Opinions › Interview

Cameroun-E-commerce : « impossible de développer un tel secteur sans la participation des pouvoirs publics », Simon Mbelek

Simon Mbelek, Co-fondateur Kuruba (plateforme de Ecommerce)

Le Co-fondateur de la plateforme de E-commerce Kuruba, dans une interview accordée au Journal du Cameroun invite les pouvoirs publics à investir davantage dans ce secteur.

Votre PME Kuruba est sur le marché du e-commerce depuis deux ans bientôt. Quel est le bilan en chiffres ?

Si l’on prend en compte les débuts de la discussion entre les co-fondateurs, la planification et le montage du projet avant son lancement, effectivement on parlera de deux années aujourd’hui, puisque tout est parti de 2020 juste après la mise en veille des activités de notre ancien employeur. Cependant le lancement officiel de la plateforme www.kuruba.cm a eu lieu au mois d’avril de l’année en cours. Je voudrais avant toute chose nous féliciter parce que même si on avait les arguments sur ce segment de marché, il existait quelques incertitudes quant-à la croissance de notre modèle économique dans une contrée aussi complexe que le Cameroun. Aujourd’hui les chiffres nous donnent de quoi rêver pour un avenir intéressant. Nous couvrons quasiment la moitié de la ville de Douala avec près de 100 fournisseurs répartis dans plusieurs catégories de produits, sans oublier des centaines de détaillants qui ont accepté de nous faire confiance. Nous réussissons aussi ce pari grâce à une équipe de jeunes camerounais (que nous avons appelé la k-force) mobilisés partout dans la ville avec pour missions de former nos parties prenantes à l’utilisation de notre plateforme. Notre ambition c’est de porter le flambeau de cette activité avec la couverture de l’ensemble du terroir notamment les zones reculées qui ont le plus besoin de notre offre.

Jumia a fermé ses portes au Cameroun faute de rendement. Kuruba n’a pas les moyens de Jumia, quelle stratégie vous avez adopté pour réussir dans ce secteur où le leader a échoué ?

Comme nous disons depuis le début de cette aventure, notre expérience passée nous a beaucoup appris et c’est grâce à cela que nous ne sommes pas tombés dans le piège du populisme. Notre modèle économique est unique pour le moment au Cameroun puisqu’il ne s’adresse pas directement au consommateur final mais aux intermédiaires (détaillants). Nous n’avons pas voulu tomber sur le modèle des autres car trop complexes dans l’exécution avec beaucoup trop de contraintes au niveau des opérations. Notre offre s’adresse à plus de 500 000 détaillants pour un marché de plus de 5 milliards de dollar (chiffres des établissements de bretton wood). Vous avez raison quant-à nos moyens qui ne sont pas aussi impressionnants que ceux de Jumia, mais nous construisons notre croissance en réunissant des partenaires qui nous font confiance et qui sont déterminés à écrire cette histoire avec nous. Nous sommes convaincus de notre projet, il ne reste plus qu’à convaincre davantage des investisseurs de ce potentiel. C’est une activité qui demande beaucoup de moyens c’est vrai, mais nous avons tout ce qu’il faut pour arriver au bout.

Le e-commerce peut-il aider les ménages au moment où l’inflation a quasiment attend son pic ?

Le commerce électronique est considéré par plusieurs agences de développement comme l’un des secteurs clés de la relance économique du continent africain. C’est un fait qu’aucun pays ne peut réfuter. Cependant, il ne faut pas l’embrasser de la même manière parce que les réalités ne sont pas les mêmes d’une ville à une autre ou d’un pays voire d’un continent à un autre. Au Cameroun par exemple, les usagers ne recherchent pas uniquement la facilité de la vie que cette activité apporte, mais ils souhaitent avoir une contribution directe dans leurs bourses : en d’autres termes ils veulent le moins chère. C’est là que des modèles comme Kuruba sont nécessaires, parce qu’ils mettent en relation directe, le producteur et le revendeur.  Juste pour information, sachez que le marché de la grande distribution est aussi compliqué parce qu’il y a beaucoup trop d’intermédiaires (grossistes) et la conséquence directe c’est le prix final qui sera toujours beaucoup trop élevé pour le consommateur final. En réduisant le nombre d’intervenants, nous réduisons les charges et donnons la possibilité a consommateur final d’avoir le produit au meilleur prix possible. Notre rôle c’est de faciliter ces opérations partout dans le pays.

Quelles sont les attentes des PME du e-commerce face aux pouvoirs publics ?

J’ai eu l’opportunité à plusieurs reprises de prendre la parole devant certains membres du gouvernement sur le sujet du rôle du gouvernement dans le développement du commerce électronique. Au cours de ces rencontres, j’ai toujours été clair quant-au rôle important que le gouvernement pourrait jouer. Ce sera impossible de développer un tel secteur sans la participation des pouvoirs publics. Pour le développer, il faut des capitaux que le marché n’offre pas aujourd’hui, il faut former les jeunes aux métiers de cette activité, il faut l’organiser à travers un cadre juridique et fiscal mutuellement bénéfique (entre les acteurs et l’Etat). Sur les capitaux, le président a annoncé lors de son dernier discours à la jeunesse, la création d’un fonds de garantie (même si je suis trop sceptique) ; ce fonds sera d’une grande contribution. Parlons également de cette ligne 64 qui fait la une de tous les journaux aujourd’hui, elle sert à quoi concrètement ? Et bien le gouvernement pourrait dégager une part pour le développement de l’économie numérique. L’impact du commerce électronique ne se ressent pas seulement sur les acteurs mais sur le PIB tout entier, mais pour y arriver, il faut travailler et le gouvernement à une grande part à jouer.

Propos recueillis par Esther Fossi


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