Société › Société

Cameroun: des banques de céréales pour lutter contre l’insécurité alimentaire

L’initiative du Relufa consiste à stocker des céréales durant les récoltes pour les redistribuer aux populations pendant la pénurie

Le Réseau de lutte contre la faim au Cameroun (Relufa) poursuit ses actions de lutte contre l’insécurité alimentaire dans la région de l’Extrême-Nord. Depuis 2006, cette organisation de la société civile met progressivement en place un système de banque de céréales dans les départements du Diamaré et du Mayo Tsanaga.

Cette initiative vise «à rendre disponible, à des conditions humaines, ce qui est indispensable pour l’alimentation quotidienne à court et à long terme ; équiper les communautés afin qu’elles puissent elles-mêmes conduire un programme visant à améliorer leur conditions de vie ; fédérer les différents groupements, et en faire des unions fortes de plaidoyer pour plus d’investissement de l’Etat dans l’agriculture et le soutien des initiatives paysannes», indique Sandrine Kouba, responsable dudit programme au sein du Relufa.

Il s’agit de construire des greniers communautaires dans des villages où sont stockés et conservés une partie des céréales récoltées. Pendant les périodes de pénurie, les propriétaires des champs peuvent emprunter des quantités qu’ils remboursent pendant les récoltes suivantes, en ajoutant un «petit interêt».

Le Relufa a déjà construit 46 greniers communautaires, 29 locaux de stockage, notamment dans les villages de Mbozo Kae et Momboi. Le Réseau a par ailleurs déjà mis 2778 sacs de 100 Kg de céréales à la disposition des foyers. «Il est considéré qu’un sac de 100 Kg peut nourrir une famille de six personnes pendant un mois. L’ouverture de la banque de céréales s’opère pour combler le mois où la nourriture se fait rare (Août) jusqu’au début de la période de récolte en octobre. Les villageois remboursent leurs emprunts en stockant dans le grenier les premiers produits de leurs récoltes entre octobre-décembre, pour le sorgho de saison de pluie, et février-avril pour le mil de contre-saison», explique le Relufa.

Une région exposée à l’insécurité alimentaire
La région de l’Extrême-Nord est, selon le Programme national de sécurité alimentaire (PNSA), qui dépend du ministère en charge de l’Agriculture, la région la plus exposée à l’insécurité alimentaire. En septembre 2015, l’organisme fixait à 35,5% le pourcentage de la population touché par ce phénomène.

Les fortes pluviométries (à l’origine des inondations), la sécheresse et l’infertilité des sols sont les facteurs qui favorisent cette situation. A cela s’ajoute la crise sécuritaire causée par la secte islamiste Boko Haram, laquelle a provoqué un afflux de réfugiés nigérians et de déplacés internes. L’on compte à ce jour, près de 66 000 réfugiés et 150 000 déplacés dans l’Extrême-Nord.

Dans un rapport intitulé «Evaluation de la sécurité alimentaire dans les régions de l’Est, Adamaoua, Nord et Extrême-Nord», le PNSA revèle que la région de l’Extrême-Nord avait une population chiffrée à 3 993 007 habitants, dont 202 544 victimes d’une insécurité alimentaire sévère et 1 215 263 la vivant de manière modérée. Ce qui porte à 35,5% le fraction de la population affectée à cette période contre 17, 4% dans l’Adamaoua, 9,3% dans le Nord et 8% dans la région de l’Est.

Dans les communautés rurales de l’Extrême-Nord, poursuit ledit document, «90% des personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 931 FCFA par jour pour couvrir tous les besoins prioritaires de base». 37,7% des ménages dans cette partie du pays avaient une consommation alimentaire pauvre ou limite.

Impact des greniers communautaires dans les villages bénéficiaires
Le Relufa a récemment évalué les avancées de son Programme. Les résultats ont été présentés à Yaoundé le 18 octobre 2016. La présentation faite par Sandrine Kouba a permis de mettre en exergue l’impact des banques de céréales dans les communautés bénéficiaires notamment, : «la réduction de la faim, la disponibilité de la nourriture pendant les périodes de soudure, l’accroissement des revenus issus de la vente du bétail, l’accroissement du niveau de scolarisation, la réduction des migrations et la protection des populations face à l’afflux des réfugiés et déplacés internes».

«Un autre point important à relever est la disponibilité de la nourriture pour les personnes les plus vulnérables (les personnes âgées, malades, orphelins) de la communauté, c’est-à-dire celles qui n’ont plus la capacité de cultiver pour rembourser. A cet effet, certaines communautés ont expliqué que les intérêts en nature censés faire accroitre le stock d’années en années sont plutôt utilisés pour secourir ces personnes vulnérables», précise le Relufa.

Le grenier communautaire du village de Mbozo-Kae nauguré le 1er juillet 2016 par le Relufa
Droits réservés)/n
À LA UNE
Sondage

Un candidat de l'opposition a-t-il une chance de gagner la présidentielle 2018 au Cameroun?

View Results

Loading ... Loading ...
Retour en haut