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Cameroun: Comprendre l’ajustement du budget 2010

Une analyse de l’ordonnance permet d’avoir un aperçu des choix de l’Etat

La faiblesse de la productivité indexée
Les dirigeants camerounais ont finalement consenti à modifier la structure du budget 2010. Un budget que de nombreux experts avaient jugé irréalisable. Depuis le mois de mai, plusieurs indices sérieux faisaient état de fortes diminutions enregistrées dans les quotas budgétaires des administrations publiques pour le compte du 3è trimestre de l’année en cours, sur ordre du ministère des Finances. Le ministre Essimi Menye des Finances a fait savoir que les prévisions de baisses de recettes étaient la preuve et la conséquence d’un fléchissement de l’activité économique au Cameroun. Il a davantage insisté sur la baisse des recettes issues de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) comme élément essentiel du déficit envisagé des recettes publiques. Au total, on relève que les prévisions globales de recettes en moins pour l’Etat sont fixées à 152 milliards de FCFA. La part de la TVA dans ce manque à gagner ne représente que 33 milliards de FCF. Une grosse partie du déficit est le fait des prévisions de diminution du remboursement des avances consenties par l’Etat (98 milliards de FCFA), et des dons spéciaux de la coopération internationale (21 milliards de FCFA). La faiblesse de la production de l’économie camerounaise ne peut donc être la principale raison de la baisse des recettes. [i Même s’il y avait baisse de la production, cela n’est pas un facteur nouveau, l’Etat dans la loi des finances 2010 en avait conscience et avait même prévu un ralentissement de l’activité des sociétés non pétrolières, puisque les prévisions d’impôts sur le bénéfice de ces acteurs économiques avait été revu à la baisse (191, 73 milliards de FCFA en 2010, contre 215 milliards de FCFA en 2009). Le ministre Essimi Menye ne devrait pas selon certains observateurs indiquer le fléchissement de l’activité économique comme principale cause du déficit budgétaire actuelle. Par contre les avances consenties qui sont constitués des disponibilités que l’Etat affectés à des organismes au titre d’avance de trésoreries et autres, constituent la plus grosse part du déficit des recettes publiques constatées par l’ordonnance d’ajustement budgétaire. Ce qui signifie que des organismes publics et parapublics pour la plus part sont entrés en possession de sommes d’argent qu’elles devaient restituer à échéance, et elles ne l’ont pas fait suffisamment à temps.

La mauvaise gestion cause du déficit de recettes?
L’hypothèse semble plus proche de la réalité des chiffres et du choix technique de la modification de la loi des finances 2010. Le gouvernement a décidé de procéder à de profondes restrictions budgétaires pour les missions, les primes et indemnités diverses, le carburant et le matériel de bureau, indiquait-on déjà dans les services financiers de certains organismes publics depuis le mois de juin dernier. Une information confirmée par les coupes effectuées sur le budget de ces organismes dans le cadre de l’ajustement. Près de 241 milliards de FCFA ont ainsi été retranchés du budget de ces organismes, dont 140 milliards de coupe sur l’ensemble du budget d’investissement et 100 milliards de FCA sur le budget de fonctionnement. D’un autre côté il se dit aussi, que le gouvernement n’a pas eu d’autre choix que d’effectuer cet ajustement. Les administrateurs du Fonds monétaire international (FMI), dans un communiqué publié au lendemain de leur conseil d’administration tenu le 14 juin dernier s’étaient déclarés préoccupés par les faiblesses de gestion des finances publiques au vu de l’augmentation des obligations de paiement non réglées et du recours à la Société nationale des hydrocarbures pour financer les opérations de dépenses. Le FMI invitait ainsi le gouvernement à renforcer la gestion des dépenses et de la trésorerie, afin de préserver la stabilité budgétaire et financière, de veiller à l’efficience des dépenses publiques et de renforcer la transparence budgétaire. Le gouvernement camerounais qui s’est fixé pour ambition de réaliser un certain nombre d’objectifs a dû jouer sur un tableau très serré. Mais de toute évidence le président de la République semble avoir voulu reprendre le contrôle des finances publiques.


Des mesures d’accompagnement devront suivre
Les situations qui ont conduit à l’ajustement budgétaire risque de ne pas trouver de solution à moyen terme. Le ministre des Finances n’a pas indiqué des mesures d’accompagnement qui aideront à réduire le déficit de production dont souffre le Cameroun et qui empêchent une mobilisation conséquente de l’épargne nationale. Au niveau national, malgré une volonté affiché par le gouvernement, la relance de la production nationale reste une préoccupation sérieuse. Un guichet unique de création d’entreprise a été ouvert. Mais à côté il n’y a aucune mesure d’accompagnement. Insuffisance de Banque purement commerciale, de banques spécialisées aux financements des Petits et moyennes entreprises et surtout absence de banque agricole. Le vice premier ministre Jean Kuete de l’Agriculture avait annoncé la création prochaine d’une banque agricole. C’était au mois de juin 2009, jusqu’ici rien. Mais parmi les problèmes les plus graves dont souffre le cameroun, figure en bonne place une main d’ uvre qualifiée. Le Gicam dans une récente communication a invité les autorités à mettre un accent particulier sur la formation appropriée des jeunes. Un exemple clair de cette situation, Camair Co a décidé de se lancer avec près de 80 pilotes. 60 d’entre eux risquent d’être des expatriés. Une solution à ces différents problèmes aurait été de faire appel à la diaspora camerounaise. Mais les politiques craignent trop cette masse parfois incontrôlable et surtout imprégnée fortement des régimes libéraux occidentaux.

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