paul Biya en dieu, la fausse séparation du Parti et de l’Etat ont des avocats commis d’office, perdurent et « l’écart normalisé ». Pas de place pour le changement profond des mentalités et l’exemplarité républicaine.

C’est un classique désormais. Le tam-tam, celui que chante avec virtuosité Toto Guillaume dans l’épique Elimbi na Ngomo ou Eboa Lotin, dans le très lunaire Elimba Dikalo, est devenu une spécialité des Ndongo. A Jacques, les théories, les hyperboles et une nouvelle théologie du décret, voire une version inculturée et revisitée de la Genèse ; n’a-t-il pas dit que la volonté du chef de l’Etat fait de chaque haut fonctionnaire ou ministre, une de ses créatures ? A Charles, la pratique, l’emphase et les symboles : « La main de Dieu et la plume du Président ont, a-t-il déclamé vendredi à Kribi, changé ma vie. Ce président m’a couvert et littéralement couvé depuis le début de ma carrière qui, comme vous le savez, commence juste un an après son accession à la magistrature suprême. De même que le RDPC est le cheval de bataille du président de la République, de même, la CRTV est le Tam-Tam du chef de l’Etat ».

Il y’a une très grande proximité, voire une similitude à peine voilée, dans un monothéisme à franges, chez les thuriféraires officiels au Cameroun, entre Dieu et Paul Biya. C’est du même acabit, selon les discours. Du même souffle, selon les invocations. De la même veine, dans les envolées passionnées. Le président a été installé dans le Panthéon des dieux depuis des lustres. Il ne nomme plus pour le mérite, l’excellence, la bravoure et les hauts faits. Non ! Il le fait par une volonté absolue. Une discrétion de Louis XIV. Une férule de Napoléon. Une magnanimité d’Empereur du Wassoulou.

Pas besoin d’un complexe de Karnak, de temples des divinités bouddhistes. Il est Zambe, Zamba, Si, Nyinnyi.le Dieu unique de nos ancêtres. Celui que l’on cherche partout quand il est en « bref séjour privé en Europe ». Celui que l’on voit partout, quand il effectue « un retour triomphal » de Suisse, sans les horloges pour mettre à l’heure le temps de l’émergence et avec plus dettes et des dépenses folles d’agrément. Celui qui voit tout, et parfois avec un il, quand les Eperviables restent 20 ans au même poste à détourner.

A ces dons d’ubiquité et titres suprêmes, on a remué le tréfonds de la mythologie Fang-Beti, pour lui attribuer en plus, le très illustre Nnom Gui. Pour le hisser, tout à sa gloire, au-dessus des sorciers, guérisseurs ou nganga de nos temps anciens, des devins, des sages. Bref au dessus de nos Himalaya, Kilimandjaro et Mont Cameroun de la flagornerie, de la société de cour en.République et de la louange calculée.

Jusqu’ici, les spécialistes classaient le tam-tam parmi les idiophones. Il n’avait surement pas pensé à l’ironie de cette expression savante, quand il s’agirait de son usage par la fine fleur de l’élite au pouvoir, entre les « intellectuels organiques » et les voix du maître. Pour sa dimension musicale, il est très apprécié par les compositeurs occidentaux en raison de l’effet dramatique produit par sa sonorité profonde et métallique, introduit parmi les percussions de l’orchestre symphonique au XIXe siècle. Plus que le gong et ses tons sourds, qui sonnent la fin que l’on n’envisage pas encore pour le Président au Cameroun, il sert alors à donner et amplifier un effet dramatique.

De l’intensité ! Charles Ndongo en a donc fait grand usage, comme François-Joseph Gossec, qui a adopté cet instrument venu d’Afrique, l’a utilisé pour la première fois en Europe en 1791 dans la Marche funèbre composée à la mort de Mirabeau, comme le Requiem de Luigi Cherubini, Roméo et Juliette de Daniel Steibelt en 1793, et dans La Vestale de Gaspare Spontini en 1807.

On le sait, en plus de cette intensité dramatique, le tam-tam, ce tambour africain fait généralement de bois creux recouvert ou non d’une peau tendue et servant à rythmer chants et danses ou à transmettre un message. Pour le bois, on en a eu à Kribi la langue. Pour le creux, c’est encore le vide sidéral du sens. Pour la peau tendue, Charles Ndongo a le président dans la sienne depuis 1983. Pour les chants et les danses rythmées, le folklore des meetings a joué à plein régime.

Pour la transmission des messages, le mérite de son propos était de sanctifier une réalité, celle de l’instrumentalisation des médias de service public à la gloire d’un homme. Un seul ! Qui a fait d’Etoudi, Gizeh et son Sphynx d’Egypte de l’ancien régime. Cette interprétation des statuts de la Crtv, financée par le contribuable, qui attribue une sorte d’infaillibilité pontificale, que même les catholiques ont revu en Concile, à l’action du chef de l’Etat et de son Gouvernement. Pour un gain immédiat pour les plus veinards. Et une récompense, longuement attendue, jusqu’au seuil de la retraite ou dans d’interminables prolongements. « Paul Biya, l’avait loué Charles Ndongo, ne m’a pas seulement sauvé de la retraite, il m’a plus, fondamentalement et littéralement sauvé la vie ». De quoi réécouter les sons de Brice Wassy, percussionniste et batteur célèbre, réalisateur de Waka Juju de Manu Dibango dont Dimanche Midi avait fait l’un de ses emblèmes. Lui qui évoquait la figure de ces rois, prêtres et dieux thaumaturges qui ont la vertu de soigner, de ressusciter.

Que reste-t-il dans ce charivari de louanges ? A battre le tam-tam. Alerter l’opinion publique sur ce problème ; mal profond et malaise dans notre civilisation démocratique en construction. Celui de ces liens – qui sourdent comme un labsus – faits entre le RDPC, pourtant un parti comme tant d’autres et la CRTV, pourtant dédiée en principe à l’intérêt général, au lien social, au service public et du public, à pluralité d’expressions. Celui du mélange des registres. Celui d’une société de cour décomplexée. Celui, enfin, de la caporalisation des médias de service public. Journalistes aux ordres et au rythme du tam-tam !


Droits réservés)/n



A SAVOIR

- Les opinions et analyses présentées dans cette rubrique n'engagent que leurs auteurs et nullement la rédaction de Journalducameroun.com.

- JournalduCameroun.com n'est pas responsable des affirmations qui y sont présentées et se réserve le droit de modifier ou de retirer un article qui diffamerait, insulterait ou contreviendrait au respect des libertés publiques.

À LA UNE


SondageSorry, there are no polls available at the moment.
Retour en haut
error: Contenu protégé