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Cameroun: dans mon pays, on ne manifeste que pour Dieu et celui d’Etoudi

Par Abdelaziz Mounde

Si vous voulez marcher au Cameroun, il vaut mieux ne pas être du Sdf, de l’Udc, du Mrc ou s’appeler Mboua Massock, Anicet Ekane ou Kah Walla. On vous suivra avec un camion anti-émeutes acquis avec notre argent et les gendarmes payés par le contribuable vous embaumeront de gaz fourni dans le cadre de la coopération policière France-Cameroun et les policiers vous aspergeront d’une eau qui vous démangera, à un tel point que gratter et gratter encore, vous arrachera la peau.

Pour finir, on vous bastonnera tel un esclave à Mbimbia, comme on l’avait fait pour Samuel Eboua, dans ces humiliations qui n’émeuvent personne, au pays où depuis 34 ans, on nous bassine avec la biographie biblique du président.

Au Cameroun, si vous avez un projet de réunion ou de manifestation, il vaut mieux ne pas s’appeler Nitcheu, Bikoko, Elimbi Lobe, traduisez de  » dangereux opposants «  qui menacent non pas la stabilité – triste baliverne – mais le sacro-saint pouvoir de M. Biya, dont on voit bien, depuis quelques jours, qu’on veut nous imposer le règne à vie.

On ne marche pas quand toutes les autorités administratives ont leur carte du parti de Jacques Fame Ndongo et viennent d’avoir des voitures, » dons  » du président…dans une République.

Pour marcher, en paix, chantant au tarif habituel débloqué sur fonds de l’État et des caisses du Rdpc, il faut être du bon côté, dérouler des banderoles sur des mensonges d’Etat, des plans sans efficacité prouvée, toutes ces choses qui divisent les Camerounais, dont ils préfèrent différer ou voiler la discussion, en s’étripant sur les débats ivoiriens et l’album pornographique Eto’o-Koah, et d’autres sujets aux mille commentaires.

Les Camerounais ne s’insurgeront jamais contre ces graves entorses à la cohésion sociale et nationale. Au contraire, pas en mesure de renvoyer le président à ses contradictions, ils s’acharneront, en serviteurs volontaires, sur ceux qui se sacrifient dans l’opposition et l’action citoyenne.

Et ces jeunes, payés 2000 la matinée, se retrouveront sur des bend-skin et derrière des comptoirs de call-box, enivres par des hectolitres de bière et étourdis par des chansons piquantes.

Alors, à la place des plans d’urgence, ils finiront aux urgences des hôpitaux sans les 2.000 F Cfa de leur tendre jeunesse, qu’exigera effrontément l’infirmière aussi cynique, désabusée que pimpante. Pim pom, il nous faut des pompiers !


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