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Cameroun: Dans un quartier plaqué gay à Yaoundé

À Mvog Atangana Mballa, il est plus facile de trouver «un partenaire du même sexe» que de localiser la résidence du chef de quartier. Les autorités administratives compétentes et les forces de l’ordre

Étonnante célébration ce soir du 13 juillet 2013. Il y a exactement 35 ans, André Fouda Anaba, premier délégué du gouvernement auprès de la commune urbaine de Yaoundé -un super maire en fait-, avait cassé le « Parlement » au quartier Mvog Atangana Mballa de la capitale camerounaise. Cette buvette était, selon Sa Majesté Léopold Mballa Ze, chef de bloc 3, « un haut lieu d’ambiance d’abord et de criminalité ensuite». Au même endroit ce soir du 13 juillet, une société brassicole entretient le gala des variétés. Aujourd’hui, c’est le ton « classe » qui prévaut. Un transfuge des Têtes Brûlées ravit le public d’anciens succès musicaux et de créations plus contemporaines. « Ça bouge ! » au « Parlement » auréolé d’un sérieux lifting de circonstance. Fameuse idée du patron, cette célébration est une institution à Mvog Atangana Mballa. Elle est construite sur une triple exigence : unicité, exclusivité et défi. « Un tel événement ne se déroule nulle part ailleurs. C’est une fête des Mvog Atangana Mballa qui ont refusé de voir le parlement cassé par André Fouda », se félicite Abama (surnom) le patron. Une bonne dose de dynamisme assortie d’une publicité brillante pour réussir à rassembler ici près de 500 personnes, composées entre autres de prostitués, pickpockets, gens de haute classe, voitures rutilantes, vendeuses d’Odontol (whisky traditionnel). En ce soir du 13 Juillet 2013, les rues de Mvog Atangana Mballa sont devenues un vivier cosmopolite où le profil de natif devient indécelable.

Sexe
Paradis artificiel, Mvog Atangana Mballa ? Peut-être. En tout cas, c’est un « quartier heureux ». On ne tolère ici que les bons viveurs. La mort n’est pas à l’ordre du jour. « On ne meurt pas aux jeux de hasard », fait-on croire aux proies des machines à sous. A Mvog Atangana Mballa, on n’a rien contre les gens qui ont le goût de la fête grandiose et les moyens de l’offrir. Abama est de ceux-là. Dans le foisonnement des anecdotes, il se dit que c’est un self made man. Il est parti de la gérance d’un petit hôtel à Douala, pour construire une auberge ici. Abama joueur de génie aux gadgets coûteux, longiligne et efféminé, est bien connu dans un rayon respectable. Ses facéties font, dit-on, les délices du public masculin. Pour la façade, il offre une buvette, vulgairement appelée Bar. Et pourtant derrière, il y a une auberge de vingt-cinq (25) chambres. Signe de la décadence des m urs, cet espace ouvre ses portes à tout public dès 19 heures. Faites vos prix ! Ils vont de 5 000 F CFA pour la chambre la plus modeste à 15 000 F CFA la plus luxueuse. « On affiche complet chaque nuit », s’enorgueillit un réceptionniste. L’observation la plus superficielle suffit pour comprendre que le local sert à d’autres fins. Dès le couloir, une image d’un couple gay encombre le mur gauche. La vocation tout entière des chambres est contenue dans cette image. Tout est dit : des fantasmes et du sadisme. Une scène presque banale s’invite à l’euphorie de la fête. Un jeune de la trentaine a dû trop prendre d’alcool. Il se laisse cueillir par des hommes, sans ébauche de résistance. « C’est toujours comme ça ici, mais, bon. ça ne nous concerne pas », murmure tout bas Caroline, tenancière de call-box. A Mvog Atangana Mballa, toute progression des garçons est suivie. « Même lorsque que vous téléphonez, on suit et on vous écoute », indique Caroline. « Souvent, des voitures banalisées mais puissantes sont mises à contribution. C’est que les jeunes hommes sont parfois enlevés et violés par des gros bonnets tapis dans l’ombre ». Ainsi, le réseau est efficace. Terriblement efficace. Évidemment, il y a toujours de la « bonne chair » dans la rue. Le tout est de savoir comment se définit celle-ci. « A son allure, bien sûr ! Surtout quand vous avez bu », mentionne Idriss Kenmoe, vigile. Selon Abama, « pour se faire reconnaître, il ne faut pas rompre avec l’harmonie gay : cheveux longs, sacs à dos, hippies cool. Bon, on les ramasse vite fait, bien fait, et on les ramène là-bas ». Sans aucune direction précise.

On le comprend : Mvog Atangana Mballa, c’est le terreau des homosexuels. Pour les structures, c’est un modèle grandeur nature de ce qui se passe ailleurs. Avec de-ci, de-là, quelques variantes qui permettent d’affirmer son originalité. Dans les chambres, par exemple, pour des liaisons internes, facteur essentiel de sécurité, chaque « couple » est équipé d’un talkie-walkie personnel relié à la réception, il électronique, portes blindées, caméras… Système évidemment coûteux, mais la fin justifie les moyens. De toutes les façons, on évite d’en faire publicité. Un véritable accord tacite passé entre la chaîne homo et le voisinage garantit l’image sans tache que le promoteur veut présenter. De fait, Mvog Atangana Mballa jouit auprès de la « jet set » d’une véritable cote d’amour. Pour Abama, « ici, on peut faire le truc étant sûr de ne pas figurer dans la rubrique faits divers le lendemain». Jadis, les gens de la haute classe venaient ici pour étaler leur argent dans les machines à sous. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On est loin de la période où ces choses les attiraient. Actuellement, « les recettes des jeux sont dérisoires ». Les temps ont changé et les jeux de hasard masquent l’homosexualité, le marché du sexe. A des prix pareils, le marché offre toute la gamme d’hommes. Les plus beaux voisinent avec les moins beaux. La clientèle de luxe est même extensible. Cela tient à l’abondance de ce qu’on appelle ici d’une jolie formule : les puceaux. « De plus en plus, les jeunes hommes se plantent ici devant moi, à l’attente d’autres hommes plus riches. Pour les expatriés, ils sont aussi nombreux », ajoute-t-elle. Ils ont entre 45 et 60 ans ». Un boom contrôlé par une police tatillonne. En tout cas, il y a toujours une manière de s’arranger. Par exemple, gonfler artificiellement le montant d’une « prestation » pour « voir les chefs après ». Pour simplifier le tout, « les flics viennent souvent ici en fin de semaine », confie une réceptionniste. Tout est dit, surtout que à quelques pas de là, se vend un spiritueux complexe et au fort titrage alcoolique : l’odontol. Le liquide prospère dans le quartier. Il est même devenu une marque prioritaire. Et les flics en raffolent. Pour les « couples d’à-côté », les vendeuses développent une recette spécifique de cette liqueur en lançant la version « pétrole » exclusivement réservée aux gosiers délicats. « Moi, je vends mon vin », déclare Suzanne Ndzima. Et de poursuivre : « les homos hommes et femmes viennent ici. Ils disent que le « pétrole » leur donne de l’énergie». « Le pétrole », une variété d’odontol obtenue par un habile mélange de menthe et d’alcool traditionnel, bat les records des ventes. « 30 litres vendus presque tous les soirs », exulte Suzanne Ndzima.

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