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Cameroun: Communiqué de presse à propos du bébé volé de Vanessa Tchatchou

Par Shanda Tonme, président de la commission indépendante contre la corruption et la discrimination

20 août 2011, 20 avril 2012. Il y a exactement huit mois, une jeune maman âgée de 17 ans et écolière du nom de Vanessa Tchatchou, accouchait d’une fillette à la maternité de l’hôpital gynéco obstétrique de Ngousso à Yaoundé. Quelques heures seulement après, son bébé était détournée par des mains obscures savamment commanditées dans le cadre d’un réseau de trafic d’êtres humains et spécialement des nouveau-nés. L’affaire Vanessa Tchatchou a bouleversé les consciences, troublé profondément les esprits, et captivé l’attention d’une opinion nationale et internationale interloquée, stupéfaite, solidaire et compatissante. Huit mois après, différentes enquêtes, publiques et privées, politiques et civiles, dans le cadre de procédures variées, ont été déployées. A ce propos, la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination, qui a été et demeure résolument engagée dans la popularisation de ce drame aux côtés de la jeune fille et de sa famille, reste très ferme dans cette posture et fait un devoir, de délivrer les mises au point ci-après:

1 – SUR LA SITUATION DE L’ENFANT
Le bébé volé de Vanessa Tchatchou, est toujours entre les mains, sous le toit, sous la garde et sous la responsabilité de madame Caroline Medjang Ndikum Athe, précédemment substitut du procureur de la république au tribunal de première et de grande instance de Mfou, et nommée par décret présidentiel du 18 avril 2012 au poste de chargé d’études assistant dans les services centraux du ministère de la justice. Les renseignements fiables obtenus dans l’entourage de la magistrate, voisinage direct, amies et familiers, rassurent sur la santé du bébé, une petite fille qui se porte bien et jouit des soins de première qualité. Mais manifestement il n’est pas possible de demander à un nouveau-né comment elle se sent chez autrui, chez une personne qui la retient sans droit ni titre, sans légitimité ni légalité, qui l’a soustraite de sa mère frauduleusement.

2 – SUR LE PLAN PERSONNEL
La Commission révèle que Vanessa Tchatchou achève à peine des rites traditionnels auxquelles elle a été soumise par ses grands parents, depuis son expulsion brutale de l’hôpital. Si sa récupération au plan physique peut maintenant être considérée comme satisfaisante, les plaies endurées lors des prélèvements forcés et de l’expulsion brutale étant pratiquement cicatrisées, il n’en n’est pas de même, et loin s’en faut, au plan mental et psychologique. La jeune fille demeure profondément traumatisée, fait régulièrement des cauchemars, pleure de temps à autre, entend des cris de bébés, et souffre visiblement à la vue d’une femme enceinte.

3 – SUR LA RELATION AVEC LES POUVOIRS PUBLICS
La Commission révèle, que depuis son expulsion, durant et après son séjour à l’hôpital, la jeune fille, ni directement, ni indirectement, n’a bénéficié d’aucune assistance ni soutien du gouvernement. la famille et les proches n’ont reçu aucune demande officielle de visite ni signe de réconfort, aucune expression de regrets, de compassion et de solidarité. La seule nouvelle initiative officielle, a été la tentative de nouveaux prélèvements avec le concours d’un homme présenté comme « un expert américain ». La jeune fille en son âme et conscience s’y est fermement opposée, et sa famille a rappelé les exigences et les conditions d’une procédure scientifique correspondant aux usages internationalement reconnues, acceptables, transparentes, consensuelles pour toutes les parties, et incontestables. A la suite de cette épreuve manquée, le ministre de la communication a fait une nouvelle sortie médiatiques aux mêmes fins d’injures, de moqueries, et de provocation à l’endroit de la jeune fille, sa famille, ses nombreux soutiens. Des propagandistes du mensonge bien travaillés, ont cru pouvoir injecter dans l’opinion que la jeune fille avait reçu tantôt de l’argent, tantôt une résidence, tantôt mille promesses du gouvernement. Tout cela est faux. la jeune fille reste entièrement à la charge stricte de sa famille et de personne d’autre. Elle n’a en outre, reçu aucun soutien institutionnel de qui que ce soit, ni mandaté qui que ce soit pour formuler des quêtes pour son compte ou en son nom. Elle a été chassée de l’hôpital sans aucun certificat d’accouchement.
Le gouvernement est du reste bien renseigné sur son lieu de résidence, sur sa vie actuelle, sur ses moyens d’enfant traumatisé de famille pauvre, orpheline.

4 – SUR LA SITUTION JUDICIAIRE
La Commission révèle, au plan national, que malgré le vol de certains éléments du dossier au cours du braquage du véhicule de Me Meli, conseil de Vanessa Tchatchou, celui-ci s’est attelé à reconstituer la plupart des sources, des notes, des archives, des témoignages. Sylvie Jueyep, la maman de Vanessa Tchatchou, a reçu à travers le conseil, une citation à comparaître le 24 avril 2012. La plainte contre dame Caroline Mejang Tikum Athe et consorts, est ainsi dans la deuxième phase d’instruction devant le juge d’instruction désigné à cet effet par le président de la Cour suprême. La famille se présentera à la convocation du juge et continue d’être déterminée à obtenir que la vérité soit dite, entendue, exprimée avec force et droiture. Au plan international, une équipe de juristes particulièrement solide sur les questions de défense des droits de l’Homme, des droits de l’enfant et de la mère, en synergie avec des personnalités de marque et plusieurs organisations, travaillent depuis deux mois pour ficeler le dossier. Celui-ci est pratiquement prêt, mais il ne pourra être effectivement actionné, qu’après l’épuisement des voies de recours internes, c’est à dire à la fin de toutes les procédures devant les tribunaux camerounais. Néanmoins, des contacts exploratoires ayant un caractère purement informel, ont déjà été initiés avec satisfaction en direction notamment de la Cour africaine des droits de l’Homme d’une part, et de la Commission des droits de l’Homme des Nations Unies d’autre part. A ce propos il importe de rappeler, que le Cameroun est signataire de la plupart des instruments internationaux spécialisés, notamment la déclaration universelle des droits de l’Hommes et des libertés fondamentales, la convention de l’Unicef sur les droits des enfants, la convention des nations unies contre toutes les formes de torture.

5 – SUR LE TERRAIN MEDIATIQUE
La Commission révèle que la plupart des Médias nationaux, ont fait preuve et continue de faire preuve de lucidité, de solidarité, de compassion et de soutien à l’endroit de Vanessa Tchatchou et de sa famille. Ceux-ci ont tout le long de cette affaire, à l’exception de quelques rares discordances, administré un professionnalisme impressionnant. De nombreux journalistes ont ainsi refusé de se faire acheter pour déformer la vérité, contrer les évidences et traumatiser d’avantage la jeune fille. La Commission constate toutefois, que depuis le début du mois d’Avril, deux stations radios entièrement à la solde des trafiquants d’être humains, ont été montées de toute pièce à Yaoundé. Ces radios ont été diligentées hâtivement, instrumentées et droguées pour essayer de changer le cours des événements, déformer la vérité. Elles développent à longueur de journée au vu et au su du gouvernement, des appels à la haine, à l’agression contre la jeune Vanessa Tchatchou, sa famille, ses soutiens, la société civile, les autres journalistes. Le ton, les intentions ouvertement déclarées et les objectifs des animateurs de ces radios, ne méritent aucune considération et devraient rester dans les poubelles infâmes des pires trahisons et des souillures nauséabondes d’un lamentable mercenariat servile.

6 – SUR LA SITUATION A L’HOPITAL DE NGOUSSO
La commission révèle qu’en dépit du limogeage du Directeur de l’hôpital, aucun maillon central du réseau de trafic des bébés dans cet hôpital dont l’implication dans le drame de Vanessa Tchatchou a été incontestablement prouvé, n’a été sanctionné ni blâmé ni muté. L’infirmière Nde Mba, celle qui a arraché le nouveau né des mains de la famille pour le faire disparaître, est toujours en fonction. L’infirmière major Monique est également toujours en fonction. Le personnel de la maternité, entièrement instruit des pratiques illégales et immorales décriées, reste enfermé dans une peur mêlée d’embarras. Certains sont dorénavant enfermés dans des confessions et des prières interminables dans de multiples églises obscures des quartiers.

7 – SUR LA SITUATION DES HAUTS FONCTIONNAIRES IMPLIQUES DIRECTEMENT OU INDIRECETEMENT
La Commission révèle, que personne n’a été réellement ni blâmée ni sanctionnée. Les responsables de la sécurité, les premiers enquêteurs manipulés et de mauvaise foi évidente, les membres du gouvernement défaillants, les magistrats inconséquents, sont tous impunis à ce jour et continuent leur carrière en toute tranquillité.
De même, les documents frauduleux, ou en tout cas les vrais faux documents délivrés par madame le ministre des affaires sociales, demeurent dans un flou institutionnel noyé par de surprenantes tolérances gouvernementales.

8 – SUR LES EVIDENCES QUI METTENT EN CAUSE LA MAGISTRATE
La Commission révèle que rien n’a changé, varié ou bougé. Il demeure constant et indiscutable, que l’enfant a été volé le 20 août 2011 et que dès le 24 août, dame Caroline Medjang a commencé à informé toutes ses relations, familiales, professionnelles et conjugales, de la naissance de son bébé. Les traces des communications par SMS existent et sont méticuleusement conservées par les dites relations. Cette véritable campagne d’information était accompagnée de multiples agapes festives à domicile impliquant des visites, des cadeaux et des félicitations infinies. Les visites se sont logiquement arrêtées dès la popularisation du drame de Vanessa et l’origine douteuse du nouveau-né. Il demeure constant et incontestable que la magistrate s’est fait établir un faux certificat de grossesse et ensuite un faux certificat d’accouchement, après avoir durant dix mois simulé des attitudes physiques de femme enceinte. Le médecin qui a délivré ces documents frauduleux est connu nommément. Il est en effet en poste à titre permanent à l’hôpital de Ngousso et vacataire à la polyclinique de Tsinga. Ces éléments ont servi notamment au montage d’un dossier de congé de maternité régulièrement soumis par la magistrate à ses patrons. Il demeure constant, que l’enfant de Nkoteng, n’a rien de commun avec l’enfant de Vanessa Tchatchou. Au delà du fait qu’il s’agissait d’un bébé de sexe masculin à Nkoteng, il est bon de signaler que les deux jeunes mis en cause dans cette manipulation, sont originaires de la région du Nord-ouest comme la magistrate et n’ont aucune attache dans la localité de Nkoteng. Il demeure patent, incontestable, vérifiable, que les deux jeunes gens mis en cause, ne connaissaient pas Vanessa Tchatchou, ne l’avaient jamais vu auparavant, ne s’étaient jamais entretenus avec elle. Lors de la première confrontation à la police judiciaire, il était clair pour toutes les parties présentes, que les jeunes gens étaient maladroitement instrumentés pour les besoins de la cause: aider les trafiquants à couvrir le vol du bébé de Vanessa en acceptant le rôle criminel d’enlèvement de l’enfant. Au cours de cette confrontation, Vanessa a posé l’ultime question de preuve aux supposés voleurs: « Comment avez-vous reconnu mon bébé dans la couveuse au milieu des autres bébés »? C’était le clou, et la séance a été promptement levée. Il faut ensuite révélé, que contrairement à ce qui est dit et soutenu officiellement, le bébé de Vanessa était viable. D’ailleurs, l’enfant a été vêtu avec des habits fournis par la famille. Or lorsqu’un bébé est prématuré, on ne l’habille pas, jamais. Les trafiquants sont donc partis avec le bébé normalement habillé. L’infirmière Ndé Mba, sait où et comment est parti le bébé, idem pour l’infirmière Monique, et certainement pour le Directeur de l’hôpital qui ne pouvait ignorer longtemps le manège, et qui ensuite n’a pas hésité à proposer une compensation pécuniaire à la famille. En tout état de cause, huit mois après le vol du bébé de Vanessa Tchatchou, le silence de certains, les embarras au plus haut niveau de l’état et de la république, la mobilisation de la société civile et l’impunité de quelques personnalités impliquées directement ou indirectement à différentes étapes, a installé un sentiment légitime d’affaire d’Etat dans la société camerounaise. L’affaire a révélé, l’existence d’un vaste réseau de trafic d’êtres humains et spécialement des nouveau-nés dans le pays.

L’affaire Vanessa Tchatchou a par ailleurs mis en exergue, les travers d’une société où les pauvres sont corvéables à merci, brimés aisément, tenus hors de toute jouissance effective de leurs droits élémentaires, condamnables facilement, marginalisés. Des gens riches, des hauts cadres puissants, des grands commis de l’Etat, peuvent enlever les enfants des pauvres et les confisquer en bénéficiant de la compréhension explicite des plus hautes instances dont ils sont par ailleurs les tenants et les commandeurs. La Commission indépendante contre la corruption et la discrimination, réitère son appel au Gouvernement camerounais, pour, qu’au-delà de toutes les élucubrations politiques, administratives et judiciaires, il facilite le retour à Vanessa Tchatchou de son bébé. La Commission regrette que des individus sans foi ni loi, congénitalement indigents et de petite vertu, s’amusent à brocarder des injures et des mensonges de toute nature, contre une orpheline qui vit un drame insoutenable sous tous les angles de considération. La Commission, rappelle, que ses actions se poursuivront en synergie avec toutes les bonnes volontés, toutes les instances civiles et administratives, nationales et internationales, pour cette cause des plus nobles. Ceux qui rêvent d’une lassitude avec le temps, devraient se résoudre à subir une lutte longue et éternelle jusqu’à la restitution du bébé.
La Commission rappelle, que ses actions restent encadrées par les lois et règlements en vigueur, par le recours à la force morale de chaque citoyen concerné et engagé pour la manifestation de la vérité, et le triomphe de la justice. Cette option ne tient ni à la coloration raciale, ni à la détermination ethnique, ni à la fortune matérielle, ni à la chapelle spirituelle. Notre conviction en conséquence, fonde sa raison principale sur la croyance en une société dégagée des préjugées, et vouée de façon inéluctable, à l’élimination de tous les actes de discrimination et de corruption grâce au seul éveil des citoyens de bonne foi. La Commission n’est pas seulement aux côtés de Vanessa Tchatchou, elle est aux côtés de toutes les autres Vanessa que le grand public ignore, qui n’ont pas le courage et la témérité pour résister et se faire connaître, qui vivent leur drame dans la nuit de l’ignorance, de la peur, de la honte et de l’intimidation. Au nom de cette vérité, de cette justice et de cette dignité humaine élémentaire, rendez à Vanessa Tchatchou et à toutes les autres Vanessa, leur bébé et leur statut effectif de mère et de maman.

Vanessa Tchatchou
www.cameroun24.net)/n


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