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Cameroun : dire «non» au solidarisme communautaire

Charles Mongue Mouyeme

Ce n’est pas le titre d’un ouvrage à paraître (pas encore), mais il s’agit d’un appel à s’opposer à un phénomène qui prend de l’ampleur au Cameroun.

Le solidarisme communautaire risque de conduire notre pays vers une guerre civile dévastatrice. Oui, le « solidarisme communautaire », cette tendance à apporter aveuglément son soutien à un frère (ou une sœur) de la même ethnie que soi, quel que soit la faute, la déviance, le délit ou le crime qu’il a commis, est en train de détruire les actifs résiduels de la morale, de l’amour du prochain et de la lucidité dans notre société.

Dès qu’un individu commet un acte condamnable par la morale sociale et même par la loi, des gens de sa tribu montent au créneau pour lui marquer leur soutien inconditionnel. Chez les adeptes de cette malsaine et sinistre solidarité, le pire acte de perversion ou le pire crime perpétré par un « frère ou une sœur du village », n’en est plus un. « Est-ce qu’il est le premier et le seul à avoir fait ça ? », telle est leur question favorite pour essayer de banaliser la faute, comme si une dérive déjà constatée antérieurement ou commise par d’autres personnes la rendait tolérable et excusable.

Le plus grave dans le solidarisme communautaire, c’est que ses partisans, qui n’ont généralement aucun argument plausible ou convaincant pour justifier le soutien à un « frère » (ou une sœur) qui a porté atteinte à la morale et à la loi, ont recours à la victimisation tribale, estimant que ceux qui dénoncent et condamnent en veulent à leur ethnie. Ils ripostent alors en désignant et exposant des fils des tribus « ennemies » qui se seraient rendus coupables des fautes reprochées au « frère du village ». « Notre frère est un pervers narcissique ? Voici les images du vôtre qui montrent qu’il l’est aussi ». « Notre sœur est-elle une prostituée ? Et la vôtre que voici est quoi ? ».

Le solidarisme communautaire, parce qu’il promeut le déni du caractère impersonnel des lois, conforte l’impunité par la création d’une immunité ethnique, et exacerbe la haine tribale, est une étape décisive vers la guerre civile. Aveuglé par la volonté de s’éterniser, le pouvoir en place semble insensible à ce risque, agissant même souvent, dans une logique machiavélique, comme s’il encourage ce phénomène. Les partis politiques, eux-mêmes généralement bâtis sur un socle communautaire, paraissent s’en accommoder.

C’est aux masses populaires qui sont toujours les plus grandes perdantes lors des guerres civiles, qu’il revient donc de dire « NON AU SOLIDARISME COMMUNAUTAIRE ». Car la malhonnêteté, la cupidité, la perversion, la cruauté, ne sont pas génétiquement transmissibles, pour que ces déviances cessent d’être assumées par les individus qui les commettent, mais plutôt par leurs familles ou leurs tribus.

Attention, il n’est pas question de dissuader qui que ce soit à soutenir un frère ou une sœur dans l’infortune. Il s’agit simplement de rappeler à tous que le meilleur soutien qu’on puisse apporter à un des nôtres en délicatesse avec la morale, c’est de l’aider à laver son honneur à travers la justice lorsqu’il n’est pas coupable, ou à faire amende honorable et purger courageusement la peine que la société a prévu pour la faute commise, dans le cas contraire. Le solidarisme communautaire, malgré son arrogance et ses fausses certitudes, ne lave pas l’honneur, ne rend pas la dignité, et ne ramène pas l’individu sur le droit chemin.


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