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Cameroun: Cyrille Masso, producteur et réalisateur indépendant

«En tant qu’opérateur culturel, je dois savoir combien de projets le compte spécial d’affectation à la politique culturelle finance pour faire mon business plan»

Qui est Cyrille Masso et que fait-il exactement?
Oui je suis Cyrille Masso, j’ai 38 ans, je suis producteur réalisateur indépendant. J’ai une société de production nommée Malo Pictures qui existe depuis 1999. Nous sommes pionniers dans le domaine de la production indépendante au Cameroun. Nous sommes partis d’un constat c’est que beaucoup des structures qui existaient en dehors de la télévision nationale ne produisaient que leurs propres projets. Donc il n’y avait personne pour permettre aux jeunes cinéastes de rêver, accompagner les projets des jeunes. Fort de ce constat et après avoir eu la chance de me former à l’extérieur du pays où j’ai compris le fonctionnement d’un certain nombre de mécanisme de fonctionnement, j’avais donc eu le choix entre rester à l’étranger et de travailler sur mes propres projets et revenir au Cameroun partager cette expérience avec les jeunes et les plus jeunes. Evidemment c’est le second choix que j’ai fait en revenant m’installer à Yaoundé, d’ouvrir une société de production indépendante qui allait accompagner les projets des jeunes. Et c’est comme ça qu’on a commencé dans le domaine du documentaire et je peux prendre comme ça l’exemple du premier projet produit dans notre structure de production, c’est Au-delà de la peine de la réalisatrice Osvlade Lewat. On a fait cette production là sur le plus vieux prisonnier camerounais et par la suite on a enchaîné par des coproductions avec des européens, des asiatiques et même des africains pour pouvoir produire des programmes et c’est comme cela qu’on a commencé à grandir. On a produit pas mal déjà de documentaires, de courts-métrages, des séries, des téléfilms, on a produit il y a six ans un long-métrage de fiction qui a eu le prix spécial du jury au FESPACO en 2007 et d’autres distinctions. Donc voilà en quelque sorte la structure et l’homme.

Et qu’est-ce que ça vous fait d’avoir été le parrain du FIFMI de Ngaoundéré qui s’est déroulé du 8 au 12 janvier 2011?
Je pense que c’est quelque chose qui ne tombe pas du ciel. On sait que c’est le résultat d’un long travail. Ce sont en fait les jeunes qui nous renvoient l’ascenseur parce qu’on a eu le temps de leur prêter une ouïe attentive et parce que parfois ils n’avaient pas d’interlocuteurs ou des gens qui les aidaient à arriver, je pense que si les jeunes croient aujourd’hui à ce que nous faisons, à ce que nous sommes, je pense que c’est tout à fait légitime. Pour nous, ça ne fait que nous réconforter que nous avons opté pour la bonne option il y a douze ans.

Parlant justement de votre formation, quel est le cursus que vous avez suivi?
Moi je suis d’une double casquette, je me reconnais de deux formations parce que vous savez au Cameroun il n’y a pas d’école de cinéma. Je suis passé par le centre de formation de la télévision, à l’époque c’était le CFP et moi j’ai malheureusement ou heureusement eu la chance de rencontrer un directeur qui avait décelé en moi un certain nombre de facultés et qui m’avait admis dans une formation intensive. Par la suite, il s’avère que j’avais des prédispositions cinématographiques et je ne vais pas l’oublier, il y a un ingénieur du son belge, André Booksman, qui m’a dit «écoute tu as des prédispositions cinématographiques» et c’est comme ça que j’ai commencé.

Alors vous commencez comme artiste ou directement comme réalisateur?
Non, comme je l’ai dit, j’ai fait une formation polyvalente, c’est-à-dire une formation audiovisuelle classique. Donc je suis passé par là et j’ai fait mes premiers pas à la télévision parce qu’à l’époque il n’y avait pas autre chose que faire de la télévision pour réaliser une émission, j’étais assistant sur les plateaux des séries, des émissions télé, du journal. En fait je me suis moulé à la télévision, mais ayant une option artistique, je savais que je n’avais pas ma place à la télévision réellement. A l’époque, il y a le directeur des programmes de l’époque Daouda Mouchangou qui m’avait dit «écoute tu n’as pas ta place à la télévision, il serait mieux que tu cherches à travailler avec un cinéaste réellement par rapport à ce que tu aspires» et c’est comme ça que je me suis inscrit et j’ai fait ce qu’on appelle aujourd’hui enseignement à distance. Nous on appelait ça des cours par correspondance. Je me suis inscrit au conservatoire libre du cinéma français, je me suis inscrit à EDUCATEL et j’ai fait comme ça des doubles formations. Par la suite, on a lancé le concours à l’institut des métiers et de l’image de Paris. J’ai eu une bourse parce que c’était la première fois qu’on ouvre les portes aux africains et j’ai eu la chance d’être parmi les premiers et c’était le déclic. Après, j’ai fait X formations dans le domaine de la production parce qu’en terme de réalisation des créations, ça allait mais il fallait maintenant que je fasse une formation en tant que producteur pour pouvoir accompagner les projets des autres et je pense qu’un accent a été mis et je dis toujours merci à certaines structures consulaires ici qui m’ont donné cette chance-là de bénéficier des bourses. Aujourd’hui je continue de me former parce qu’à l’époque, on était dans l’analogie, les moyens de production évoluent et si on ne s’arrime pas, on est en décalage et en déphasage.

Producteur et réalisateur indépendant
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Est-ce qu’on peut avoir votre opinion personnelle sur le rôle de l’état dans le financement de la culture en général et du cinéma en particulier?
Je pense que c’est un peu une question embarrassante pour moi. Parce que parfois je me pose la vraie question. Existe-t-il une réelle politique culturelle au Cameroun?

Et face à cette question qu’est-ce que vous répondez?
Quand vous arrivez au ministère de la culture, on vous dit qu’il y a une politique culturelle qui est mise en place et certain même t’envoie de petites piques en disant «tu es de ceux qui ont bénéficié des fruits de cette politique culturelle!». Ce que je ne refuse pas puisque comme on dit, je ne peux pas cracher dans un plat dans lequel j’ai mangé. Mais à un moment, je dis, je ne dois pas être seul. Pourquoi les autres n’en bénéficient pas? Pourquoi il n’y a pas un mécanisme clair pour que tout le monde qu’il soit au nord, au sud, à l’est ou à l’ouest du Cameroun puisse bénéficier de manière objective et transparente? On parle d’un compte spécial d’affectation à la politique culturelle, mais quand est-ce que les membres de ce compte siègent? Combien de projets sont financés chaque année? Combien de projets ont déjà été réalisés et soutenus? On ne sait pas, seuls les responsables du ministère de la culture le savent. Moi en tant qu’opérateur culturel, je dois le savoir pour faire comme on dit, un business plan, c’est-à-dire un plan d’affaire qui me permettra de dire si j’encadre par exemple trois jeunes en une année, qu’est-ce que je peux obtenir? Est-ce que je peux obtenir un certain nombre de facilités? Est-ce que je peux créer de l’emploi? Voilà autant de questions que je me pose. Mais la réponse, jusqu’aujourd’hui je ne l’ai pas encore. Elle est au niveau des autorités, mais nous en tant qu’opérateurs, on n’a pas encore cette réponse sur la politique culturelle réelle et aujourd’hui, quand on voit ce qui se passe dans les pays voisins, on se pose la question de savoir pourquoi ça marche là-bas et pas chez nous? Nous sommes en 2011 et pourquoi voulez-vous savoir aujourd’hui pourquoi aujourd’hui un jeune qui veut faire un film ne sait pas où mettre la tête? Ce n’est pourtant pas de l’argent qui manque.

Donc pour vous c’est une question de volonté politique?
Au niveau des pouvoirs publics, il faut revoir la structure. Telle qu’elle est organisée, elle ne fonctionne pas. Peut-être qu’elle a été bien pensée mais au niveau du fonctionnement ou de la mise en application, ça ne fonctionne pas. Les opérateurs de tous bords ne se reconnaissent pas dedans. C’est vrai qu’il y a peut-être certains qui en bénéficient, mais comme on dit, la majorité ne se reconnait pas. Il y a aussi qu’au niveau des opérateurs culturels, eux-mêmes, ils doivent se mettre ensemble afin de se regrouper en pour créer un groupe de pression. Il est temps de mettre un groupe de pression au niveau de l’administration pour que les dirigeants comprennent qu’il est de leur devoir de pouvoir mettre en place des structures qui devraient réellement soutenir la production. Parce que si ces productions ne sont pas soutenues, elles sont vouées à l’échec. Pour le bien-être de la profession et pour le bien être même du ministère de la culture, il faut que ces deux synergies convergent vers une production en quantité et en qualité. Et c’est le Cameroun qui gagne.

Votre dernier mot?
J’ai un souhait c’est que les médias doivent davantage être présents au niveau des évènements culturels parce qu’on a l’impression qu’ils ne viennent que quand il y a de gros sponsors. Pourtant il faut aussi que les médias accompagnent les opérateurs économiques à leurs débuts. Comme on dit, si c’est une question de gombo, ce n’est pas tout le monde qui a le gombo. Dans le cadre de ce Festival, les médias m’ont déçu parce que je ne comprends pas qu’il y ait des correspondants des chaînes de télévision, qu’il y ait plein de journaux et que les journalistes eux-mêmes ne soient pas présents alors même qu’ils ont été invités. On peut s’étonner parce qu’il n’y a pas d’évènement culturel de cette envergure dans l’Adamaoua, parce qu’on a eu des festivaliers qui sont venus un peu de partout dans le monde entier, ce n’est pas une affaire de camerounais seulement, c’est une histoire mondiale. Il y a de la matière vraiment à exploiter au lieu d’aller filmer les tartempions, excusez-moi du terme, la culture doit retrouver sa place, elle doit rentrer dans les priorités de développement de notre pays.

Cyrille Masso
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