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Cameroun: Des associations contre la célébration du cinquantenaire par la France

Elles considèrent la commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines par la France comme un acte de provocation

La célébration des cinquantenaires par la France est inappropriée
Quatre formations politiques, le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Mamidem), l’Alliance des Forces Progressistes (Afp), l’Union des populations du Cameroun (UPC) et le Parti de la Renaissance Nationale (Parena); deux associations, l’Association de défense des droits des étudiants du Cameroun (Addec) et Cameroun O!Bosso (mouvement de mobilisation des électeurs pour des élections démocratiques et sans violences) et le syndicat CGT-Liberté, ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont clairement fait part de leur critique de la commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines par la France. La prise en main par la France de l’organisation des commémorations du cinquantenaire des anciennes colonies françaises est une provocation, ont déclaré ces associations au cours de la conférence de presse. Cette prise en main n’est pas seulement un acte de paternalisme intolérable mais également une tentative de perpétuer l’aliénation des masses camerounaises et africaines, ont-elles ajouté. Pour ces organisations, il est inapproprié que la France célèbre la liberté de l’esclave qu’il tient encore enchaîné.

L’ambassade de France minimise
La conférence de presse a eu lieu le jour même où se célébrait le 62ème anniversaire de l’UPC, l’un des premiers partis nationalistes du Cameroun, dont le noyau dur continue d’affirmer que le Cameroun n’a pas encore acquis son indépendance. De concert avec les autres associations, ils ont annoncé la création d’un organe de discussion sur les enjeux de la célébration du cinquantenaire, le Conseil patriotique du cinquantenaire (CPC). A l’ambassade de France au Cameroun, on minimise ouvertement la portée d’une telle déclaration. Ces critiques font partie des fantasmes habituels sur la Françafrique, aurait affirmé à l’Afp un responsable de l’ambassade de France au Cameroun. Pour le président Sarkozy, le cinquantenaire des indépendances serait une bonne occasion pour s’interroger sur les relations entre la France et l’Afrique noire. Du déjà entendu pour certains car de tous les présidents français, il est celui qui a proclamé haut et fort sa volonté de rompre. Mais cette rupture s’est souvent traduite par des discours qui variaient d’un pays à l’autre ou encore d’un intérêt à l’autre.

Pour la France l’occasion d’un souvenir sans arrière-pensée
Devant de nombreux ambassadeurs de pays anciennes colonies françaises d’Afrique, Jacques Toubon et actuel président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, chargé de coordonner ces célébrations en France, a présenté jeudi 1er avril dernier à Paris, le cinquantenaire des indépendances comme un moment de mémoire et de renouvellement. L’ancien ministre a confirmé que des troupes des quatorze pays d’Afrique de l’ouest et centrale concernés défileraient sur les Champs-Élysées le 14 juillet. Il a aussi mis l’accent sur la dimension pédagogique qu’il entend donner au cinquantenaire. L’occasion selon lui d’enseigner aux jeunes générations l’histoire de la relation France-Afrique sans aucun à priori positif ou négatif. Difficile d’aborder l’histoire de la France et de ses anciennes colonies sans à priori. De nombreuses déclarations d’hommes politiques ou d’affaires français l’illustrent bien. Faut-il encore investir en Afrique? Bien sûr ! Nous ne sommes pas des sociétés de bienfaisance. Si nous ne trouvions pas notre compte en Afrique, nous n’y serions plus. D’ailleurs, les grands groupes sont toujours présents sur ce continent. Déclarait Jean-Louis Castelnau, alors Président délégué du Conseil français des investisseurs en Afrique.

Difficile de ne pas voir une surexploitation de la France
De fait, les observateurs trouvent légitimes les critiques soulevées plus haut par l’UPC, le Manidem et autres. Le discours dominant laisse aujourd’hui penser que les entreprises françaises perdent du terrain au Cameroun au profit de la concurrence américaine, chinoise ou turque. Dans une de ses éditions de février 2006, Le Monde Diplomatique titrait à ce propos et concernant l’Afrique en général, que L’Afrique n’est plus l’eldorado des entreprises françaises. Mais dans la réalité, les chiffres du commerce extérieur français ne constituent pas à eux seuls une mesure crédible de l’importance de l’Afrique pour les entreprises françaises. Ils ne rendent pas compte des mécanismes lucratifs sans lesquels on n’a qu’une vision partielle de la situation. Les Accords de coopération économique, monétaire et fiscale qui sont presque inchangés depuis 1958 accordent toujours à la France de nombreux avantages au Cameroun. Lors des privatisations, plusieurs de ces entreprises ont racheté pour presque rien les entreprises publiques et se font aujourd’hui d’énormes bénéfices. On peut enfin s’étonner que, concernant le pétrole du golfe de Guinée, seuls 20% de royalties soient versées aux pays propriétaires, contre 50% dans le golfe d’Arabie. D’un autre côté, les investissements français portent sur des services, les exportations, les chemins de fer, les télécommunications et l’énergie. L’agriculture qui constitue 80% du secteur d’activité bénéficie des subventions de l’Agence Française de Développement sous forme de prêts remboursables à fort taux.


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