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Cameroun: cher(es) compatriotes de l’Extrême-Nord

Par Abdelaziz Mounde

J’ai lu comme bien d’autres camerounais, l’appel. Ce document-plagiat, comique à souhait, véritable pantalonnade, qui a été signé en votre nom par de prétendues élites.

Ces éternels présidents, ministres, directeurs généraux et autres big massa, qui ont confisqué depuis 50 ans la République, dont le but avoué est d’appeler le président Paul Biya à se représenter, comme s’il s’agissait d’un grand Ì€enfant, à ce qui est considéré non pas comme l’élection mais la désignation présidentielle.

Comme si la retraite d’un président était la fin de sa vie.

Fille aînée du Renouveau, la vérité sur le Septentrion est chaque jour encore plus consternante. La guerre contre Boko Haram ne cesse, en effet, chaque jour, de manière aussi atroce que déconcertante de réalité crue, de nous faire voir ce qui a été caché depuis des lustres : le dénuement, la pauvreté, l’absence désolante d’écoles, planquées sous les arbres, les toitures de chaumes, le désert des infrastructures, les ravages de la faim, la menace chronique de l’insécurité alimentaire, la vie sous perfusion en l’absence d’hôpitaux équipés, viables et performants.

En clair, une fille délaissée, utilisée pour les seules élections, trompée par des tuteurs rusés, accrochés au pouvoir, prêts à bondir comme on change d’arbre de l’Assemblée nationale au Sénat, juste pour conserver fiévreusement un poste, à la tête d’institutions dont personne ne peut attester de l’utilité aujourd’hui, ou au Gouvernement depuis leur tendre jeunesse dans les années 60, 70 et 80.

On vous ressert le cadeau de 1983, la belle province, détachée du joug, de l’influence et du rayonnement de Garoua. Il ne peut plus avoir la même saveur !

Sans les routes, vous trouvez à chaque fois le temps d’aller voter pour les mêmes lettres de parti et de président. En amour et en sorcellerie, pratique que suggère désormais le Gouverneur de cette belle région, on appelle cela de l’envoutement alias le choix du peuple. Impressionnant !

Sans les écoles, vous trouvez le moyen de rédiger et témoigner votre déférence, en multipliant les louanges à la place des bancs, en additionnant les signataires haut placés à la place des tableaux noirs, en citant des passages de la liturgie officielle en lieu et place des bibliothèques aussi rares que l’eau dans les Mayo en saison sèche. Ebouriffant !

Sans les hôpitaux, vous trouvez le moyen de soigner vos phrases. Hallucinant !

Comme j’aimerais parler de construction de la citoyenneté en wandala, en massa, foufouldé.

Comme j’aimerais parler d’affranchissement en toupouri, munjuk, fali, kanuri, arabe-choa, guiziga, moundang.

Le dire dans toutes ces belles langues de ce paradis de la nature aux paysages lunaires, pics singuliers et parcs prisés de beaucoup d’amateurs dans le monde. Ces lieux qui ont inspiré plus d’un auteur.
Le dire pour vous sortir des griffes du loup, des filets de cette prise en otage instituée des populations par l’élitisme et l’appartenance ethniques désormais consacrée par les propositions d’un constitutionnaliste de renom au Cameroun.

Vous dire que les comités de vigilance valent aussi bien dans la lutte contre le terrorisme que la démocratie. Que l’éveil est aussi exigeant que la mobilisation de notre pays dans ce combat.

Comme Baba Simon, chantre de l’évangélisation, l’a appris à beaucoup d’entre-vous, parfois il faut pardonner et faire preuve de compassion. Malgré ces errements, les camerounais resteront j’en suis sûr solidaires de vos malheurs, sensibles à votre détresse qui est désormais commune.

Ils vous disent juste que l’eau que l’on vous fait miroiter au Lac Tchad n’existe plus. C’est un mirage ! A vous de creuser de nouveaux puits, d’explorer de nouvelles sources. Celles des fausses promesses ont tari. La guerre nous ouvre les yeux sur cette triste réalité, tous les jours. Hélas !

Drapeau camerounais.
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