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Cameroun: D’une justice indépendante.

Par Mukome Musango

« J’ai confiance dans la justice de mon pays. ». Quand cette phrase est prononcée par un justiciable au Cameroun, c’est qu’il est déjà en danger, en situation probablement difficile et inconfortable, son propos vise en général à encourager sa famille dans l’attente de la prochaine catastrophe, une formule qui pousse les magistrats et pas qu’eux, jusqu’à l’éclat de rire (sous cape, discrétion oblige..), tellement nous savons tous déjà joués, la partie avant la lettre, le verdict avant son prononcé, le droit avant dire droit. On entend d’ici, cachés dans leurs cagibis, le ricanement des greffiers. Une justice aux ordres, un justice indépendante qui n’a d’indépendance que le nom depuis la nuit des temps, l’appareil judiciaire camerounais est instrumentalisé et sert de moyen de rétorsion pour mettre au pas, les hommes politiques récalcitrants et officie comme vecteur de vengeance et règlement de comptes pour ceux qui en connaissent les rouages et les arcanes. Lors de la dernière consultation électorale, des candidats et pour certains, anciens commis de l’Etat qui n’étaient pas sous contrôle des hommes du pouvoir ont subi des menaces précises sur le fait qu’ils seraient poursuivis par le fameux et fumeux oiseau (l’épervier, rappelez-vous). Ils ont dû courir à reculons pour donner des gages et éviter ainsi d’être l’objet de poursuites judiciaires. La fameuse opération dite « Epervier » avec ses relents politiques nauséabonds, en est l’illustration parfaite et la stricte preuve que personne n’est à l’abri d’une lettre de cachet. Si cette opération « Epervier » devait frapper sans détour avec toute la rigueur que demande la gestion des biens de l’Etat, alors, il n’y aurait plus un seul fonctionnaire dans les tours administratives de Yaoundé, mais aussi dans tout le pays, du Planton au Ministre, et ce n’est une surprise pour personne. « Rouleau compresseur » de triste mémoire, le peuple camerounais a fait la preuve par ses silences, qu’il pouvait accepter et être complice de n’importe quoi et de l’ignominie, sans broncher, l’arbitraire et l’inique, l’illégal et l’injuste. La détention administrative, hauts faits de la justice dans les années ’60 ayant officiellement disparu, il ne reste dans les mains des tortionnaires qui veulent sévir, que les délits de droit commun facilement manipulables, accompagnés de formules lapidaires vides de contenu et de sens du genre, « outrage au drapeau, insulte à l’endroit des autorités, refus d’obtempérer, complicité d’utilisation de faux sceaux de l’état et autres fausses signatures, infraction à la réglementation de x ou y », bref le délit de sale gueule qui permet de tenir un individu en respect au fond d’une cellule pourrie, le temps qu’il convient pour le torturer. torturer ça veut dire, recevoir une dérouillées sous la plante des pieds avec une machette, lui faire perdre ses droits de citoyen, le mettre au banc de la société… A plus forte raison s’il a eu durant quelques heures, le devoir de gérer une parcelle même infime du patrimoine de l’Etat.

LA LIBERTE DE LA PRESSE ET SON INDEPENDANCE
A ce prix, tout le monde se fait tout petit et sait se taire dans la sphère microcosmique du paysage politique camerounais, chacun étant prêt à présenter ses plates excuses pour des actes qu’il n’a pas commis et à avouer qu’il est le cousin par alliance du très tristement célèbre Comte de Dracula. Une affaire aura ainsi défrayé la chronique durant trois ans, entraînant dans son sillage l’excellence des exactions qui ont rendu célèbre la chaîne répressive du système qui accompagne la justice camerounaise dans ses errements les plus criards, allant de la mort d’un Directeur de Publication (BIBI NGOTA, de regretté mémoire), à l’emprisonnement de plusieurs journalistes. En 2013, l’affaire rebondit, remise en selle par les autorités judiciaires et au passage, change de nom. D’affaire BIBI NGOTA, elle devient Affaire ETOUNDI OYONO, sur laquelle nous devons nous exprimer avec force détails. Au-delà des aspects judiciaires et politiciens, toute cette procédure judiciaire a remis au passage en cause dans son déroulement, le sacro-saint principe d’indépendance et de liberté de la presse. Car, comment peut-on expliquer que des journalistes soient embastillés et condamnés alors qu’ils n’ont fait qu’exploiter un document et que leur démarche consistait simplement à comprendre, à être édifié par un haut commis de l’Etat à savoir, s’il était à l’origine de la production dudit document. La couverture médiatique de faits quels qu’ils soient, la démarche d’enquête et d’investigation, la protection des sources d’information sont le fil d’Ariane qui constitue le schéma directeur du métier de journaliste et dans la littérature de cette affaire, la justice crée indubitablement la jurisprudence inique et dramatique qui remet en question l’équilibre des pouvoirs dans la cité. Ce faisant, nous assistons à la destruction contre le peuple camerounais, de cette possibilité qu’il lui reste de voir s’activer l’alchimie du quatrième pouvoir, le seul en mesure de leur donner finalement un regard indépendant sur la complicité active qu’impose au peuple au quotidien, le pouvoir exécutif, le judiciaire et le législatif. Lorsque la question a été posée aux protagonistes de cette affaire sur la perception qu’ils ont de cette intrigue, les journalistes ne sont pas en mesure de comprendre la violence avec laquelle ce dossier a été traité par la justice en aval, mais aussi par les services de la DGRE qui ont été les premiers à être saisis pour l’enquête. Désormais terrifiés, ils se cachent, ils se taisent, ils ont peur de parler et ne comprennent pas pour certains, comment dans une affaire aussi simple et banale, ils ont pu être embrigadés dans un tourbillon qui les entraînera jusqu’au décès de leur confrère. Ainsi, serait-il possible que la sérénité, l’indépendance, la liberté de travailler pour un journaliste soient muselées, embastillées, écrasées et assassinées par le simple fait d’un individu, fut-il un haut commis de l’Etat. et que dans cette affaire qui remet en cause leur métier, la corporation des journalistes, la peur au ventre, n’aient eu que quelques contestations et répliques molles, murmurées au coin d’une rue. L’histoire le démontre à loisir. Mais dans cette cause, le pire en matière de procédure judiciaire, est en-cours.

L’AFFAIRE ETOUNDI OYONO
Que recherche-t-on dans cette affaire ? Telle est la vraie question qui nous occupe aujourd’hui. Monsieur ETOUNDI OYONO est poursuivi pour complicité d’usage de signatures, timbres et poinçons contrefaits ou falsifiés. Il y a dans cette affaire, des invraisemblances qui frisent le déni de justice, un tissu de contrevérités historiques, un chapelet d’incongruités avec pour but simple d’incarcérer un homme et de créer une nouvelle jurisprudence. Le parquet qui le met en accusation est surprenant dans sa démarche. Car, comment peut-on expliquer que l’accusé ETOUNDI OYONO ait été lors de la première procédure, témoin à charge pour l’accusation (donc, le parquet), fait aujourd’hui l’objet d’une mise en accusation sans preuve et sans faits nouveaux, avec comme témoin à charge, ceux contre qui il a été amené à témoigner lors de la première procédure ? En fait, lors de la mise en accusation des journalistes, Monsieur ETOUNDI OYONO a dû comparaître comme suspect mais témoignera à charge pour justifier les accusations que formulait le juge d’instruction contre ces derniers. Il ne sera donc pas incriminé, (pour absence de preuve, d’éléments probants, absence de corps du délit, absence de lien avec l’affaire.) Cette procédure ayant été conduite à son terme, le parquet se retourne contre son principal témoin pour l’accuser d’être le complice de l’affaire dans laquelle il a témoigné, alors qu’il aurait pu être inculpé lors de la mise en accusation des journalistes, et les condamner tous ensemble s’ils avaient pu s’agripper à un fait permettant de tenir ETOUNDI OYONO. En français, on appelle ça un raccourci qui peut s’expliquer de deux manières. D’abord, la situation sociopolitique au Cameroun veut que le pays se situe actuellement dans une phase transitoire de son histoire politique et les hauts commis de l’Etat règlent leurs comptes dans l’attente des prochaines échéances qui entraîneront probablement la disparition de la scène de certains personnels politiques. La démarche d’instrumentalisation de la justice consiste donc à précipiter certains dans le gouffre abyssal des affres des geôles de la république, en utilisant autant que possible, un levier qui ne peut que conduire ETOUNDI OYONO vers sa disparition de la scène publique.
Peut-être gérons-nous ici un antagonisme à plusieurs inconnues. L’inconnue d’un conflit direct avec le MINJUSTICE. Il se dit dans les couloirs du sérail, que le MINJUSTICE ne souhaite pas assumer le rôle de responsable du décès d’un journaliste et oriente grâce au dispositif judiciaire sous son contrôle, une accusation qui devrait désigner ETOUNDI OYONO comme le principal, voire le seul coupable et responsable de cette fâcheuse affaire ayant entraîné la disparition d’un camerounais. A la réalité, la justice camerounaise n’a jamais été aussi diligente, rapide et vive dans une affaire pour juger un individu. D’une manière classique, dans les affaires courantes, les renvois se déroulent au mois le mois. Dans le cas qui nous occupe, l’affaire est gérée à la petite semaine, alors que nous sommes en vacances judiciaires et que toutes les affaires actuellement en cours sont renvoyées au mois de septembre. L’inconnue du conflit lié à la gestion du Port Autonome de Douala où le lobby de la région estime que c’est un natif du coin qui doit diriger l’institution, d’autant que le prédécesseur d’ETOUNDI OYONO, un Douala de pure souche en délicatesse avec la justice, devrait rendre des comptes avec les éléments que doit lui fournir un certain. ETOUNDI OYONO. C’est donc une affaire purement politique, la justice en l’occurrence n’étant qu’un simple alibi de convenance, instrumentalisée pour servir des desseins inavouables dont le peuple et probablement certains de ses dirigeants ne comprennent pas les ressorts. Plusieurs affaires similaires et elles sont nombreuses, perlent l’histoire de la justice camerounaise, dans ce qu’elle a de plus injuste et dur, scélérat et méchant.

L’INDEPENDANCE DE LA JUSTICE
Et pourtant, nous le savons tous, même les plus contestataires, les opposants les plus virulents, car il en a fait la preuve durant toute sa carrière administrative et politique, Monsieur Paul BIYA, Président de la République du Cameroun, au demeurant l’homme qui a été le plus insulté, le plus vilipendé, croqué, dessiné, caricaturé. dans notre pays, est fortement attaché à la légalité républicaine, au respect des lois et règlements de la République, à un fonctionnement strict et à l’ordre, des rouages des pouvoirs et organes qui accompagnent les camerounais dans leur vie quotidienne. Il aurait pu, de sa position, activer à l’envie, le levier de la justice, pour punir et sanctionner tous ces individus qui l’auront insulté depuis plus d’un quart de siècle. Aussi, en dépit de cette conviction qu’il a que la justice est rendue dans le pays d’une manière équitable et impartiale, il se passe des choses et d’autres, des exactions innommables, des événements dont il est difficile de rendre compte, tellement indicible est le caractère tortueux et violent, méandreux et agressif des actes qui rôdent autour des prétoires et des palais où se rendent la justice au nom du peuple camerounais et qui ponctuent la vie de certains au point à les faire passer de vie à trépas. Le pouvoir de sanctionner a souvent été confié à des individus qui ne gèrent au quotidien que leur carrière, leur portefeuille et parfois leur tribu, sans se rendre compte de l’extrême fragilité de la pyramide sociale que constitue le Cameroun et qui peut basculer et s’écrouler à chaque instant à cause d’un acte qui aura été posé ici ou là mais surtout ici et maintenant où chaque camerounais cherche dans son quotidien une raison d’espérer sur l’avenir. Opaque pour la totalité des camerounais, usant de mots savants qui ne sont pas à la portée du premier mortel venu, des arcanes labyrinthiques et même pour de simples affaires civiles, il faut s’armer de patience, de courage et parfois oublier sa cause, tellement sont incompréhensibles les reports, les renvois et ajournements, le vocabulaire, le galimatias, mais surtout les conclusions qui sont parfois en opposition avec la logique simple et le bon sens du citoyen lambda ou du paysan (70% de la population), c’est à n’y rien comprendre. A plusieurs vitesses, ainsi va la justice ordinaire de tous les jours au Cameroun, détruisant des vies au passage sans que cela n’émeuve personne, remettant en cause la stabilité des familles, créant des conflits là où simplement il aurait fallu dialoguer. et tout semble normal, rien ne se passe et personne n’est responsable. Quelle est cette justice qui durant toutes ces années, a embastillé des camerounais sans leur donner les moyens de se défendre, sans leur ouvrir une porte pour la rédemption, pour ensuite les condamner à des peines privatives de liberté, créant ainsi des monstres dont la suite de la vie ne sera qu’aggravation de délits et récidives.


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